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Le geste fou de l'Italie : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

"Un geste fou". Voilà comment le chef du gouvernement italien a qualifié la décision de Silvio Berlusconi de pousser les ministres de son parti à la démission. Une décision qui plonge le pays dans une nouvelle crise politique.

Depuis hier, dans la presse italienne, les réactions bien entendu sont très vives, remarque ce matin le courrier international. Tandis que les partisans du Cavaliere crient au complot, les anti-Berlusconi, eux, condamnent à l'unanimité l'irresponsabilité de l'ancien président du Conseil. C'est ainsi, par exemple, que LA REPUBBLICA compare à présent Berlusconi au personnage de l'Opéra Quat'sous, ce bandit de grand chemin, qui avance avec un couteau caché. Car ces démissions sont de la pure subversion, commente l'éditorialiste, une trouvaille, dit-il, pour renverser l'Etat de droit sur lequel se fonde la démocratie.

A l'inverse, du côté cette fois-ci de la presse pro-Berlusconi, c'est le premier ministre qui est aujourd'hui directement désigné comme le fauteur de crise. Letta fait sauter le gouvernement, titre notamment IL GIORNALE, le quotidien qui estime le Cavaliere est aujourd'hui la victime d'une gauche vindicative et haineuse. Et de préciser, la question n'est plus d'éviter l'expulsion du sénateur Berlusconi, au risque de ruiner le pays, puisque qu'ils l'ont déjà exclu de force et avec mauvaise foi. Au contraire, écrit le journal, il s'agit ici d'une bataille pour éviter que le pays ne tombe davantage en ruine, en finissant dans les mains d'une gauche encore fortement post-communiste. Reste que même si les ministres du Peuple de la Liberté à présent s'en défendent, c'est bien à cause de la condamnation de Berlusconi qu'ils ont pris la décision de partir, insistede son côtéIL FATTO QUOTIDIANO.

Quoi qu'il en soit, la crise donc couvait déjà depuis plusieurs semaines, depuis que la Cour de cassation italienne avait prononcé la condamnation définitive de Silvio Berlusconi à 4 ans de prison pour fraude fiscale. Autrement dit, l'horizon politique de l'ex-président du Conseil n'était plus suspendu qu'au vote de la déchéance de son mandat de sénateur. Et c'est bien là, la raison pour laquelle il ne cessait depuis de chercher un moyen d'échapper à son destin judiciaire, notamment, en menaçant de faire tomber le gouvernement, si le Sénat l'excluait de fait.

En clair, la décision de ce week-end ne serait pas vraiment une surprise, même si, c'est vrai, elle intervient avec quelques jours d'avance sur l'agenda, puisque la date fatidique du vote de la commission sénatoriale est toujours fixée à vendredi prochain. Aucune surprise donc mais certains s'inquiètent toutefois de voir là, la preuve renouvelée de l'instabilité chronique de l'Italie. Il faut dire que depuis 1946, le pays a connu pas moins de 71 gouvernements. Celui de Letta avait tout juste 5 mois. Et voilà pourquoi, se désole notamment l'éditorialiste de LA STAMPA, la décision de faire démissionner ses ministres pour faire tomber le gouvernement est un coup très dur, pire, une humiliation, dit-il, qui nous fait sombrer dans le chaos, le manque de crédibilité et qui confirme le pire stéréotype sur les Italiens.

A présent, quels sont les scénarios possibles ? Le plus probable, estime IL FATTO QUOTIDIANO, c'est le remaniement du gouvernement, pour remplacer les ministres démissionnaires, suivi d'un vote de confiance. Letta pourrait, par exemple, faire appel à des "techniciens", hypothèse la plus consensuelle, ou bien faire venir des personnalités issues de la gauche. Dès hier, Letta a d'ailleurs rencontré le président de la République. Arbitre du jeu démocratique, c'est à lui de donner la route à suivre. Seulement voilà, dans l'opposition, déjà, la colère gronde. Beppe Grillo, notamment, le leader du Mouvement 5 étoiles, appelle lui à des élections anticipées et réclame la démission du président de la République.

Et d'ailleurs, le journal économique Il SOLE, estime pour sa part que cette nouvelle crise est avant tout une attaque contre le président Giorgio Napolitano, lequel fait office d'architecte du gouvernement actuel. Ce n'est pas une crise du gouvernement qui s'annonce, dit-il, mais une crise de l'institution. Car elle porte atteinte au suprême garant de notre pays, comprenez le chef de l'Etat lui-même. Jusqu'à présent et abstraction faite de groupuscules radicaux, un consensus accordait à Napolitano le rôle d'arbitre impartial. Or cette idée fixe à laquelle se cramponnent désormais les conservateurs ébranle l'échafaudage de l'Etat, en commençant par le Parlement. Une régression sans pareille, poursuit l’article, à un moment où l'Italie a au contraire, un besoin criant de stabilité.

Désormais, que peut-on attendre d'un nouveau vote, interroge pour sa part LA STAMPA ? Si les Italiens étaient, de nouveau, appelés aux urnes, il y a peu de chance, a priori, qu'une majorité claire se dessine. D'après les derniers sondages, le Parti démocrate et le Peuple de la Liberté sont au coude à coude. Voilà pourquoi, prévient le journal de Turin, dans tous les cas, il faut trouver une solution au plus vite. Maintenant, basta, dit-il, il faut penser au pays.

Et son confrère IL CORRIERE de conclure : Quand Silvio Berlusconi a fondé Forza Italia le mot clé était : miracle ! A présent, le mot clé c'est : catastrophe !

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