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Le Liban brûle.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le Liban brûle. C'est la légende choisie ce matin par le NEW YORK TIMES pour cette photo reprise à la Une de la plupart des quotidiens. On y voit des flammes s'élevant au-dessus des carcasses de véhicules touchés par l'attentat qui a secoué hier, un quartier de la banlieue Sud de la capitale, bastion du Hezbollah. La terreur frappe encore à Beyrouth, titre pour sa part THE DAILY STAR, moins d'une semaine donc après un autre attentat, qui avait coûté la vie, vous vous en souvenez, à un ancien ministre farouche opposant de l'organisation chiite.

Quelques minutes après l'explosion, une épaisse fumée grise s'est élevée entre les immeubles endommagés du quartier. Hier, toute la journée, la télévision libanaise a diffusé en boucle ces images, montrant les restes disloqués et carbonisés de plusieurs voitures, pendant que des pompiers tentaient d'éteindre les flammes. Le dernier bilan fait état de 5 morts et 66 blessés.

Alors que peut-on encore dire ou écrire sans se répéter, lorsque les drames se suivent, se ressemblent et frappent encore et encore les Libanais au cœur, où qu’ils soient ? Ne méritons-nous pas une paix, même provisoire, interroge notamment ce matin l'éditorialiste de L'HEBDO MAGAZINE ? En cette période dite de fêtes, les forces de l’ordre, avaient annoncé qu'elles protégeraient tout particulièrement les lieux de culte. Sauf, sauf que les criminels ont sévi ailleurs. Et d'ajouter encore, nous nous demandions la semaine dernière, si un chiffre à la fin de l’année pouvait apporter le changement. Et bien la réponse, dit-elle, nous a été fournie. De toute évidence, ce n’est pas le 2 janvier que nous reverrons sourire les familles qui ont perdu des proches ou même simplement des biens irréparables.

Finir 2013 et commencer 2014 de la même façon, dans le feu et le sang. C'est de plus en plus un ping-pong atroce de la mort, renchérit son confrère de L'ORIENT LE JOUR. En ce début de nouvelle année, avec des morts dans chacune des deux grandes communautés musulmanes du pays, la fâcheuse impression que le Liban est en voie d'irakisation rampante paraît irrésistible. Et pourtant, affirmer après l'attentat d'hier, qu'on est en plein dans la logique de l'œil pour œil-dent pour dent, serait peut-être grossier, même si de la façon dont se présentent les choses, ça en a tout l'air.

Seule certitude, poursuit l'éditorialiste, le terrorisme qui recommence à ensanglanter nos rues accompagne ces jours-ci un net durcissement de la bataille politique en cours depuis des années. Et c'est évidemment sur le dossier gouvernemental que l'épreuve de force se focalise. On dirait que les protagonistes sont tous réunis sur un ring, dit-il, qu'ils savent que le gong va sonner d'un moment à l'autre et redoublent donc d'efforts pour asséner, en somme, le coup décisif à l'adversaire.

Ainsi la détermination du président Michel Sleiman d'annoncer en principe, la semaine prochaine, la naissance d'un nouveau gouvernement n'est visiblement pas pour arranger les choses. Des sources bien informées précisent que sa décision est prise et qu'il aurait même déjà sa formule en poche.

Une nouvelle, d'ailleurs, dont se réjouit THE DAILY STAR, pour qui, à ce stade critique, la formation d'un nouveau gouvernement est la priorité absolue. Reste, que la formation de ce gouvernement devenue certes urgente s’accompagne, non pas de mise en garde aux dirigeants, mais de véritables menaces, nuance aussitôt L'HEBDO MAGAZINE, des menaces adressées à tous, par ceux qui n’y auraient pas donné leur bénédiction et qui ne l’accepteraient que sous leurs conditions, des conditions rédhibitoires.

Le Hezbollah et ses alliés, en particulier, considèrent qu'un tel gouvernement est de nature à augmenter encore plus les divisions et les problèmes dans le pays. Car si ce gouvernement devait voir le jour, alors il devrait commencer par élaborer sa déclaration ministérielle, avant de se présenter au Parlement, pour un vote de confiance qu'il n'obtiendrait probablement pas. Il se transformerait ainsi en gouvernement chargé des affaires courantes, jusqu'à l'échéance présidentielle. Un problème qui s'ajouterait donc à ceux qui existent déjà, alors même que le Liban plonge de plus en plus dans l'insécurité. Une campagne, précise L'ORIENT LE JOUR, est d'ailleurs menée tambour battant, afin de discréditer par avance tout cabinet, qui ne serait pas agréé par le Hezbollah et donner un avant-goût de ce qui pourrait se produire le cas échéant.

Sans compter qu'à tout cela s'ajoute encore l'annonce, la semaine dernière, du projet de don saoudien d'armes et d'équipements français à l'armée libanaise, à concurrence de 3 milliards de dollars, une manne d'une ampleur sans précédent. Une annonce, qui a eu naturellement l'effet d'un véritable coup de tonnerre au Liban, non pas tant par l'aide en soi, mais plutôt par ce qu'elle représente politiquement et diplomatiquement, c'est à dire une reconstitution, probablement sous la bénédiction américaine, de l'axe franco-saoudien, à un moment où Riyad se trouve en guerre ouverte avec le Hezbollah.

Autrement dit, poursuit L'ORIENT LE JOUR, même si l'explosion d'hier, dit-il, semble moins importante que les précédentes du même genre, 2014 commence sur les chapeaux des roue, sur une route malheureusement sanglante. Et sa consœur de L'HEBDO MAGAZINE pourtant, de chercher encore ce matin, tant bien que mal, une note d'espoir. Ce sombre tableau, dit-elle, n’éteint pas la fièvre de vivre des Libanais. Malgré la peur au ventre et une profonde tristesse, chacun tentera à son échelle d’enterrer cette sinistre année 2013 en se disant que si 2014 n’est pas meilleure, elle ne peut d'ores et déjà pas être pire.

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