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Le Liberia face à Ebola

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Par Marine de La Moissonnière

L’épidémie d’Ebola a désormais fait plus de 3.000 morts et comme le souligne le Wall Street Journal, des régions jusqu'à présent épargnées sont à leur tour contaminées, notamment au sud du Liberia. C’est le pays le plus touché. Près de 3.500 cas, un taux de mortalité de 70% environ qui s'explique en partie par l'inefficacité des autorités. Le gouvernement a mis du temps à trouver comment gérer cette crise inédite, estime le Los Angeles Times . Le Liberia a été contaminé par le virus en mars dernier, par des gens venus de Guinée voisine, à la recherche d'une aide médicale. Ebola s'est ensuite propagé dans les quartiers pauvres, surpeuplés, où bien souvent il n'y a pas d'eau courante, poursuit le Los Angeles Times .

Les autorités tardent alors à réagir. En août, soit cinq mois après l'apparition du virus dans le pays, il y a encore des gens qui en savent très peu sur Ebola. Le gouvernement lance une campagne d'information dont le message est « c'est une maladie mortelle. Il n'y a pas de remède. »

Conséquence, raconte toujours le Los Angeles Times , « beaucoup de personnes malades ont eu tellement peur qu'elles se sont enfuies des centres de santé. Ils étaient vus comme des pièges mortels dont personne ne sortait jamais vivant. Les gens sont donc restés chez eux. Ce sont leurs proches qui prenaient soin d'eux et les enterraient en secret s'ils mourraient. C'est ainsi que l'épidémie s'est propagée et aujourd'hui, il n'y a plus assez de lits dans les hôpitaux du pays », écrit le Los Angeles Times. Et de poursuivre : « Cette crise a mis en évidence l'état de délabrement du système de santé. » Aujourd'hui si vous souffrez d'une maladie autre qu'Ebola, comme le paludisme, si vous avez un accident ou si votre accouchement se passe mal, vous ne serez sans doute pas soigné. Aux victimes d'Ebola s'ajoutent donc des morts qui auraient pu être évitées.

Le gouvernement a commis une autre maladresse en mettant en quarantaine un bidonville tentaculaire de Monrovia du jour au lendemain, sans prévenir, explique le Los Angeles Times. Trois jours d'isolement sauf pour le personnel médical, la police et les militaires.

Aujourd'hui, la mise en quarantaine est la mesure privilégiée. Même le médecin en chef du pays, principale autorité médicale, s'y est soumise, après la mort de son assistant jeudi dernier, rapporte le Daily Observer, journal de Monrovia.

Alors si jamais elle tombait malade, il pourrait lui arriver la même chose qu'à beaucoup de patients mais aussi au personnel soignant et aux survivants. Ils sont stigmatisés. C’est la conséquence d'une mise en garde du gouvernement qui recommande de ne pas s'approcher des malades. Dans un reportage à lire dans le Telegraph, on apprend que les orphelinats, ouverts pendant la guerre civile, accueillent désormais des enfants guéris. « Ils ne sont plus les bienvenus dans leurs communautés », écrit le journal britannique. La responsable du centre raconte des histoires semblables. Les enfants parlent peu et semblent avoir oublié ce qui s'est dans le centre de santé où ils ont été traités. et où ils ont vu mourir presque tous les membres de leurs familles.

Pour ses petits survivants, le traumatisme est double car ils sont aussi rejetés par leur communauté. Quand on guérit d'Ebola, cela veut dire qu'on est immunisé. Mais certains refusent d'y croire d'autres y voient la preuve que l'enfant est envoûté.

Aujourd'hui, la colère monte au Libéria, raconte le Los Angeles Times , au sein de la population tout d'abord. Certains reprochent au gouvernement de ne pas les avoir avertis suffisamment tôt du danger, de ne pas avoir su prévenir la propagation de la maladie et de mal gérer la situation.

Colère également du personnel médical, poursuit le quotidien américain. Le plus grand hôpital du pays, l'hôpital John Fitzgerald Kennedy de Monrovia, a déjà fermé à deux reprises. La dernière fois, c'était au début du mois. Les infirmières se sont mises en grève pour obtenir des équipements et des mesures de protection appropriés. Il n'y a même pas assez de gants pour les soignants, raconte le site All Africa.com.

Les médecins sont parfois désespérés, comme ce docteur qu'a rencontré The Independent, dans une zone rurale du pays. Il a commencé à traiter ses patients avec un médicament contre le sida. C'est en lisant des articles scientifiques montrant que le VIH et Ebola se reproduisent de la même manière dans le corps humain qu'il a eu cette idée. Sur 15 patients, 13 ont survécu, affirme-t-il.

Mais jusqu'où les médecins peuvent-ils aller ? Jusqu’où peuvent-ils jouer les apprentis-sorciers ? Dans l'Evénement du Burkina Faso, un pseudo chercheur recommande de traiter Ebola avec de la vitamine C et des extraits de feuilles d'olivier.

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