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Le Nigéria, entre bulles dorées et or noir : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Quel est le deuxième pays acheteur mondial de champagne ? Réponse : le Nigéria. D’après une étude, le pays aurait dépensé 59 millions de dollars en bouteilles de champagne l’an dernier. Ce qui lui vaut la deuxième place, devant la Russie et même la Chine. Bien sûr, ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte : 59 millions de dollars est un chiffre relativement bas, si l’on compare, par exemple, le nombre d’habitants du Nigeria -162 millions- à celui de la Grande-Bretagne -100 millions de moins-. Sauf que ce chiffre, bien évidemment, est aussi à mettre en parallèle avec les calculs de la Banque mondiale : entre 2009 et 2010, 63 % des Nigérians vivaient avec moins de 1 dollar par jour. Selon les dernières données disponibles, écrit le quotidien THE WILL cité par le courrier international, 46 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté et l’écart entre riches et pauvres ne cesse de se creuser.

Mais soyons plus concrets : combien coûte une bouteille de champagne ? Un Moët & Chandon peut atteindre les 93 euros et le Cristal avoisine, lui, les 690 euros, dans un pays où de nombreux quartiers sont privés des soins médicaux les plus élémentaires et où il n’y a pas assez d’écoles primaires pour les enfants. Cela signifie que près de 60 millions de dollars quittent le pays chaque année pour satisfaire la frivolité d’une société et plus particulièrement de ses gens de pouvoir qui dépensent des fortunes, alors que certaines régions n’ont même pas un appareil de dialyse dans leurs hôpitaux.

Et le journal d'en conclure, tous les jours, notre éthique et notre morale sont mises à l’épreuve. On tire sur l’élastique du bon sens, sans réfléchir aux conséquences. On se prétend fort et déterminé, mais celui qui transporte un lourd fardeau et s’arrête de marcher pour profiter du spectacle est un imbécile. Et il faut vraiment être idiot, pour ignorer les problèmes urgents, en sabrant le champagne.

Depuis quelques jours, le pays aurait pourtant quelques bonnes raisons de sabrer, justement, le champagne grâce à un certain Aliko Dangote, présenté sur le site d'information en ligne LES AFRIQUES, comme le Noir le plus riche du monde. Ce Nigérian a fait cette semaine un prêt historique à une douzaine banques locales et internationales, 3,3 milliards de dollars, pour construire dans son pays, la plus grande raffinerie d'Afrique. De sorte que d'ici à 2016, le pays, aujourd'hui 11ème exportateur de barils de brut au monde n'aurait plus besoin de dépenser tous les ans, 30 milliards de dollars, pour "réimporter" du pétrole raffiné. Le but d'Aliko Dangote, précise le DAILY TIMES n'est donc ni plus ni moins que le Nigéria parvienne à l'indépendance énergétique.

Et il était grand temps. En janvier 2012, des milliers de Nigérians étaient descendus dans la rue pour protester contre la hausse des taxes sur le prix de l'essence. Ils dénonçaient alors la politique du "tout pétrole", que le gouvernement nigérian mène depuis les années 1970, sans construire d'usines pour le raffiner sur place. Une absurdité économique que connaissent, d'ailleurs, de nombreux pays africains riches en minerais et en or noir et qui n'arrivent pas à attirer les investisseurs.

Quoi qu'il en soit, avec sa fortune estimée à plus de 16 milliards de dollars, Aliko Dangote est donc aujourd'hui perçu comme un sauveur de l'économie nigériane. Du moins, aux yeux de certains, car ses qualités ne font pas l'unanimité. Quand le quotidien nigérian THE GUARDIAN ne s’embarrasse pas de diplomatie pour le traiter d’Al Capone de l'industrie, d’autres dénoncent ses collusions avec le pouvoir. Il faut dire que la presse nigériane, dans son ensemble, brocarde assez régulièrement ceux qui n'ont « aucune limite », comprenez, ceux qui travaillent dans le pétrole. Et pourquoi ? En raison des immenses écarts de revenus et de qualité de vie qui règne au Nigéria, où les riches font partie des plus riches d’Afrique et les pauvres, des plus pauvres.

Depuis peu, d'ailleurs, un jeu fixe même ces inégalités pour la postérité : il s'agit de la nouvelle édition du Monopoly. Lagos, prévient ce matin le dernier numéro du courrier international, est en effet la première ville africaine à servir de décor au célèbre jeu de plateau américain. Or les trois quarts des propriétés à acheter sont situées sur les îles sélectes et non sur le continent, là où réside le gros de la population. En clair, écrit le HERALD TRIBUNE, en jouant à l’édition lagotienne du Monopoly, les enfants peuvent certes tirer des enseignements utiles sur la façon de gérer leurs finances et de négocier avec un propriétaire. Sauf que ne compte ici que ce qui présente une valeur marchande et tant pis pour la majorité qui ne peut pas se l’offrir. Sur la boîte du jeu, on peut d'ailleurs lire le conseil suivant : “Jouez malin : au sommet, il n’y a de place que pour un et pour les autres, ce sera la banqueroute.

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