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Le pape en Turquie : dialogue interreligieux ou dialogue de sourds ?

5 min

Par Eric Biegala C'est sans doute l'appel au dialogue inter-religieux, celui des croyants catholiques, orthodoxe et musulman qui a le plus volontiers frappé les esprits au Moyen-Orient suite à la visite du pape François en Turquie ce week-end... Un dialogue qui passe d'abord par une réconciliation des Chrétiens entre eux relève par exemple le quotidien populaire turc Sabah qui titre sur la "réconciliation des quatre églises" : la Catholique, conduite par le Pape, l'Orthodoxe, dont le patriarche oeucuménique, bartholomeo 1er est normalement le chef et dont le patriarcat se trouve justement à Istanbul, mais aussi les églises arménienne et syrienne, dont les leaders étaient également présents lors de la messe co-célébrée hier par le Pape et le Patriarche."Ce dimanche était un jour important pour l'église Orthodoxe, un jour de jeune , explique d'ailleurs la chaine pan arabe Al Jazeera , qui rappelle que "les églises catholique et orthodoxe se sont séparées en 1054 et que le motif principal de cette séparation, de ce shisme c'était, justement, le problème de la primauté de l'autorité papale... Il fut un temps ou les patriarches étaient censés baiser les pieds du pape" , rappelle encore Al Jazeera , mais samedi poursuit la chaine, à la fin de la première prière commune, c'est le pape François qui s'est incliné devant le patriarche Bartholomeo et qui lui a demandé sa bénédiction, "une remarquable déférence, qui souligne l'espoir du pape de mettre un terme au schisme" entre les églises... Mais ça n'est pas pour demain ; "contrairement à l'église catholique, et à sa claire hiérarchie, l'église orthodoxe est une collection turbulente composée d'une douzaine d'églises différentes, lesquelles devront d'abord se mettre d'accord entre elles avant que de discuter avec le pape d'une possible réconciliation ", remarque Suzanne Güsten dans le site Al-Monitor. .. En effet, le Patriarche eucuménique Bartholomeo ne peut pas être considéré comme le seul chef de l'église orthodoxe mais comme le primus inter pares des leaders des églises orthodoxees. Et comme tel, c'est à lui d'organiser un premier synode des église Orthodoxes. Celui-ci est prévu, pour 2016, à Istanbul, siège du patriarchat eucuménique... rappelle encore Suzanne Güsten "C'est là que des bases communes de dialogue avec l'Eglise Catholique devront être trouvées avant que d'entamer un véritable concile de toutes les églises ", orthodoxes et catholique, lequel est prévu pour 2025 à Nicée - aujourd'hui Iznik toujours en Turquie - là même où le tout premier concile oeucuménique s'est tenu : c'était en 325 ap J. C. Mais c'est bien sûr le possible dialogue entre la Chrétienté et l'Islam qui a aussi retenu l'attention de la plupart des commentateurs. "Deux semaines après son élection, le pape François avait baigné les pieds d'une douzaine de personnes dans un centre de détention à Rome" rappelle le Wall Street Journal ; parmi ceux qui avaient été choisi pour ce rituel figurait une jeune musulmane... "L'image de ce pape de 76 ans agenouillé, baignant et baisant les pieds de cette jeune femme avait à l'époque envoyé un message sans équivoque", rappelle le quotidien américain : "après les tensions qui avaient caractérisé le règne du pape Benoit XVI - particulièrement un discours de 2006 qui établissait un lien direct entre Islam et violence politique - le nouveau souverain pontife entendait remettre d'aplomb les relations du catholiscisme avec le monde musulman... A peine un an et demi plus tard, cette reprise du dialogue est à nouveau testée" , notait le journal. Sur ce chapitre, la presse turque relève surtout la prière commune, conduite vendredi à Sultanahmet Djami, la mosquée bleue, l'une des plus célèbres du monde musulman où "le Vatican s'était débrouillé pour que la visite ne coincide pas avec la grande prière de midi " , note le quotidien Zaman ... histoire d'éviter ce qui aurait pu être un véritable affront. Le Pape s'est tourné vers la Mecque, pour écouter le grand Mufti réciter la prière... "Le pape François se tenait la tête baissée, les mains jointes face au grand mufti, dans une prière silencieuse de deux minutes sous les céramiques blanche et bleu de la mosqée de Sultanahmet" ... raconte encore Al Ajzeera pour qui cette prière commune "devait montrer le respect du pape pour l'Islam et encourager des liens plus forts entre les deux foi... que Dieu en accepte l'augure" a conclu le grand Mufti à l'issue de la prière. Sur place à Istanbul, le pape François s'est donc abstenu de toute sortie qui pouvait prêter à controverse... Mais de retour sur Rome, dans l'avion papal qui le ramenait au Vatican, le souverrain pontife est revenu sur le dialogue entre catholicisme et Islam... Devant les dizaines de retporters qui accompagnaient la délégation, il a dénoncé ceux qui répètent que tous les musulmans sont des terroristes, tout comme ceux qui disent que tous les chrétiens sont des fondamentalistes... Mais il a également considéré qu'une "condamnation globale" de la violence , par les autorités de l'Islam aiderait manifestement la majorité des musulmans à dissiper ce stéréotype d'un Islam intrinsèquement violent... Et ça c'est quand même pousser un peu loin le bouchon expliquait ce matin sur les ondes de la BBC le rédacteur en chef du site anglophone Islamnews. com ... "je ne sais pas si le Pape vit sur la même planète que nous, se demandait le journaliste qui rappellait la mobilisation des communautés musulmanes, notament en Angleterre, lesquelles ont depuis septembre multiplié les manifestations de rejet de l'Etat Islamique et de sa violence, derrière le slogan "not in my name" ; "jamais en mon nom"."Demander aux autorités de l'Islam de condamner globalement l'usage de la violence", poursuivait ce matin le red. en chef d'Islamnews , "c'est comme si on demandait à tous les rabbins de la terre de se prononcer contre la violence à chaque fois qu'Israël bombarde des civils dans la bande de Gaza"...

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