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Le parlement ukrainien n'aura pas la tâche facile

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Les Ukrainiens ont élu le Parlement le plus pro-européen de l'histoire de leur pays, estime Michaël Birnbaum dans le Washington Post. Et ce faisant, ils cherchent à faire sortir leur nation de l'orbite de la Russie, poursuit le journaliste. Ces élections sont la dernière pierre qui vient renforcer le pouvoir bâti par le Président Petro Poroshenko, élu en mai dernier.

Toutefois, le Washington Post rappelle que cette large victoire n'a été possible que parce que les portions de l'Ukraine qui soutiennent la Russie ne sont plus sous le contrôle de Kiev, ce qui entérine les profondes divisions qui ont alimenté le conflit. Ainsi la Crimée, annexée par la Russie en mars, n'a pas voté, ni les parties contrôlées par les rebelles dans l'est de l'Ukraine. Selon l'Opora, l'organisation qui surveillait le scrutin, 5,3 millions d'électeurs - sur un total de 36 millions - n'ont pas pris part au scrutin.

La rupture est consommée avec les rebelles, rapporte le Washington Post . En témoigne ce changement d'heure hier dans les zones insurgées qui sont passées à l'heure russe. Autre signe fort, les leaders séparatistes organiseront leurs propres élections dimanche prochain.

Alors quand plus d'un dixième des électeurs du pays n'a pas voté et que le nouveau Parlement sera très largement pro-occidental, comment convaincre ces habitants des régions séparatistes que leur intérêts sont aussi une priorité pour Kiev ? s'interroge le New York Times.

C'est bien là tout le problème, estime le Time pour qui "cette élection ne va pas soigner les divisions de la nation ". En excluant des millions de pro-russes du processus électoral, ce suffrage ne va que renforcer les clivages qui ont conduit à la guerre dans l'est. Le magazine souligne que depuis que la Révolution a débuté, depuis huit mois donc, l'Ukraine s'est radicalisée. La politique est devenue un sport violent. La plupart des politiciens pro-russes ont fui le pays. Ceux qui restent sont diabolisés, accusés de séparatisme et arrêtés ou attaqués dans la rue, frappés parfois, raconte le Time . Le Guardian souligne aussi cette radicalisation croissante dans une grande partie de l'Ukraine. Une radicalisation qui se traduit notamment par des attaques contre des hommes politiques, confirme le quotidien britannique. Des politiciens soupçonnés de corruption ont été jetés dans des poubelles. C'est même devenu un jeu sur internet : le "trash bucket challenge".

Quel avenir dans ces conditions pour le processus de paix initié en septembre dernier ? Il y a deux semaines, Petro Poroshenko avait reconnu à demi-mots que le cessez-le-feu était régulièrement violé par des nationalistes coupés de la réalité, avait-il dit. Le Président et le nouveau Parlement vont devoir convaincre, calmer les Ukrainiens qui veulent reprendre les combats et ils sont nombreux, estime le Time .

Ils devront également faire face à bien d'autres défis. Des défis qui feraient trembler même le plus expérimenté des hommes politiques, estime le Washington Post qui dresse une liste rapide. Outre la situation dans l'est, poumon industriel de l'Ukraine, donc, il y a l'économie du pays dévastée par la guerre et par la corruption, qu'il faut remettre en route. Il y a aussi la coupure des livraisons de gaz russe qui pourrait provoquer une crise énergétique dès janvier.

En ce qui concerne la situation dans l'est, le New York Times place quelques espoirs dans le Bloc de l'Opposition. Ce parti pro-russe qui a des liens forts avec les régions séparatistes devrait siéger au Parlement et pourrait jouer un rôle crucial lors de futures négociations avec Vladimir Poutine, estime le quotidien américain qui souligne que le chef de ce parti, Yuri Boiko, a été ministre de l'Energie et patron de l'entreprise publique Naftogaz, de 2002 à 2005. Il a donc des amis dans le monde des affaires et est très au courant des dossiers. Autre soutien de poids pour le Bloc de l'Opposition : l'un des hommes les plus riches d'Ukraine, Sergiiy Liovochkin, qui a récemment quitté le camp de Petro Poroshenko.

L'Ukraine pourra également compter sur le soutien des Etats-Unis et de l'Europe, estime le New York Times . Ils ont misé gros au niveau politique et financier, sur la capacité du pays à sortir de cette crise. Les Etats-Unis et l'Europe qui comptent surtout sur l'Ukraine pour rembourser ses dettes. Ils veulent également mettre un terme à ce conflit qui oppose l'ouest à la Russie, conflit le plus dangereux depuis la Guerre froide, juge le quotidien américain. Ils devraient donc continuer à mettre la pression sur Vladimir Poutine mais aussi sur Petro Poroshenko, insiste le New York Times .

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