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Le rapport Baker divise Bush et Blair. Colombie : les paras menacent de parler. Pamuk : la valise du père

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Il n'est pas sûr qu'aux yeux de George Bush,Tony -son plus fidèle allié- ait encore tout pour Blair... A Londres, L'Independent ce matin titre en Une sur "les fêlures apparues" lors de la conférence de presse commune Bush-Blair donnée hier à Washington, dans la foulée du rapport Baker sur les scénarios de sortie de crise du bourbier irakien... Alors certes, le président américain ne voit pas d'inconvénient à ce que Blair se rende dans les territoires palestiniens mais il est hostile à des discussions rapides avec l'Iran et la Syrie. Le Guardian, qui comme l'Independent a toujours eté farouchement opposé à l'intervention britannique en Irak, le Guardian ironise : Blair n'avait peut-être pas besoin d'aller aux Etats-Unis pour découvrir gravité de la situation au Moyen-Orient. En tout cas, Blair -épaule contre épaule avec Bush hier-, l'a quand même conforté, relève encore le Times : car sur le fond, les deux hommes pensent qu'un retrait rapide d'Irak serait une erreur mais on voit bien, estime le quotidien conservateur, que Blair ne s'est pas contenté d'aller flatter l'amour-propre -en français dans le texte, l'amour-propre de son allié, comme ses détracteurs le lui ont récemment reproché" La presse allemande revient elle aussi sur le sujet, nous signale notre correspondante Olympia Német, car le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier est aux Etats-Unis, à un moment où « les relations ne sont plus aussi tendues qu'au début de la guerre, lorsque Berlin refusait d'envoyer des hommes", note le Tagesspiegel. D'ailleurs, rappelle le quotidien de gauche, dès le début, l'Allemagne a injecté des millions d'euros pour l'instruction des soldats et policiers irakiens, et pour l'adoption de la Constitution début 2005. [...] Et aujourd'hui, son aide pourrait être précieuse si Bush décidait de renouer avec l'Iran et la Syrie [il n'en prend pas le chemin] car l'Allemagne entretient d'excellentes relations diplomatiques avec ces deux pays. » fin de citation. "La peur est une mauvaise conseillère", titre enfin die Welt ... Pour l'hebdomadaire conservateur, le message est clair. « Le rapport Baker-Hamilton sur l'Irak met fin à la guerre préventive des Américains en Irak. Il met en lumière la peur qui a poussé les Etats-Unis à intervenir. Une obsession depuis le 11 septembre 2001. Le credo de Georges Bush. » La peur à tous les étages, poursuit l'hebdomadaire qui sort aujourd'hui. [...] Car la peur est aussi le nerf des violences en Irak [...] où les sunnites, minoritaires, ont peur que la majorité chiite ne prenne le pouvoir à Bagdad, [...], où les chiites, minoritaires dans le monde arabe, ont peur que les sunnites ne s'allient avec les pays voisins pour les renverser. Tandis que les voisins ont peur de la bombe atomique iranienne. Et que l'Iran, de son côté, a peur du Pakistan sunnite. Enfin en Europe et aux Etats-Unis, c'est la peur de l'islamisme qui pousse à réagir. » La Colombie traverse en ce moment sa crise plus grave depuis la réélection du président Uribe. Les milices d'extrême-droite menacent le pouvoir, et le site internet d'el Tiempo a beau titrer sur "la volonté du gouvernement de poursuivre le processus [de paix] avec les paramilitaires", la tonalité n'est franchement pas optimiste... "En 2003 pourtant", rappelle le quotidien de Bogota, "31 000 combattants ont été démobilisés " et les chefs des paras se sont vus placés dans un confortable centre de vacances gardé par la police. Mais rien ne va plus depuis que le gouvernement a décidé de transférer ces chefs en prison, dans un quartier de haute sécurité. Ils estiment avoir été piégés par le gouvernement : pour eux, les rumeurs d'invasion alléguées pour justifier ce changement visent seulement à essayer de les faire taire, précisément au moment où ils ont décidé de révéler leurs liens avec la classe politique... "La vérité est-elle l'arme secrète des paramilitaires ?" se demandait hier El Tiempio. Ce matin, le journal précise que "Le président Uribe reste ferme" : il n'hésitera pas à extrader aux Etats-Unis les paramilitaires qui renouent avec la violence, car plusieurs d'entre eux sont impliqués dans des affaires de trafic de drogue. Pour la correspondante à Bogota d'El Pais, Pilar Lopez, "cette crise pourrait provoquer une grande explosion de violence dans les prochains jours" , tant la situation est tendue entre un pouvoir qui menace d'extrader les para, et l'extrême-droite qui promet de révéler ses liens avec le gouvernement. "Ca n'est un secret pour personne", conclut notre consoeur, "'ils ont infiltré les hautes sphères de l'Etat". Trois parlementaires de la majorité sont déjà en prison et six autres, dont le frère de la ministre des Affaires Etrangères sont inculpés. "Babamin bavulu" : en turc, ça veut dire "la valise de mon papa"... Et c'est comme ça que l'écrivain turc Orhan Pamuk a intitulé le discours qu'il a prononcé hier soir en Suède, son discours solennel de récipiendaire du Prix Nobel de littérature. Orhan Pamuk en photo ce matin à la Une du quotidien turc Hurryiet... Qu'il avait-il dans la bavalu que le père lui a donnée deux ans avant de mourir ? Des manuscrits ! ... Lire ces cahiers ou ne pas les lire ? Pamuk fils aurait surtout préféré que son père soit là hier soir à Stockholm, ce père auquel, tout tremblant, il avait remis son premier texte "Monsieur Djev-det et ses fils", et qui lui avait dit avec enthousiasme "un jour tu auras le Nobel", moins par conviction, raconte Pamuk, que pour lui assigner un but, comme un père turc dit à son fils "un jour, mon fils, tu seras un pacha"... Hier, le pacha a surtout parlé littérature, plus que politique, fatigué -a-t-il expliqué- de se voir toujours assigner la mission de jeter un pont avec l'Occident. Il a donc raconté comment il a fini par lire les cahiers du père, ce père doué pour l'écriture et il dit avoir ressenti alors le tressaillement de bonheur qui émanait de cet homme. Hier, ses réflexions sur la littérature étaient entrelacées avec celles sur le père qui, entre autres, lui fit découvrir Montaigne. On n'est jamais seuls, dit Pamuk, même si l'essence de l'écrivain est d'approfondir son monde intérieur, et ses blessures, on n'est jamais seuls mais toujours accompagné par les mots de ceux qui nous ont précédés, par les mots qui sont dans les livres, par les histoires des autres que nous racontons comme si elles étaient les nôtres, et par nos propres histoires que nous racontons en faisant croire qu'elles sont arrivées à d'autres... Dimanche, Orhan Pamuk recevra son prix des mains du roi de Suède avant de revêtir une queue de pie pour une soirée de gala... avant surtout de se remettre à écrire. En attendant, je prends ma bavulu et je m'en vais, mais pas avant de vous souhaiter une bonne journée.

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