LE DIRECT

Le référendum en Ukraine Oriental aura-t-il lieu ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le référendum en Ukraine Oriental aura-t-il lieu ? C’est évidemment, la question à 100 kopecks que tout le monde se pose, en cette veille de week-end d'autodétermination et ce, alors même que les annonces les plus contradictoires font aujourd'hui le lit des rumeurs, des mensonges et des contrevérités.

Dimanche, les insurgés pro-russes d’Ukraine Oriental souhaitent organiser leur référendum d’indépendance, à l'instar de celui qui s'était tenu en Crimée un mois plus tôt, lequel avait conduit à l'annexion de la région à la Russie. Or voilà que mercredi, Vladimir Poutine, lui-même, a décidé de lâcher sinon les séparatistes du moins du lest, en leur demandant, non seulement de reporter leur référendum sur l'autonomie, mais aussi de prendre place à la table des négociations avec les autorités ukrainiennes. Une décision, que le journal BERLINER ZEITUNG avait aussitôt qualifié de bonne nouvelle, la première même depuis longtemps. Un revirement inattendu, tendant à prouver que les sanctions de l'Occident ne sont pas sans effet. Ou dit autrement, selon son confrère italien IL SOLE, il se pourrait que Poutine ne soit pas le seul à commander à Moscou et que dans la perspective de sanctions accrues de l'Occident sur la Russie, Poutine soit contraint avec ses amis oligarques de tenir compte d'intérêts économiques et pas seulement géopolitiques.

A moins que les propos de Poutine ne soient pas un signe de détente, mais au contraire, une manœuvre mûrement réfléchie. C'est en tous les cas, l'analyse défendue par le journal lisboète PUBLICO, pour qui un report du référendum prévu dimanche pourrait tout à fait profiter à la Russie. Et pourquoi ? Parce qu'il n'y a pour le moment aucune garantie, compte tenu des affrontements, des morts et de la peur, que les résultats s'avèrent réellement représentatifs. Or en réclamant parallèlement un retrait des troupes ukrainiennes de l'Est du pays, Poutine chercherait à empêcher une prochaine défaite militaire des séparatistes, ce qui donnerait, par ailleurs, à la Russie, le temps de peaufiner ou de revoir sa stratégie. En d'autres termes, Poutine jouerait simplement la montre.

Sans compter, précisent nombre de commentateurs sceptiques quant à la sincérité de l'offre du Kremlin, que les séparatistes aujourd'hui n'ont plus besoin de Moscou. Si au départ, la Russie avait été contrainte d'assumer la décision d'intervenir pour protéger la population russophone, c'est parce qu'il n'existait en Ukraine orientale aucune structure susceptible de garantir sa sécurité. Or à présent, il existe deux formes d'auto-organisation, l'une politique et l'autre militaire. Et voilà pourquoi, peut-on lire sur le site de la radio ECHO de Moscou, si les séparatistes d'Ukraine orientale peuvent désormais se passer du soutien de la Russie, il est logique que Poutine renonce aux menaces.

Et d'ailleurs, c'est ce que tend à prouver la décision hier des séparatistes pro-russes de ne pas repousser l’organisation du référendum, comme l’avait pourtant suggéré la veille le chef du Kremlin. Nous remercions Vladimir Poutine pour ses ­efforts, mais nous ne pouvons pas ne pas nous incliner devant la volonté du peuple, a notamment déclaré le leader de la République populaire autoproclamée de Donetsk. Sauf que la volonté du peuple reste évidemment encore à déterminer, précise aussitôt le correspondant du TEMPS de Genève. La plupart des sondages réalisés indiquent que 19 à 30% de la population est favorable à l’indépendance. Les séparatistes, eux, avancent des chiffres différents et parlent de 75%. Et de fait, dans la dizaine de villes, contrôlées par les forces armées rebelles, la population paraît les soutenir. A moins, précise toujours l'envoyé spécial du journal, que les habitants ne soient trop effrayés par la vue d’hommes armés et masqués pour manifester leur désaccord.

A ce titre, d'ailleurs, il est intéressant ce matin de relever cet article publié par le magazine d'information SLATE sur les vrais résultats du référendum en Crimée. Cet épisode symbolique des tensions qui traversent la région depuis des mois serait, à en croire les chiffres officiels russes, le reflet de la très large adhésion des habitants de la région à la Fédération de Russie : on avait alors avancé les chiffres de 96% de votes favorables à l'annexion et de 83% de participation.

Or c'est une toute autre réalité que vient de révéler le site Internet du Conseil de la société civile et des droits de l'Homme. L'institution, pourtant directement liée au Président russe, précise le magazine américain FORBES, aurait ainsi publié par erreur les vrais résultats : 30% de participation et seulement la moitié des votes en faveur du référendum. Soit à peine 15%. La traduction de son confrère du WASHINGTON POST varie, elle, légèrement. A l'en croire, le rapport indique qu'en Crimée, 50 à 60% des citoyens ont voté pour l'unification,avec une participation de 30 à 50%, ce qui suggère, poursuit le journal, que seuls 15 à 30% des électeurs ont vraiment voté pour l'annexion.

Quoi qu’il en soit et même si la fourchette est donc légèrement plus haute que celle de FORBES, ces résultats ne s'éloignent pas moins de ceux revendiqués par le gouvernement russe. Et c'est sans doute, d'ailleurs, la raison pour laquelle ce rapport a rapidement été mis hors ligne comme s'il s'agissait, ni plus ni moins, que d'un déchet radioactif toxique. Sauf que s'il est en effet désormais introuvable sur la version anglaise du site, il reste disponible en revanche sur sa version russe. Un rapport qui vient donc témoigner, une fois encore, de la complexité à juger aujourd'hui de la situation sur place.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......