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Le régime syrien serait-il sur le point de s’effondrer ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le régime syrien serait-il sur le point de s’effondrer ? … L’information portée à la une du site d’information DEBKA a de quoi surprendre : on peut y lire que le régime de Bachar al-Assad serait en train de craquer et de perdre la partie sur le plan militaire ... Selon des renseignements provenant notamment de l'armée israélienne … les rebelles prendraient actuellement le contrôle de plus en plus de territoires … Ils auraient encerclé Damas et combattraient même à l'intérieur de la capitale ... Hier des sources du Golfe Persique annonçaient par ailleurs que l'armée syrienne ne pouvait plus se déplacer en convoi par crainte des attaques … et que les militaires circuleraient à présent dans des véhicules banalisés …

L'histoire semble soudain s'accélérer en Syrie ... C'est également le sentiment que semble partager la chaîne de télévision américaine CNN après la mise en garde lancée hier par la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ... laquelle a prévenu je cite : il ne fait aucun doute que l'opposition est de plus en plus efficace pour se défendre et pour passer à l'offensive contre l'armée syrienne et contre les milices du gouvernement ... L'avenir devrait donc être parfaitement clair pour ceux qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad ... Plus tôt les violences cesseront et plus il y aura de chances de préserver la nation syrienne d'un assaut catastrophique ... Et de conclure : il n'y a presque plus de sable dans le sablier ...

Alors de toute évidence précise aussitôt le journal de Beyrouth L'ORIENT LE JOUR ... lorsqu'Hillary Clinton fait référence à un éventuel assaut catastrophique ... n'imaginez pas qu'une intervention miliaire étrangère serait en préparation non ... la secrétaire d'Etat américaine pense ici à une offensive des rebelles ... Car chacun le sait bien renchérit son confrère germanique DIE WELT ... les Etats-Unis sont en pleine campagne électorale ... et après l'Irak et l'Afghanistan le président Obama ne prendra jamais le risque de se lancer dans une nouvelle guerre ... Or sans le soutien de Washington ... pas d'intervention militaire possible ... Bachar al-Assad d'ailleurs le sait bien ... et c'est pourquoi il continue son bain de sang ... Toute la question est donc désormais de savoir si les rebelles auront les moyens d'arriver à leur fin ... Car pour le reste ... la nouvelle visite aujourd'hui en Syrie de Kofi Annan ... la troisième du genre où il doit notamment rencontrer le président Bachar al-Assad pour tenter de trouver une issue au conflit ne soulève que peu d'espoirs ...

D'ailleurs l'émissaire des Nations Unies l'a lui même reconnu dans une interview publiée ce week-end : cette crise se poursuit depuis seize mois ... A l’évidence nous n’avons pas réussi et peut-être n’y a-t-il aucune garantie que nous allons réussir ... D'où ce commentaire à lire ce matin dans les colonnes du QUOTIDIEN D'ORAN : Kofi Annan est peut-être arrivé au bout de sa mission impossible en Syrie écrit l'éditorialiste ...

Mais attention précise aussitôt le blog DEDEFENSA : la citation utilisée pour le titre de cette interview : "Sur la Syrie à l'évidence nous n'avons pas réussi" ... cette citation a été comme on dit ... soigneusement ôtée de son contexte ... Dans ce titre et dans la façon dont tout le monde le clame ... on peut sentir comme une odeur très forte insistante et peut-être un peu déplacée ... l’une de ces jubilations secrètes et certainement inconsciente devant ce constat d’échec ... Or remise dans son contexte ... la citation passe du ton définitif présent dans le titre et qui semble nous dire que tout est fini ... au ton très relatif employé par Annan et qui nous dit au contraire que rien n’est encore fini : «A l'évidence, nous n'avons pas réussi. Mais avons-nous étudié des alternatives ? Avons-nous mis les autres options sur la table ?»

En réalité pour Kofi Annan reprend le QUOTIDIEN D'ORAN ... il faut que l'ensemble de la communauté internationale agisse pour aller vers la solution politique ... Et sur cet aspect ... son entretien sonne probablement aujourd'hui assez désagréablement aux oreilles des Occidentaux et de leurs alliés arabes ... Koffi Annan observe notamment qu'on a délibérément écarté l'Iran ... alors même que c'est un acteur qui devrait faire partie de la solution ... Et surtout il s'étonne de la focalisation des commentaires négatifs sur la Russie ... alors que peu de choses sont dites à propos des autres pays qui envoient des armes ... de l'argent ... et pèsent sur la situation sur le terrain ... Or ces pays relève toujours l'émissaire des Nations Unies disent vouloir une solution pacifique mais prennent des initiatives individuelles et collectives qui minent le sens même des résolutions du Conseil de sécurité ...

En fin de compte poursuit le QUOTIDIEN D'ORAN ... il sera difficile d'accuser Kofi Annan d'être vendu à Moscou ... ou de se faire le propagandiste de Damas ... Ses déclarations sont davantage une remise en perspective de la crise syrienne ... et des jeux extérieurs qui l'influencent lourdement ... Depuis le début de cette mission impossible en Syrie poursuit l'éditorialiste ... Annan avait le choix d'agir en simple télégraphiste des occidentaux ... ou de jouer son rôle de médiateur à la recherche d'une solution inclusive susceptible de préserver les intérêts des syriens et des pays de la région ... A l'évidence ... et même si cela risque de froisser les va-t-en guerre de tous poils et leurs spindoctors il a choisi la seconde option ... Et le journal de conclure ... Koffi Annan dont le mandat s'achève à la fin août a finalement choisi de témoigner en homme libre.

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