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Le retour du "French Bashing" à la Une de la presse.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le French bashing ou quand les journalistes du monde entier raillent la France et ses dirigeants. Au chapitre des articles les moins flatteurs, on rappellera toute d'abord qu'en fin de semaine dernière François Hollande était déjà la risée de nombreux hebdomadaires pour ses poignées de mains manquées. A l'origine, une sélection amusante de clichés, recensés par le journal d'Amsterdam DE VOLKSKRANT, des photographies donnant l'impression que tous les visiteurs du chef de l'Etat refusent de lui serrer la main. Aussitôt, Le SPIEGEL, la BBC et le DAILY MAIL pour ne citer qu'eux, ont repris le fameux diaporama pour l'afficher fièrement sur leurs pages. Autant de clichés malicieux, puisque tous ont été pris juste avant la véritable poignée de mains. Autrement dit, ni le président iranien, ni le premier ministre russe n’ont snobé François Hollande. Mais le résultat est là, une galerie de photos cocasses, où François Hollande n'est pas franchement à son avantage.

Deux jours plus tard, dimanche, cette fois-ci c'est la France toute entière qui était prise pour cible par le magazine NEWSWEEK. L'article en ligne, intitulé « La chute de la France » a aussitôt déclenché une véritable tempête dans l'Hexagone, dans un premier temps sur les réseaux sociaux avant que deux personnalités politiques de premier plan ne réagissent à leur tour hier, la porte-parole du gouvernement tout d'abord, Najat Vallaud-Belkacem puis le ministre de l'Economie, lui-même, Pierre Moscovici.

En réalité, ce n'est pas la première fois que le magazine américain NEWSWEEK s'inquiète pour les Français, rappelle notamment le HUFFINGTON POST, puisqu'en février de l'année dernière, déjà, l'hebdomadaire tentait de comprendre pourquoi la France était devenue si paresseuse. Seulement voilà, moins d'un an plus tard, le constat a donc empiré : la France, à en croire le magazine, serait tout simplement en déclin. Et pourquoi ?

Dans son article, Janine di Giovanni, une ancienne reporter de guerre américaine installée à Paris, nous explique tout d’abord que l'exode des forces vives françaises écrasées d'impôts est une tragédie pour ce pays riche et plein d'histoire. L'auteure dénonce ensuite pêle-mêle les avantages financiers accordés à des syndicalistes ou bien encore à cet ami cameraman, qui travaillait 5 mois par an, avant de vivre le reste de l'année aux crochets de l'Etat. Elle ajoute que la France est un pays nombriliste qui ne regarde pas vers l'extérieur. Enfin, last but not least, la journaliste y écrit que le demi-litre de lait coûte 4 dollars, soit environ 3 euros.

Un article, rempli en réalité d'erreurs factuelles et toutes plus caricaturales les unes que les autres, comme le relève d'ailleurs un journaliste correspondant en France de plusieurs médias néerlandais et cité par le Courrier International. Comme Janine, dit-il, je suis un journaliste étranger vivant à Paris depuis plus d'une décennie. Je sympathise donc avec ses souffrances. Et comme Janine, je me livre régulièrement à un certain French bashing. À cet égard, je suis donc devenu aussi parisien que les Parisiens eux-mêmes. Cependant, tout n'est pas si pourri en France. Et le journaliste de relever tout d'abord que l'article de sa consœur est écrit depuis le point de vue de l'élégant 6ème arrondissement où elle réside, probablement l'un des quartiers les plus chics d'Europe. S'agissant tout ensuite du demi-litre de lait à 4 $, comme tout bon journaliste, dit-il, j'ai vérifié ce matin le tarif du lait en vigueur dans un magasin local. Réponse : un litre dans un supermarché dans le 13e arrondissement coûte 1,70 $. Soit même pas un quart de ce que cela coûte selon di Giovanni. Ce qui veut dire, soit que ma consœur n'achète jamais de lait, soit qu'elle se fait arnaquer par sa banque sur le taux de change lors de ses retraits en euros.

Et puis autre sujet, dit-il, où di Giovanni s'égare : la question des impôts. Selon la journaliste, en France, un grand nombre paie plus de 70%. Or en réalité il y en a pas beaucoup et probablement même personne en France qui paient plus de 70% d'impôt sur le revenu. En fait et malgré l'idée reçue, l'impôt sur le revenu en France n'est même pas très élevé par rapport aux autres Etats-membres de l'UE.

Et le journaliste néerlandais encore d'ajouter. En revanche, je suis d'accord avec di Giovanni quand elle dit qu'il faudrait améliorer beaucoup de choses en France. Il est vrai que leurs fromages puent et que leurs voitures rouillent. Il est aussi vrai que les Français râlent beaucoup et qu'ils ont trop peur du risque. Mais la chose la plus énervante est sans doute que tous les étrangers vivant en France généralisent trop. En fait, tous ceux qui connaissent vraiment bien la France, la détestent. Et c'est aussi pour cela qu'ils l'aiment. Or moi, je suis l'un de ceux-là. Et que cela vous plaise ou non, chère Janine, la seule façon de me faire quitter ce fichu pays sera dans un cercueil. Subventionné par l'Etat. Mais là, j'exagère un peu bien sûr.

Reste que même si toute la presse, française mais pas seulement s’en est donné à cœur joie pour moquer l'article de NEWSWEEK, relevant les unes après les autres toutes ses inepties, le magazine américain a quand même remis le couvert cette semaine en publiant une suite : un article intitulé « La chute de la France II », ou comment une nation de coqs est devenue une nation d’autruche.

Et une fois de plus, la seule vérité, si toutefois il y en avait une à dégager de cet article, c'est que François Hollande n’a décidément pas besoin de faire des blagues pour faire parler de lui et de notre beau pays.

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