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Le rideau de fumée se lève

5 min

Bonjour, Les cendres se dispersent dans le ciel. Les avions volent à nouveau, l'horizon se dégage. Et on redécouvre ce matin dans la presse internationale qu'il n'y a pas que le volcan islandais qui est capable de produire un nuage de fumée qui met en péril l'économie occidentale. Le brouillard autour des montages suspects de la banque Goldman Sachs lui aussi se dissipe, et laisse envisager de nouveaux jours sombres sur les marchés financiers. Est-ce que Goldman peut faire s'effondrer à nouveau la Bourse, s'interroge le quotidien espagnol ABC. Les profits de Goldman échouent à détourner l'attention du public, titre pour sa part le NEW YORK TIMES. Parce que pour la banque d'investissement, le timing de cette éruption était presque parfait... pas de place, dans la presse européenne ces derniers jours, toute entière tournée vers l'éruption et la fermeture des espaces aériens... pas de place pour évoquer l'incroyable perversion financière que l'autorité de régulation américaine affirme avoir mise au jour, vendredi dernier. Seulement hier, des résultats tombent : Goldman annonce un doublement de ses bénéfices sur les trois premiers mois de l'année, à plus de deux millions et demi d'euros. Voilà de quoi redonner des munitions à ceux qui critiquent le rôle de la banque dans la crise financière, peut-on lire dans EL PAIS ; le rôle de ces pilleurs en mocassins. Pilleur, saqueador en espagnol, to sack, en anglais, comme dans Goldman SACHS relève l'éditorialiste, un nom qu'on croirait prédestiné. Voilà donc qu'à cause, ou grâce à ces résultats insolents, le rideau de fumée se lève, et que les journalistes tentent, chacun de leur côté, de disséquer les mécanismes qui ont conduit à cette nouvelle migraine pour les marchés financiers, comme le nomme l'éditorialsite de l'ABC. Et c'est un véritable feuilleton, une histoire à faire peur peut-on lire dans le FINANCIAL TIMES. Vous en trouverez un résumé limpide dans le quotidien suisse LE TEMPS : la banque américaine est accusée d'avoir proposé à d'autres établissements financiers, comme la Royal Bank of Scotland, ou l'allemand IKB, d'investir dans des produits extrêmement toxiques, les CDO, des produits qui regroupent des milliers de prêts immobiliers à hauts risques. Des produits qui ont été eux-mêmes montés par un fonds spéculatif DANS LE BUT DE S'EFFONDRER. Le fonds spéculatif en question, John PAULSON, qui aurait empoché au passage des sommes faramineuses lorsque les CDO en question se sont effectivement effondrés. L'INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE trouve une jolie formule pour résumer ce montage : c'est comme si un casino proposait un jeu qui mélange le BlackJack, les Machines à Sous et le Poker en même temps. Un jeu où ceux qui sont à l'autre bout de la chaîne, les consommateurs qui prennent un crédit pour acheter leur maison, perdent à chaque fois. En clair, et en résumé, Goldman Sachs aurait poussé des banques à investir dans des produits les plus pourris possibles, pour permettre à un fonds spéculatif de parier sur l'effondrement de ces mêmes produits et rafler la mise. Dommages collatéraux : outre la crise des subprimes elle-même, la Royal Bank of Scotland donc, qui aurait perdu près de 850 millions de dollars. Une banque dont le gouvernement britannique détient 84% du capital, comme le rappelle le site de la chaîne AL JAZEERA. L'affaire devient bien sûr politique au Royaume Uni, qui plus est à trois semaines des élections générales. Goldman prend feu de partout, et Gordon BROWN souffle sur les braises titre le TIMES. Le Premier Ministre sortant parle de faillite morale, et se réserve dans les prochains jours le droit d'ouvrir sa propre action en justice. Mais c'est le leader Libéral Démocrate, Nick CLEGG, qui a le vent en poupe depuis le débat télévisé de la semaine dernière, qui appuie là où ça fait mal. Nick CLEGG exige que le mandat de Goldman Sachs, comme conseiller financier du gouvernement britannique, soit immédiatement suspendu, c'est à lire dans le WALL STREET JOURNAL. Parce que c'est là tout le problème que pose cet établissement tentaculaire, déjà accusé d'avoir aidé la Grêce pendant des années à dissimuler l'ampleur véritable de sa dette, amenant à la situation qu'on connait et à la menace de défaut de paiement du pays. Goldman Sachs n'a plus rien à voir, et depuis longtemps, avec une simple banque, c'est la maison la plus puissante de WALL STREET rappelle le TEMPS. L'un des principaux conseillers financiers des dirigeants politiques, des deux côtés de l'Atlantique, un réseau qui s'est patiemment construit depuis deux décennies. Et Goldman est d'ailleurs le deuxième contributeur à la campagne d'un certain candidat, un candidat démocrate... un certain Barack OBAMA, aux dernières élections américaines. Un très généreux contributeur, à hauteur selon le site de CNN de près d'un million de dollars. Un rappel bien encombrant pour le président américain qui comptait se servir de cette affaire comme d'un accélérateur pour faire passer en force sa proposition de réforme du système financier. Une réforme ô combien nécessaire, juge le San Francisco Chronicle, une réforme qui permettrait de clôre un cycle, et d'assainir enfin un système devenu fou. La nécessité d'une gouvernance mondiale, c'est ce pour quoi plaide également Jacques ATTALI ce matin sur le site Slate.fr. Du rideau de fumée volcanique, au rideau de fumée financier... d'un événement naturel imprévisible à un montage économique totalement virtuel... deux faits qui disent une même chose. Qu'un fait en apparence marginal peut avoir une conséquence globale considérable. Que tout événement local, humain ou naturel, a désormais des conséquences planétaires, sans que nous ayons mis en place les mécanismes globaux de prévention et de protection. Deux rideaux de fumées qui, si l'on veut pouvoir regarder à travers, nécessitent dès aujourd'hui de PENSER MONDE. Bonne journée.

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