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Le "Stop and Frisk" new-yorkais anticonstitutionnel

5 min

Par Marine de La Moissonnière A New York, les fouilles au corps menées par la police, appelées "Stop and Frisk" ("arrêter et fouiller"), viennent d'être déclarées contraires au 4e et au 14e amendement de la Constitution. Dans un jugement de 195 pages - dont les journaux américains publient de larges extraits ce matin - la juge fédérale Shira Scheindlin écrit notamment : "Dans les faits, la police a ciblé les jeunes hommes noirs et latinos parce qu'ils apparaissent plus souvent dans les dénonciations de crimes au niveau local. C'est une forme de profilage racial ", ajoute-t-elle. Un délit de faciès, dirait-on en France. Ainsi sur les dix dernières années, environ 4,4 millions de personnes ont été contrôlées par la police de New York, en majorité des Noirs et des Hispaniques, détaille leNew Yorker qui précise que dans 90% des cas, la personne s'en est allée sans être conduite au commissariat, ni même avoir écoppé d'une amende. Voilà qui constitue selon l'avocat des plaignants, cité par The Guardian , "un harcèlement [de ces communautés] arbitraire, inutile et anticonstitutionnel ".Surtout, comme le fait remarquer dans son édito le New York Times , la juge pointe clairement du doigt la responsabilité du maire de New York, Michaël Bloomberg, quand elle conclut : "Les plus hauts responsables de la ville ont délibérément fermé les yeux alors qu'il y avait des preuves irréfutables que les policiers usaient de cette pratique de façon discriminatoire ." En clair, Michaël Bloomberg a violé la Constitution, et il le savait parfaitement.Ce verdict - "une victoire majeure pour les défenseurs des droits civils ", selon The Guardian - c'est l'aboutissement d'un procès de deux mois et demi, rappelle le quotidien. Un procès suite à une plainte collective déposée en 2008. Mais en réalité, cela fait 14 ans que le "Stop and Frisk" est dans le collimateur de la justice, souligne The Guardian . Ce n'est pourtant pas la fin de cette pratique, avertit le Daily News . Elle n'est pas interdite. Un avocat indépendant a juste été nommé. Sa mission : s'assurer que la police de New York use du "Stop and Frisk" dans le respect de la Constitution. De nouvelles procédures vont être mises au point, explique leWall Street Journal .Ce jugement a suscité de nombreuses réactions. Dans les quartiers a priori concernés tout d'abord. Le New York Times s'est rendu à Brooklyn où "le septicisme prévaut ", titre le quotidien. "Thank God ", s'est exclamé Steve quand il a appris la nouvelle. Cet homme de 38 ans raconte dans les colonnes du quotidien qu'une fois, il a été arrêté simplement parce qu'il portait un sweet à capuche. Des récits comme le sien, le New York Times en a recueilli plusieurs : des gens ayant eu affaire à la police parce qu'ils promenaient leurs chiens, faisaient du vélo...Alors oui, logiquement, la décision de la juge est bien accueillie dans le quartier. Mais finalement personne ne s'attend à ce que les choses s'améliorent. "Le racisme, les flics, ils l'ont en eux ", explique Steve. Pourtant lui, comme d'autres habitants de Brooklyn, interrogés par le journal, se déclarent favorables une police à la main de fer. Ils sont même pour le '"Stop and Frisk" à condition que les trafiquants de drogues et les vendeurs d'armes soient bel et bien arrêtés. "Les flics arrêtent des gens pour des raisons stupides. Mais ils ne font strictement rien quand les gens ont vraiment des chose à se reprocher ", résume Eugene, 57 ans. Pour les habitants de Brooklyn qu'a rencontrés le New York Times , cette décision de justice, ce n'est finalement rien d'autre que du bla-bla. Michaël Bloomberg et la police, mis en cause par la juge, ont réagi d'une toute autre manière. "Réponse furieuse " du maire de New York et du chef de la police Ray Kelly, souligne The Guardian . Tous deux estiment que le procès n'a pas été équitable. Michaël Bloomberg va plus loin et qualifie de "très dangereuse" la décision de la juge. Des propos rapportés par le Los Angeles Times . Principal argument de Bloomberg : le "Stop and Frisk" a permis de combattre le crime dans les rues de New York. Il a décidé de faire appel.Alors pour bien comprendre sa colère, il faut préciser qu'il est sur la fin de son mandat. La campagne municipale bat son plein à New York en vue de l'élection de novembre. Mais si Bloomberg est énervé, ce n'est pas parce que son camp pourrait être éclaboussé par ce revers. Non, ce qui l'inquiète, lui qui laisse la place le 31 décembre, à 71 ans, c'est son image. Son but, décrypte le Wall Street Journal , c'est de "rester dans les mémoires comme le meilleur maire " de New York. Et "clairement, cette décision lui est préjudiciable ", analyse Doug Muzzio, professeur de droit public, dans les colonnes du quotidien. Et le Wall Street Journal de citer cette phrase de Bloomberg, en guise de consolation : "Il y aura au moins eu 12 ans dans l'histoire de la ville au cours desquelles les gens ont pu marcher dans les rues de New York sans regarder par dessus leur épaule. Et ça, c'est quand même un bel héritage. "

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