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Le système éducatif sud-africain très mal en point

5 min

Par Marine de La Moissonnière

"Seuls 50% des étudiants obtiennent leurs diplômes universitaires", s'indigne The Independent. "Des statistiques choquantes" pour le quotidien sud-africain, révélés par un rapport du Conseil de l'enseignement supérieur qui précise qu'"aucun groupe ne s'en sort ". Ni les étudiants noirs, ni les blancs. Si la situation est moins catastrophique pour ces derniers, plus d'un tiers d'entre eux ne parviennent pas obtenir leur diplôme dans les cinq ans, relève le Guardian, et ce, alors qu'ils fréquentent généralement les meilleures universités.Plus grave encore, le taux d'échec des Noirs. Seuls 5% d'entre eux réussissent leurs études supérieures, souligne The Independent . "Un échec inacceptable ", selon ce rapport.L'enseignement supérieur s'est pourtant développé depuis l'avènement de la démocratie en 1994, écritle Guardian . Il y a aujourd'hui 900 000 étudiants, 57% de filles, un taux d'inscription de 79% pour les Noirs. Mais au final, il n'y a vraiment pas de quoi se réjouir. "Ce document de 260 pages dresse un tableau sombre du système éducatif en Afrique du Sud, près de 20 ans après la fin de l'apartheid ", écrit le Guardian . Opinion partagée par le Times d'Afrique du sud qui parle même d'un "tableau inquiétant ". Adjectif repris par un autre journal sud-africain, le Mail and Guardian . Adjectif qui semble plus adéquat quand on prend en compte un autre chiffre qui fait mal, mis en avant par le Guardian . 140 sur 144, c'est la place qu'occupe l'Afrique du sud dans le rapport du Forum économique mondial sur la qualité du système éducatif. L'Afrique du sud mauvais élève du continent africain, tout au fond de la classe avec le Burundi et la Libye.Ce rapport du Conseil de l'enseignement supérieur décrit un pays qui "gâche ses talents ", écrit encore le Guardian . Cette situation est d'autant plus dommageable pour l'Afrique du sud que le pays a besoin de travailleurs qualifiés et de diplômés. Il en manque sur le marché du travail, analyse le quotidien britannique. Les besoins du pays ne sont pas satisfaits à cause du système éducatif, conclut ce rapport. Comment en est-on arrivé là ? L'explication est malheureusement assez simple. C'est le fossé entre les riches et les pauvres que l'ANC n'a jamais vraiment réussi à combler. Reproche que lui font souvent ses détracteurs et dont le Guardian se fait l'écho ce matin. Ces inégalités contribuent à maintenir la discrimination entre Blancs et Noirs. "L'accès et la réussite dans l'enseignement supérieur sont fortement influencés par le contexte socio-économique des individus ", indique le rapport. A lire d'ailleurs dans le Mail and Guardian, le témoignagne d'un homme d'affaires noir, Khaya Dlanga. Il raconte comment il a dû se battre pour faire des études. Mère célibataire au chômage, sans argent, sans abri... Il a finalement abandonné. Mais l'argent n'est pas la seule explication, souligne le Guardian . "Beaucoup de ceux qui ne parviennent pas à terminer leurs études ne sont pas indigents. " C'est pourquoi le rapport préconise de "s'attaquer aux facteurs affectifs, psychologiques et sociaux qui sont aussi un obstacle à la réussite dans l'enseignement supérieur. "Pour combattre les "séquelles de l'apartheid " - l'expression est du Guardian - le rapport ne va pas jusqu'à prôner la discrimination positive qui suscite des critiques. Les politiques d'admission de certaines écoles et universités - qui ont revu leurs attentes à la baisse - sont remises en cause par des experts, souligne le Guardian . Ainsi "la stratégie de l'Université de Cape Town, la meilleure d'Afrique, qui accepte des étudiants noirs ayant des notes bien moins élevés que les Blancs, est controversée. "Ce rapport recommande des changements. D'abord "une réforme radicale des structures " de l'enseignement supérieur, écrit le Guardian . Enseignement supérieur qui repose encore sur le système colonial vieux d'un siècle et sur le modèle écossais en particulier, poursuit le quotidien britannique. Principale mesure préconisée par ce rapport : faire passer le premier cycle de trois à quatre ans. Ensuite, les autres efforts à faire concernent l'école qui "n'est pas adaptée ", écrit le Guardian , et "qui empêche des millions d'enfants de développer leur potentiels. " "Notre système scolaire est assis sur ses fesses ", s'insurge Jonathan Jansen, recteur de l'université du Free State, dans le Times . "Imaginez 26 enseignants assis à ne rien faire, toute la journée, dans leur école parce qu'ils sont de trop. Il n'y a pas de salles de classe pour eux, et on ne peut pas les envoyer ailleurs " dans les campagnes par exemple, où on manque de professeurs. Voilà ce que décrit cet enseignant. "Dans les écoles qui fonctionnent bien, ils ne sont que deux ou trois ces professeurs qui ne font rien. Mais dans le cas dont je vous parle, ils sont 26. Cela veut dire 26 salaires chaque mois, pendant des années. " Dans le language officiel, on les appelle "les éducateurs supplémentaires ". Ils sont protégés par des lois et des politiques.

Alors "pour réformer son système éducatif, l'Afrique du sud a-t-elle besoin de plus d'argent ? " s'interroge Jonathan Jansen. Non, répond-il. Et de vous donner un conseil : "La prochaine fois que quelqu'un vous demandera : "Pourquoi est-ce que l'Afrique du Sud dépense plus que n'importe quel autre pays africain pour son éducation mais obtient les pires résultats ? Pensez à ces 26 enseignants qui sont un exemple simple d'un malaise beaucoup plus large qui touche l'éducation mais aussi la politique ", écrit Jonathn Jansen. Le déséquilibre entre les resources et les rendements est dûe à une "énorme inefficacité ".

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