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Le venin de la corruption.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ce week-end, les Roumains vont élire leur futur président pour 5 ans. Or ce moment s'annonce d'ores et déjà crucial, presque autant que les premières élections libres du pays en 1990. Et pourquoi ? Parce que la Roumanie va décider si elle veut sortir de la logique de la corruption et prendre en main son destin européen. En d'autres termes, précise LE TEMPS de Genève, 25 ans après la chute et la mort de Ceausescu, les Roumains se retrouvent face au même choix qu'il y a un quart de siècle : continuer de vivre dans un pays rongé de l'intérieur ou bien construire un Etat de droit porteur d'espoir.

Deux hommes se retrouvent en lice pour ce second tour : d'un côté, Victor Ponta, le candidat des barons membre du Parti social démocrate, héritier de l'ancien parti communiste et de l'autre, Klaus Iohannis, issu du Parti démocrate libéral. Il représente les progrès enregistrés par la Roumanie, projetant l'image d'une démocratie moderne, capable de remédier à ses tensions.

Reste que si sur le papier, l'alternative semble donc on ne peut plus claire, la Roumanie n'en demeure pas moins pleine de surprise. En témoigne la campagne émaillée de scandales et autres coups montés sur la vie privée des candidats ou leur appartenance supposée aux services secrets. Ainsi, lorsque les chaînes de télévision ne divaguaient pas sur le nombre de maisons dont le candidat Klaus Iohannis serait propriétaire, la presse à sensation, elle, faisait des ravages en publiant les clichés du séjour à Paris d'Elena Udrea, connue notamment pour sa proximité avec le président sortant. Or, outre les photos de ses nuits dans un palace parisien et de son passage chez le coiffeur, « la blonde de Controceni » ainsi qu'on la surnomme, du nom du palais présidentiel, était accompagnée dans son escapade, par une autre jeune femme : la procureur en chef de la direction du crime organisé. Que faisait cette haute magistrate roumaine à Paris ? Quoi qu'il en soit, le président sortant en a aussitôt profité pour accuser les services secrets français d'être à l'origine de ces révélations. Il faut dire que les espions, le chef de l'Etat semble en voir absolument partout, à commencer par son pire ennemi, le premier ministre Victor Ponta, qu'il a publiquement accusé d'être autrefois un agent sous couverture des services secrets. D'où ce commentaire résigné, signé du journal de Bucarest ADEVARUL cité par Eurotopics : entre une campagne électorale émaillée de coups bas et une campagne d'une bêtise exaspérante, qu'est ce qui est le pire ?

D'autant que la liste des pièges tendus aux candidats ne s'arrête pas là. Ainsi, lundi dernier, le ministre des affaires étrangères a-t-il choisi de démissionner, avec fracas, pour protester contre la création de nouveaux bureaux de vote à l'étranger réclamée par l'autorité électorale. Le premier tour avait, en effet, été marqué par l'impossibilité pour de nombreux Roumains de l'étranger de pouvoir exercer leur droit de vote. Or le Premier Ministre, au lieu de considérer que le résultat du scrutin de dimanche pourrait, éventuellement, s'avérer contestable si des milliers de personnes ne peuvent se rendre aux urnes, s'emploie désormais à faire circuler l'idée saugrenue que son adversaire, Klaus Iohannis, chercherait ainsi à lui tendre un piège en réclamant davantage de bureaux de vote. Un bon prétexte, en réalité, précise aussitôt le journal en ligne GANDUL, pour permettre le cas échéant au gouvernement de contester la validité du scrutin par voie juridique. Et voilà comment, in fine, les citoyens se sentent aujourd'hui comme hier opprimés, écrit le portail d'information roumain HOTNEWS, par un Etat autoritaire mais aussi trompés par la propagande officielle et privés qui plus est de leurs droits fondamentaux.

Mardi dernier, les deux candidats en lice pour le second tour se sont affrontés lors d'un débat télévisé, une confrontation directe, que le premier ministre sortant Victor Ponta voulait, d'ailleurs, éviter. C'est raté. Mais le problème, à en croire toujours le portail d'information roumain c'est que c'était visiblement, aussi, raté pour son adversaire, Klaus Iohannis, lequel s'en est plutôt mal sorti, estime l'éditorialiste, avant de préciser : un candidat à la présidentielle ne peut afficher autant de carences, surtout s'il est confronté à son adversaire et qu'il se retrouve happé dans sa rhétorique piégeuse. Iohannis n'a eu de cesse de regarder l'heure de façon étrange. Il a même rappelé au présentateur que le temps imparti s'était écoulé, donnant ainsi l'impression qu'il espérait, désespérément, la fin du débat. Voilà qui n'est pas franchement bon signe.

C'est dans ce contexte que le pays se prépare donc aujourd'hui à un scrutin, pourtant perçu comme historique. Ne reste plus désormais qu'à espérer que les citoyens, eux, sauront réagir et n'hésiteront pas, notamment, à demander des comptes au nouveau président qui sortira des urnes dimanche prochain. C'est en tous les cas, le vœu formulé par le quotidien roumain EVENIMENTUL ZILEI : Tout en s'interrogeant, comment diable avons nous pu vivre avec le cancer de la corruption, entourant même les murs de notre palais présidentiel, l'éditorialiste n'y voit qu'une seule explication : nous sommes des bisons stupides, dit-il, mais nous irons voter, parce que nous ne voulons plus être conduits par des voleurs. Et d'en conclure, dimanche cette maladie nationale terrible qu'est la corruption, cette métastase devra être définitivement extirpée.

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