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"Le virage ultra-conservateur de Vladimir Poutine"

5 min

PAR LUDOVIC PIEDTENU

NICOLAS MARTIN : Une découverte pour commencer, ce qui est peut-être le plus vieux Coran du monde... LUDOVIC PIEDTENU : La presse anglo-saxonne s'émeut d'une découverte réalisée à Birmingham, dans les Midlands britanniques.Deux feuilles de parchemins restés un siècle dans la bibliothèque de l'Université. Peut-être les plus vieilles pièces du Coran.Dans le Washington Post ou à la Une de l'International New-York Times, sur le site de la BBC, le même témoignage du Professeur David Thomas. "Nous avons été très étonnés, surpris en effet" quand le test de datation au carbone 14 est revenu. Ces deux feuilles, à plus de 94% de probabilité, remontent au 7ème siècle, entre 568 et 645. Au moins 1370 ans, ce qui nous renvoie "à l'aube de l'Islam".Deux feuilles, de la peau de mouton ou de chèvre, écrites en Hijazi, la forme ancienne de la calligraphie arabe de l'époque du Prophète Mahomet.Deux pages exhumées par une jeune doctorante.Deux pages, écrit le Washington Post, qui "suscitent de nouvelles passions"."Le responsable de la Mosquée de Birmingham est ainsi persuadé que l'on viendra de toute l'Angleterre pour voir le texte sacré."Un chercheur de Ryad en Arabie Saoudite, cité par l'International New-York Times, fait part de ses doutes. "Dater la peau sur laquelle le texte est écrit ne dit rien de quand il a été écrit. Les peaux, explique-t-il, étaient parfois lavées puis réutilisées."

NICOLAS MARTIN : "Une diplomatie parasite", édito de Libération ce matin... LUDOVIC PIEDTENU : "Emmenés par le poutinophile député Les Républicains Thierry Mariani, dix parlementaires français sont ces jours-ci en Russie puis aujourd'hui en Crimée, territoire ukrainien que Moscou a annexé dans la passivité générale" écrit Jonathan Bouchet-Petersen dans son édito."Détenteurs d'une part, toute mineure soit-elle, de la représentation nationale, ces élus, qu'ils soient de gauche ou de droite, ne portent en aucun cas la voix de la France en pareilles circonstances. Claude Bartolone, le Président de l'Assemblée Nationale, a eu raison de le leur rappeler par courrier" estime le journaliste.Ce sont des "Moscoutaires" s'amuse Jean-Dominique Merchet dans les colonnes de L'Opinion."Un tel déplacement, écrit-il, ne peut apparaître que comme une provocation à l'égard de la diplomatie française."L'un de ces "Moscoutaires" interrogé par l'Opinion, Jacques Myard explique : "on y va pour ruer dans les brancards et dénoncer la politique de la France vis-à-vis de la Russie".

Capture d'écran du Moscow Times du 22 juillet 2015
Capture d'écran du Moscow Times du 22 juillet 2015

Dans le Moscow Times, cette "visite controversée" fait les gros titres. Mais elle est appréciée par la classe politique russe. Un parlementaire Alexeï Pushkov a tweeté en français dans le texte "Cela veut dire que la liberté subsiste toujours en France".Dans une interview au quotidien russe Kommersant, Thierry Mariani défend, je cite, "cette liberté de décisions des parlementaires français".NICOLAS MARTIN : Un chercheur américain s'inquiète de cette mauvaise relation avec la Russie... LUDOVIC PIEDTENU : Harley Balzer signe une tribune à lire dans l'International New-York Times.Cela commence par l'actualité, la répression contre la fondation américaine MacArthur, ONG de défense des droits de l'homme placée par des parlementaires russes sur une liste d'organisations indésirables. Son bureau a donc fermé hier à Moscou.Et ce professeur américain, qui, depuis deux décennies, oeuvre pour un rapprochement scientifique, éducatif entre la Russie et les Etats-Unis avec des plans d'aides aux universités russes, s'inquiète "du peu de signes de protestation sérieuse contre cette campagne de Moscou qui vise à mettre fin à une longue et fructueuse ère de coopération". "Beaucoup, blâme-t-il, dans la communauté scientifique russe, se sont comportés de la même façon : gardez la tête baissée et espérez que vous ne soyez pas la prochaine victime"."Pour le Kremlin, écrit-il, ces ONG américaines sont utilisées par Washington pour établir une cinquième colonne en Russie.""Il faut, conclut ce professeur américain, que la communauté scientifique défende son travail, fortement et clairement".NICOLAS MARTIN : Autre illustration du "virage ultra-conservateur pris par Vladimir Poutine au début de son troisième mandat" en 2012... LUDOVIC PIEDTENU : C'est à lire ce matin dans le quotidien suisse Le Temps. Une campagne menée de front par le Kremlin et le clergé orthodoxe contre l'homosexualité. Mais c'est sans compter quelques contradictions."L’affaire a été éventée par plusieurs publications en ligne russes, mais les chaînes de télévision fédérales et la presse à grand tirage ont ignoré le scandale. Contactés par Le Temps, plusieurs représentants du patriarcat de Moscou ont refusé de commenter l’incident."Il y a une vidéo sur Youtube, nous explique le journaliste Emmanuel Grynszpan.ça se passe à Oulianovsk à 900kms à l'est de Moscou, la ville-berceau de Vladimir Lénine. "Une foule de fidèles conspue le fraîchement nommé métropolite Anastase alors qu'il s'apprêtait à célébrer son premier office".Depuis 2013, il traîne des casseroles, mêlé à une affaire de harcèlement homosexuel.Une spécialiste du monde orthodoxe l'affirme au journal : "l'existence d'un lobby gay au sein du clergé ne fait aucun doute. Les violences sexuelles contre les jeunes séminaristes ne sont pas un phénomène nouveau, mais il est absolument tabou. Cette pratique explique en partie la campagne violemment homophobe menée par le patriarcat. Les anathèmes lancés contre les homosexuels sont destinés à détourner l’attention de leurs propres penchants"."Le lendemain de l’incident, le métropolite répond par des imprécations à caractère politique: "On organise ici un Maïdan", référence au soulèvement de Kiev, devenu en Russie synonyme d’ingérence étrangère à caractère anti-russe. "Ce troupeau démoniaque qui s’élève contre le sacro-saint patriarcat sera précipité dans les abîmes de l’enfer".

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