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Légaliser l'héroïne et la cocaïne pour lutter contre les ravages de la drogue

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Légaliser l'héroïne et la cocaïne. Voilà ce que proposent les membres de la Commission globale sur les politiques en matière de drogue, qui ont remis leurs conclusions hier, aux Nations unies, à New York. Ils ont bien conscience que leur rapport est polémique, explique El País. Un rapport "audacieux ", juge le quotidien de Madrid.

Partant du constat que les politiques répressives en matière de drogues menées depuis des années, sous l'impulsion des Etats-Unis, ont échoué, que les cartels n'ont pas disparu, qu'un monde sans drogues est de toute façon impossible, les membres de cette commission réclament un virage à 180 degrés. "Il faut changer de cap ", affirme Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unis, cité par El País , car pour l'instant, tout ce qu'on a obtenu, c'est des prisons surpeuplées et de graves problèmes de santé publique.

"Les mesures prises sur la base d'une idéologie répressive doivent donc être remplacées par des politiques plus humaines et efficaces qui reposent sur des données scientifiques, des principes de santé public et sur les respect des droits humains ", peut-on lire dans ce rapport. "C'est la seule manière de faire reculer le nombre de morts dues aux drogues, les maladies, la souffrance, la violence, le crime, la corruption et le commerce illégal. "

Ce rapport donne de nombreux exemples, repris par le Wall Street Journal. Ainsi au Mexique, depuis que le président Felipe Calderón a déclaré la guerre aux trafiquants de drogue, en 2006, entre 60.000 et 100.000 personnes sont mortes. Les chefs des cartels ont dépensé un demi-milliard de dollars par an pour corrompre des hommes politiques.

L'idée de cette commission, c'est donc de faire des stupéfiants un marché comme les autres, un marché régulé pour mettre fin aux trafics et protéger la santé et la vie des gens, explique El País . "Les drogues devront être prescrites sur des critères médicaux rigoureux ", précise Ernesto Zedillo, ancien président du Mexique. "Il faut tirer les leçons de échecs et des réussites de ce qui se fait pour l'alcool, le tabac et les médicaments ", ajoute pour sa part le fondateur de Virgin, Richard Branson, toujours dans les colonnes d'El País.

Un discours novateur donc mais qui ne date pas d'aujourd'hui. En 2011, cette commission recommandait déjà de légaliser le cannabis, rappelle le quotidien urugayen La Republica.

Cette fois-ci, elle va beaucoup plus loin car les mentalités sont en train d'évoluer. Comme le rappelle le New York Times, de nombreux pays dans le monde ont modifié leurs lois en matière de drogue, notamment des pays d'Amérique latine frappés par la violence lié au trafic de drogue.

Il y a tout d'abord l'Uruguay qui est devenu l'an dernier, le premier pays à mettre en place un marché du cannabis contrôlé par l'Etat.

La Colombie, poursuit le New York Times , a créé une commission nationale pour repenser sa propre politique.

Enfin, en Europe, depuis longtemps, certains pays n'arrêtent plus les détenteurs et les consommateurs de marijuana.

Même le président Obama, insiste le quotidien américain, s'interroge sur l'intérêt de poursuivre en justice les consommateurs de cannabis. Les Etats-Unis autorisent les Etats à légiférer pour réguler progressivement la consommation de cette drogue.

Pourtant, explique toujours le New York Times , face à cette initiative, il faut s'attendre à de fortes résistances de la part de grandes puissances comme les Etats-Unis et la Russie ou bien encore au Moyen-Orient. Le quotidien rappelle qu'en Iran, le trafic de drogues est passible de la peine de mort.

Comme le fait remarquer John Walsh, spécialiste des drogues au sein de Latin America, une organisation de défense des droits de l'Homme, dans les colonnes du New York Times , "pour la première fois depuis 50 ans, le débat est véritablement ouvert mais chaque pays avancera à son rythme ". Et cela, les membres de cette commission en ont bien conscience. "Ce sera très difficile", reconnaît ainsi Fernando Henrique Cardoso, ancien président du Brésil, dans une interview au Wall Street Journal .

Cette commission n'appelle donc pas à la légalisation immédiate de toutes les drogues. Elle demande aux pays de continuer à lutter contre les organisations criminelles, de fournir des traitements aux toxicomanes et d'arrêter d'emprisonner les usagers, détaille le New York Times .

Liste de recommandations complétée par El País : considérer la drogue non plus comme une question criminelle mais comme un problème de santé publique, arrêter les traitements de désintoxication obligatoire, encourager les expériences de dépénalisation de la consommation de drogues en commençant par le cannabis, la feuille de coca et certaines substances psycho-actives nouvelles.

En réalité, explique El País , les auteurs de ce rapport ont en ligne de mire 2016 et le sommet des Nations unies sur les drogues. Il sera alors temps de procéder à un "changement radical " à l'échelle mondial.

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