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L'épidémie d'Ebola hors de contrôle

5 min

Par Marine de La Moissonnière

70 millions de personnes sont menacées. C'est ce que révèle une étude de l'Université d'Oxford, explique le journal le Telegraph. 15 autres pays d'Afrique pourraient être touchés, en plus de ceux où des cas ont déjà été signalés.

Pour arriver à des prévisions aussi alarmantes, les chercheurs se sont intéressés aux animaux, réservoir de transmission du virus. Ainsi "plusieurs espèces de chauve-souris, qui ne présentent pas de symptômes, font circuler le virus dans la jungle en Afrique de l'ouest et centrale. Elles transmettent alors la maladie à d'autres animaux qui sont, eux, mangés par les hommes ", explique le Telegraph . Or ce réservoir naturel est bien plus important que ce que l'on pensait, commente l'auteur de cette étude, Nick Golding. La Côte d'Ivoire, le Gabon, l'Angola, l’Ethiopie, le Mozambique, le Burundi, Madagascar... La liste est longue et la carte à voir sur le site internet du quotidien britannique, est impressionnante.

Les habitants de ces pays ne seront pas forcément contaminés. Mais le risque est là. Les facteurs environnementaux et épidémiologiques sont présents dans bien plus de pays que prévu, conclut le Telegraph .

Cette étude est inquiétante alors même que le bilan a à nouveau été revu à la hausse. Près de 2.300 morts selon l'OMS, indique le Time qui souligne qu'en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, le nombre de cas a augmenté de 50% au cours des trois dernières semaines. Cri d'alarme des autorités du Liberia d'ailleurs relayé dans les colonnes du Telegraph. "C'est l'existence même de notre pays qui est menacée ", estimait avant-hier, le ministre de la Défense. 1.000 personnes sont décédées au Liberia.

La lutte contre Ebola est désormais une course-contre-la-montre. Sur place, on essaye de s'organiser et de sensibiliser les gens, de leur apprendre à se protéger. "Les avertissements sont transmis par des affiches, des dépliants et même des fresques murales ", raconte le Washington Post. Photos à voir sur le site du quotidien. Ne pas manger de viande de brousse, se laver les mains, se pas toucher une personne malade, ne pas toucher un cadavre... Ces mises en garde et ces conseils sont présents partout.

Mais le message a du mal à passer. Ainsi raconte le Time, d'après l'OMS, au Liberia, des familles malades se rendent à l'hôpital en taxis ou en motos, propageant du même coup le virus.

Il y a aussi ces rumeurs qui compliquent la tâche des médecins sur place. Comme souvent la théorie du complot refait surface. Dans le Daily Observer, quotidien du Liberia, le docteur Cyril Broderick, ancien phytopathologiste, signe un article dans lequel il affirme que les Etats-Unis seraient responsables de cette épidémie. Sous couvert de vaccination et dans le cadre de recherches sur les maladies infectieuses et le bioterrorisme, recherches menées secrètement en Afrique, ils auraient injecté le virus à des Africains.

Ces spéculations ne reposent sur pas grand-chose et ne vont pas contribuer à rassurer les populations, notamment au Liberia où la situation est dramatique. Il faut trouver de meilleures idées pour combattre la maladie, avoue l'OMS. Dans les colonnes du Time , le docteur Kent Brantly, l'un des médecins américains qui a survécu à Ebola après avoir été infecté au Liberia, reconnaît : "Les gens ont peur d'être placés dans des unités d'isolement. Ils disent : "C'est là qu'on vous met quand vous allez mourir ". Et de poursuivre : "Il faut trouver un moyen de soigner les gens chez eux tout en protégeant le personnel médical ". Mais comment faire alors que comme le souligne le Sydney Morning Herald, les services de santé africains sont dépassés.

La réponse, à ce stade, elle ne peut venir que du reste du monde. Une communauté internationale qui réagit bien trop lentement s'indigne le Canadien Keith Martin, médecin et ancien député qui signe une tribune dans les colonnes du Star de Toronto. L’OMS a mis 6 mois pour mettre sur pied un plan d'action, déplore-t-il. L'Organisation a demandé 600 millions de dollars pour le financer elle n'a reçu qu'un tiers de cette somme. L'argent et les moyens humains sont insuffisants. Tout repose sur Médecins sans Frontières et sur le personnel médical local.

Or cette épidémie est une catastrophe naturelle, une "tempête parfaite ", écrit le docteur Martin. "Ce qui est particulièrement inquiétant, insiste-t-il, c'est que le taux d'infection progresse désormais de manière exponentielle et pour la première fois depuis la découverte du virus en 1976 des villes sont touchées. "

Le docteur Keith Martin réclame donc que les pays développés mobilisent leurs armées et lancent une opération humanitaire d'urgence en Afrique de l'ouest. Eux seuls ont le personnel médical, les équipements et l'expertise nécessaires pour lutter contre Ebola de façon "rapide, efficace et surtout définitive ".

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