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L'erreur américaine au Yémen

5 min

PAR LUDOVIC PIEDTENUDeux hommes qui avaient en commun d'être motivés par l'envie d'enseigner.C'est pour cela qu'ils se sont rendus au Yémen, pour aider "les personnes ordinaires" à leur manière, lit-on sur le site de L'Express .Ils ne se connaissaient pas mais ils sont morts dans la même pièce, "criblés de balles", raconte Le Figaro , dans la nuit de vendredi à samedi, dans un assaut des forces spéciales américaines qui a échoué, quelques jours après une précédente tentative qui avait elle aussi capotée.La dernière fois, il n'y avait pas l'otage recherché dans la grotte. C'était aux alentours du 20 novembre.Cette fois, le commando en visant la maison des islamistes d'AQPA, Al Qaïda dans la Péninsule Arabique, aurait été trahi par les aboiements d'un chien. C'est ce que l'on peut lire ce matin un peu partout dans la presse du monde entier, qui relate avec précision cet assaut.Ces deux hommes.L'un était sud-africain, Pierre Korkie, 56 ans, un enseignant, "incarnant la communauté des fermiers afrikaners blancs" écrit l'hebdomadaire français L'Express , un "chrétien engagé" selon sa famille, il était parti avec sa femme en 2009, il est décrit comme un "gentleman, très calme".L'autre était américain depuis l'âge de 7 ans, Luke Sommers, né au Royaume-Uni, 33 ans. "Dans sa jeunesse, il a péché le saumon dans l'Arctique" raconte sa belle-mère à la BBC , "il a vécu un temps en Jamaïque", s'est installé en 2010 au Yémen "pour y donner des cours d'anglais" lit-on encore sur le site du média britannique.La BBC pour laquelle Luke Sommers a finalement travaillé entre autres et qui raconte."Un peu par hasard, il est devenu photojournaliste."Un peu par hasard, il s'est approché de la mort jusqu'à ce que son odeur ne quitte plus ses vêtements.Quelques jours avant son enlèvement en septembre 2013, dans un mail adressé à la BBC , il leur annonce qu'il compte bientôt partir n'en pouvant plus de cette odeur.Il photographiait de près les victimes de la contestation populaire ayant conduit peu après son arrivée à la destitution du Président Ali Abdallah Saleh, à la tête du Yémen pendant 33 ans.Depuis c'est la crise politique sur fond de violences meurtrières.En résumé, 30% de la population, la minorité chiite, ou plutôt devrait-on dire, zaïdite, une branche minoritaire de l'islam chiite, prend de plus en plus le pouvoir.Ces zaïdites, qui viennent du nord du pays, que l'on appelle aussi les houtistes, étaient à la manoeuvre il y a 3 ans au moment de la révolution; il y a deux mois, ils ont pris la capitale, Sanaa, visiblement aidés par Saleh, celui qu'ils avaient contribué à destituer, visiblement aidés aussi, lit-on, par l'Iran.La montée de cette minorité crée forcément des tensions avec les sunnites, les tribus locales. Et puis ces houtistes défient aussi les plus radicaux, les islamistes d'Al Qaïda, lesquels sont donc résumons-nous, combattus par ces zaïdites, ces Houtistes, l'armée yéménite, l'Iran, les américains et leurs drônes ou comme vendredi soir leur commando marine.Bref, un peu comme en Irak face à l'organisation de l'Etat islamique. Une armée régulière, une minorité armée, et des ennemis devenus alliés objectifs, Téhéran et Washington contre un groupe sunnite radical."Les calculs politiques régionaux sont bouleversés", écrivait le chercheur américain Charles Schmitz dans Politico Magazine cité récemment dans les colonnes du Monde ."Comment n'a-t-on pas vu voir venir du côté de Washington ce coup politique au Yémen", s'interrogeait-t-il. "Ces houtistes qui attendent leur heure depuis le début des années 2000."Jusqu'en 1962, les Houtistes étaient au pouvoir. Quand le Yémen est devenue une république, l'Arabie Saoudite et son courant wahabite et salafiste ont aidé les leaders locaux à contrer l'influence zaïdite.L'Arabie Saoudite est donc extrêmement méfiante de ce qui se passe à sa frontière. C'est un euphémisme.La presse régionale, de Gulf News à Peninsula Qatar, appelle les houtistes à partager le pouvoir.Les spécialistes que "les projets des houtistes pourraient aller d'un projet de fédération à la création d'un nouvel état sous leur contrôle".Tout est possible.Les mêmes spécialistes sont d'accord sur un point."C'est un échec de la stratégie d'Obama" titre le Washington Post .

Parce que "cette montée des Houtistes peut rendre impossible pour l'administration Obama la poursuite de ses activités contre Al-Qaïda" sur ce sol yéménite, pas moins de "19 frappes de drones pour cette seule année."

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