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Les autorités pakistanaises et indiennes ont du mal à faire face aux inondations

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Des hommes littéralement emballés dans des sacs plastique pour se protéger de la pluie. Un autre qui traverse, agrippé à une corde, ce qui était il y a encore quelques jours une rue. La pointe du toit d'un temple qui surnage à peine dans un océan marron. Ces photos à voir sur le site du journal Hindustan Times, permettent de réaliser l'ampleur des inondations qui frappent le Punjab et le Cashmere, zone que se disputent l'Inde et le Pakistan. 460 personnes sont mortes et il y a un million de déplacés, résume le Guardian.

Ce désastre était pourtant prévisible, estime le Greater Kashmir, journal de Srinagar, l'une des villes affectées. Le ministère des inondations de la province avait prévenu en 2010 qu'une catastrophe allait se produire au cours des cinq prochaines années, affirme le quotidien. Et de développer : il avait mis sur pied un plan d'action préventif mais rien n'a été fait.

Aujourd'hui, alors que le niveau de l'eau commence tout doucement à baisser, la polémique, elle, ne cesse d'enfler.

Le manque de préparation en Inde et au Pakistan est dû aux lourdeurs bureaucratiques et aux rivalités politiques, explique le Guardian .

L'aide apportée est insuffisante, surtout dans la partie indienne du Cashmere où 300.000 personnes sont toujours coupées du monde, souligne le journal britannique. "La population locale les travailleurs humanitaires et le personnel médical critiquent les efforts des secours qu’ils jugent inappropriés et chaotiques."

"La mort arrive. S’il vous plait, sauvez-nous. " Voilà ce qu'a dit samedi, un fonctionnaire de la ville par téléphone, au correspondant de la BBC à Srinagar. "Derrière lui, j'entendais des pleurs , raconte le journaliste. "J'ai raccroché. Je ne pouvais pas les aider car le gouvernement est incapable de mener des opérations de secours d'urgence ."

Le lendemain, l'homme et sa famille se réfugient dans le grenier de leur maison. Ce n'est que le mardi suivant qu'ils peuvent redescendre car la pluie a cessé, les eaux ont baissé. Ils attendent toujours l'arrivée des secours.

Témoignage d'un humanitaire, toujours de Srinagar, à lire cette fois dans le Guardian . "La coordination entre l'armée, les autorités locales et les ONG est quasiment inexistante. " Valay Singh, de l'organisation Save the children, raconte comment les réfugiés sont hébergés dans des mosquées et des temples sikhs. "Ils n'ont rien ou presque. Ils ont besoin d'un toit, de nourriture, de médicaments, de vêtements. " Mais surtout insiste le travailleur humanitaire, "il est urgent de recenser ces personnes. " Sinon comment est-ce qu'on va réunir les familles ?

Pour le docteur Mohmmad Farhan Malik, l'urgence est avant tout médicale. Il y a environ 20.000 personnes dans la mosquée dans laquelle il s'est porté volontaire, et seulement 10 médecins. "Nous craignons une épidémie de choléra. Nous devons nous préparer au pire ", explique le médecin.

La lenteur et l'inefficacité des secours ont provoqué la colère de certains habitants. A moins que ce ne soit l'inverse... L'armée indienne affirme qu'hier soir, elle a dû annuler une opération de sauvetage car des survivants énervés jetaient des pierres sur les hélicoptères, rapporte le Guardian .

L'armée pakistanaise, elle, a fait sauter des digues à l'explosif pour détourner les flots de trois villes du Punjab, raconte le Daily Times du Pakistan. Du coup, des centaines de villages ont été inondés. Certaines personnes ont choisi de rester sur place pour protéger leurs biens. Résultat, selon le Guardian , certains se sont retrouvés coincés sur le toit de leur maison ou dans des arbres.

Le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, s'est rendu sur place hier. Il a présenté ses condoléances, promis de l'argent aux familles des victimes et multiplié les annonces, rapporte le journal Pakistan Today.

Comme son homologue indien, il risque gros. C'est la première crise humanitaire que doit gérer Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en mai, souligne le Guardian. Quant à Nawaz Sharif, il fait face à un mouvement de contestation sans précédent depuis la mi-août. Des partisans de l'ancienne star du cricket, Imran Khan, campent dans le centre de la capitale, Islamabad, depuis un mois pour exiger son départ.

En attendant, conséquence de l'inefficacité des pouvoirs publics au Pakistan, des groupes radicaux sunnites - certains interdits par les autorités - se sont empressés de venir en aide aux sinistrés. Information du Guardian . Ainsi le mouvement Jamaat-ud-Dawaf, dirigé par le chef religieux Hafiz Saeed, distribue de la nourriture aux familles déplacées et a même créé ses propres camps. Hafiz Saeed est un terroriste, rappelle le quotidien britannique. Il figure sur la liste noire des Nations Unis, notamment pour son rôle dans les attentats de Bombay de 2008 qui ont fait 166 morts.

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