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Les catastrophes peuvent-elles nous rendre plus sages?

5 min

La question est posée ce mois-ci par un magazine français, Terra Eco, à Henri-Pierre Jeudy, sociologue et écrivain qui travaille sur les peurs collectives.Les catastrophes peuvent-elles nous rendre plus sages?"Qu'elles soient naturelles ou industrielles, elle ont au moins un effet miroir sur la société" répond Henri-Pierre Jeudy; "elles provoquent un sursaut de réflexivité, et donc, une réinterrogation de nos sociétés et de leur avenir".Après la catastrophe de Fukushima, le "sursaut de réflexivité" pour certains se limite à "On prend acte, et on recommence"."Pourquoi l'énergie nucléaire est-elle encore le bon choix" titre ce matin le Los Angeles Times, "les effets de Fukushima sont sérieux mais bien moins que les médias veulent nous le faire croire" explique le journal californien. "Prenez les déversements d'eau radioactive en mer par l'opérateur Tepco, comme ça c'est vrai que ça fait peur" écrit le journal, mais en fait" (car le journaliste a évidemment tout calculé) "n'importe quel citoyen qui avale des crustacés récoltés à moins de deux kilomètres de la centrale, ingurgite une dose de 0.6 millisieverts, l'unité nucléaire... alors que chaque année, ce sont TROIS millisiverts que chaque Américain reçoit de par la seule radiation naturelle... et d'ajouter que tous ceux qui quittent Tokyo aujourd'hui pour fuir les radiations, sont plus exposés pendant le vol de l'avion (rayonnnement cosmique oblige) que s'ils étaient restés chez eux"."En disant aux habitants de rester enfermés, le gouvernement japonais a déclenché la panique" accuse le NewStatesman, qui assure que la vraie catastrophe n'est pas là... "Si nous abandonnons le nucléaire, alors préparez-vous au réchauffement climatique" écrit le magazine britannique, dont il faut préciser que tout en argumentant en faveur du nucléaire, il ponctue son article de "au moment où nous écrivons ces lignes, on ne sait pas si des Japonais ou des ouvriers de Fukushima sont morts", "au moment où nous écrivons ces lignes, la situation sur place pourrait encore se déteriorer" et autres précautions d'écriture.Pour le Newstatesman, le nucléaire est de loin la "moins pire" des énergies. "Le Japon est un bon exemple écrit-il pour démontrer qu'on ne peut pas stopper le réchauffement climatique sans augmenter la production d'énergie nucléaire: le pays peut difficilement utiliser la force du soleil ou celle du vent, et il dépend beaucoup des importations d'énergies fossiles", elles-mêmes très émettrices de gaz à effets de serre.D'ailleurs poursuit le journal, rejoint dans ce sens par le Los angeles Times, "toutes les sources d'énergie comportent un risque": "le désastre de la British Petroleum l'année dernière dans le Golfe de Mexico a tué 11 ouvriers et pollué une grande partie de l'océan et de la côte", "les infrastructures de gaz naturel explosent parfois et tuent des civils", les "barrages hydroélectriques sont eux aussi, à la merci des tsunami et autres catastrophes naturelles", et même les éoliennes devraient faire l'objet de zones d'exclusion aériennes pour éviter tout accident"... à ce sujet le journaliste ne va pas aussi loin que son collègue du Los Angeles Times, qui fustige des éoliennes criminelles... puisqu'elles tuent ... les oiseaux."Les énergies renouvelables, c'est une idée novatrice avec un potentiel énorme, mais c'est irréaliste pour répondreà la demande dans un futur proche" renchérit le Wall street journal ... "partout dans le monde, des gouvernements sont allés trop vite en soulevant leurs inquiétudes juste après l'accident de Fukushima écrit le journal. Mais la grande question est: ces "postures politiques" vont-elles vraiment changer la donne nucléaire sur le long terme?" "Prenez la Chine, poursuit-il, "elle annonçait l'année dernière un objectif de 70 gigawatts d'électricité produits par l'énergie nucléaire d'ici 2020... elle ne va sûrement pas changer ses plans... Prenez aussi la Grande bretagne: , ou les Etats-Unis: si une chose doit dans les années à venir freiner l'expansion du nucléaire ce sera pour des questions d'argent et non de sécurité"...Quelques jours après le tremblement de terre au Japon, c'est l'Allemagne qui a réagi le plus rapidement, en fermant sept réacteurs pour trois mois... "pourquoi les inquiétudes allemandes sont à la fois infondées et nuisibles" se désole Robert Peter Gale dans le Spiegel... le physicien américain explique qu'il s'est lui-même rendu à Fukushima la semaine dernière comme il l'avait fait pour Tchernobyl il y a maintenant 25 ans... là bas "tout est calme" décrit Robert Peter Gale, "et les quantités de plutonium dans l'atmosphère y sont basses, je ne m'attends pas dit-il à ce que l'accident ait fait beaucoup de morts". Et de sortit sa calculette macabre: "si l'on s'en tient à une comparaison avec Tchernobyl, on devrait atteindre à peine 500 cas de leucémie ou de cancer au Japon dans les 50 prochaines années: dans ce même intervalle, écrit-il toujours 18 millions de Japonais seront morts dans des cancers qui n'auront rien à voir avec Fukushima".Problème: de nombreuses associations de victimes aujourd'hui contestent les chiffres officiels de la catastrophe de Tchernobyl et évidemment aucune comparaison n'est valable.Pour prendre le contre-pied de ces joyeuses considérations sur le nucléaire, il suffit d'abord de jeter un oeil aux dernières nouvelles du Japan Times... les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima ont vraiment été endommagés en leurs coeurs, le 4 est victime de temps à autres d'explosions d'hydrogène et personne ne sait vraiment ce qu'il s'y passe... Dailleurs un collectif d'experts nucléaires japonais est allé jusqu'à présenter ses excuses pour tout ce qui pourra se passer par la suite..."Assez de manigances politiciennes, attelons-nous à sortir du nucléaire" c'est le titre d'une tribune du journal le Temps en Suisse... elle est signée Moritz Leuenberger, directeur pendant 15 ans du Département fédéral de l'environnement et de l'énergie... "depuis toujours "écrit-il, "la politique énergétique sert de terrain de jeu aux tacticiens de tous bords... nous ne pouvons plus nous le permettre. Tout le débat aujourd'hui sur la contruction ou non de nouvelles centrales est à mettre entièrement sur le compte des élections à venir, le calcul électoral est au premier plan alors même que le Japon et des milliers de nos semblables sont plongés dans une détresse inimaginable", et l'objection selon laquelle "statistiquement, une catastrophe nucléaire ne se produit que tous les x milliers d'années, cette objection n'est pas pertinente car le calcul statistique implique aussi que le risque puisse survenir aujourd'hui ou demain""descendre du train en marche est plus vite dit que fait" reconnait Mark Leuenberger, "mais c'est inéluctable et c'est possible" en nous tournant vers le renouvelable, il faut faire vite car plus l'accident s"éloigne et plus la représentation du risque devient abstraite".Sur ce point-là le sociologue Henri-Pierre Jeudy est moins optimiste: "le monde est de toute façon insensé, pourquoi la projection soudaine d'un "autre monde" serait-elle plus sensée. Une catastrophe est toujours en même temps une "catastrophe du sens".Bonne journée.

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