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Les choix d'Obama : Proche Orient, économie et éthique

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Obama pourra-t-il trouver l'équilibre entre la sécurité et les idéaux ? s'interroge la chaine américaine Fox News. Si la sécurité préoccupe d'abord les Américains, cette question posée par ce média conservateur reflète une partie des analyses de la presse internationale ce matin : tout est lié. Obama s'attèle immédiatement à la tâche, titre ce matin L'Orient Le Jour. Selon le quotidien de Beyrouth, Obama s'est retrouvé hier devant la tâche colossale de résorber la crise économique et d'achever deux guerres, mais ses premiers coups de fils ont été pour le Moyen Orient. Et cette préoccupation affichée pour le dossier israelo-arabe fait dire à l'éditorialiste libanais : Oui il le peut ! Hormis quelques grincheux, le monde entier n'avait hier que ce mot à la bouche. Et de s'enthousiasmer : C'est véritablement le premier président de la globalisation qu'on a là ! Sauf qu'Obama a raté le coche au sujet de Gaza estime The Indépendent à Londres. Cela aurait aidé si Obama avait eu le courage de parler de ce dont tout le monde parle au Moyen Orient. Pour les gens de la région, l'absence du mot "Gaza" et même du mot "Israel" a fait de l'ombre à son discours d'investiture. Est-ce qu'il s'y intéresse ? Avait-il peur ? Au contraire la chaîne du Qatar, Al Jazeera, met avant les contacts établis par la Maison Blanche avec les dirigeants de la région et ce, dès le premier jour de son mandat. Al Jazeera souligne aussi le pas fait en direction de la fermeture de Guantanamo et la suspension des commissions militaires. Plus qu'un symbole, ajoute l'éditoriste espagnol de La Rioja. Cela prouve la volonté américaine de réorienter sa vision de la violence globale et celle de contribuer à une justice internationale, à laquelle les Etats-Unis ont toujours été réticents. Décider du sort des prisonniers de Guantanamo met Washington devant un défi juridique de première taille. Les quotidiens allemands reprennent tous cette idée. C'était l'une des demandes des militants des droits de l'homme, rappelle Die Welt en Allemagne. Pour la Süd Deutsche Zeitung c'est un pas de plus vers l'état de droit, un pas qui en appelle d'autres estime le commentateur. Car les règles internationales sur les prisonniers de guerre ne sont pas appropriées. Elles valent pour des combattants attaché à un Etat, or ceux d'Al Qaida sont des radicaux libres. Ils causent des problèmes non seulement aux forces de sécurité, mais aussi aux juristes et défenseurs des droits de l'homme. Et tant qu'aucune solution n'est trouvée, celui qui n'est pas coupable doit être libéré. Libéré, mais pour aller où ? La Deutsche Welle rappelle que la question fait débat en Allemagne : doit-on accueillir certains de ces prisonniers ? Le ministre de l'intérieur est contre, celui des affaires étrangères est pour. "Je pense que cela aiderait grandement le président Obama si des pays se déclaraient prêts à accueillir des anciens prisonniers" tranche un expert de Guantanamo. En tout cas cette volonté de rompre avec l'ère Bush, analyse Fox News, pour passer à "une nouvelle ère de transparence" basée sur des règles éthiques; cette volonté pourrait bien rapidement entrer en contradiction avec les priorités économiques et sécuritaires. Et la chaine de citer un professeur d'histoire politique selon qui Obama a trois priorités : l'économie, l'économie et l'économie. L'agenda d'Obama : Le Moyen Orient, l'économie et l'éthique, titre ce matin le Washington Post. Dans son discours il avertissait les Américains: " les défis auxquels nous allons faire face sont réels, sérieux et nombreux". Son premier jour hier a prouvé à quel point ces défis seront intimidants. D'ailleurs, après une campagne pleine d'ambitions, commente Der Spiegel, Obama a déjà commencé à tempéré certaines promesses, sur la réforme du système de santé ou les hausses d'impôts pour les plus riches. Et maintenant il va devoir convaincre le Congrès de la validité de son plan de relance de 850 milliards de dollars. Or quand le représentant des démocrates a été interrogé à ce sujet, il a préféré citer Lénine déclarant : "la confiance c'est bien, le controle c'est mieux". Enfin il ne faut pas oublier les républicains poursuit Der Spiegel. Personne n'en parle ces jours-ci, ils retiennent leurs critiques contre Obama, mais font comme le reste du monde, ils attendent et ils espèrent qu'il trébuche. Obama a de grandes chances de réussir dans sa recontruction des Etats-Unis. En revanche, restaurer le leadership dans un système multipolaire sera plus difficile analyse le Guardian. En Amérique latine, les journaux mettent en avant l'absence de priorité consacrée à la péninsule. Le seul pays qui pourrait recevoir de l'attention c'est le Mexique, estime El Tiempo en Colombie. Mais il y a aussi Cuba. Car bien que ce ne soit pas un sujet prioritaire, dans l'avenir immédiat, Cuba est beaucoup plus stratégique que la Bolivie ou l'Equateur. Sauf que même le Mexique parait en retrait, constate El Universal à Mexico. Dans l'agenda américain, il ne semble y avoir qu'un seul pays : l'Irak. Et si l'on regarde le programme, le Mexique n'apparait que dans le volet immigration et encore, au 5e paragraphe. Alors si la priorité est de s'extirper des zones de guerres, l'admistration entrante ferait bien d'étudier l'impact stratégique qu'ont eu les retraits américains au vingtième siècle, averti le Korea Herald à Séoul. Bien que l'engagement au Liban, au Vietnam en Somalie ou au Cambodge aient été différents, l'histoire montre qu'en dépit du coût immédiat pour l'image des Etats Unis, le désengagement fini toujours par leur profiter. Renaud Candelier

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