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Les Démocrates de Suède, à l'asile!

4 min

Par Thomas CLUZEL

La photo a été postée sur la toile par l'association islamique de Suède : sur la porte principale de la mosquée d'Uppsala, la quatrième ville du pays, on peut y voir une inscription : « cassez-vous sales musulmans ». Dans la nuit de mercredi à jeudi, la police a été alertée par des passants qui ont témoigné avoir vu un homme lancer un projectile enflammé sur la mosquée, de sorte que le bâtiment heureusement désert a aussitôt pris feu. Mais surtout, l'attaque de mercredi précise THE JERUSALEM POST a eu lieu trois jours seulement après qu'un incendie, visiblement criminel, se fut déclaré dans une autre mosquée dans le sud du pays. Le feu avait alors été rapidement éteint. Et puis le jour de Noël, cette fois-ci, cinq personnes avaient été blessées dans l'incendie, là encore, d'une mosquée au rez-de-chaussée d'un immeuble.

La concomitance de ces attaques est bien entendu troublante sinon choquante, en revanche, rappelle le magazine antiraciste EXPO, ce n'est pas une surprise puisqu'il y aurait eu déjà au moins une douzaine d'attaques contre des mosquées en 2014 en Suède, voire plus, beaucoup d'entre elles n'ayant pas été signalées.

Quoi qu'il en soit, le premier ministre suédois a évidemment aussitôt appelé à condamner fermement ces attaques, ajoutant que le gouvernement mettrait à disposition des financements supplémentaires pour renforcer la sécurité autour des lieux de culte. Les associations de musulmans ont quant à elles appelé les responsables politiques à rejoindre les veillées organisées ce vendredi, dans plusieurs grandes villes du pays, afin de montrer leur rejet de cette violence xénophobe. Quant aux mal nommés Démocrates de Suède, comprenez le parti d'extrême droite, ils ont condamné à leur tour ces attaques, estimant qu'elles relevaient d'actes criminels et non politiques. Sauf que cette condamnation n'est certainement pas de nature à lever le moindre doute quant aux véritables intentions de ce parti, devenu la troisième force politique du pays et dont le secrétaire général déclarait encore récemment, dans le quotidien de Stockholm DAGENS NYHETER, que ni les juifs ni les lapons n'appartenait à la nation suédoise.

Et de fait, ces attaques précise THE FINANCIAL TIMES surviennent dans un contexte de tension politique croissante sur le statut de la Suède en tant que destination de premier choix, rapportée à la taille du pays pour les demandeurs d'asile au sein de l'Union Européenne. La Suède devrait, en effet, recevoir cette année plus de cent mille demandes d'asile : un record. Et c'est ainsi que dans ce pays nordique pourtant traditionnellement tolérant, la question de l'immigration et de l'intégration des réfugiés fait aujourd'hui débat. Les Démocrates de Suède, d'ailleurs, lesquels ont choqué l'establishment en terminant troisième lors des élections de septembre dernier avec 13% des votes avaient déjà, à l'époque, fait campagne justement sur la réduction de 90% de l'immigration dans le pays. Et pour appuyer leurs propos, les dirigeants du parti avaient même osé comparer l'islamisme au nazisme.

Hasard du calendrier ou pas, ces attaques répétées contre des mosquées interviennent alors que la droite et la gauche viennent de signer un pacte de non-agression, qui s’étendra sur deux législatures (c’est-à-dire jusqu’en 2022) et destiné à neutraliser l’extrême droite. Ce qui fait dire au TEMPS de Genève, que la Suède a sans doute évité de s’enfoncer dans une impasse politique. Et pourquoi ? Tout d'abord parce que cet accord qualifié d’historique entre la gauche et la droite devrait permettre, en effet, d’annihiler le pouvoir de nuisance parlementaire, du moins, de l’extrême droite. Et puis grâce à ce pacte, qui doit permettre à un gouvernement minoritaire de gérer le pays de façon stable, le premier ministre a pu annuler les élections législatives extraordinaires prévues le 22 mars prochain.

Sauf que cet accord n’est pas sans poser de problème d’un point de vue démocratique, nuance le journal. Et d'ailleurs, frustrés d’être ainsi privés de cette élection qu’ils comptaient transformer en référendum sur l’immigration, les membres du parti d'extrême droite ont aussitôt appelé à un vote de défiance en janvier contre le premier ministre. Nul doute qu’ils ne recueilleront pas de majorité, mais il s’agit avant tout pour eux de faire éclater, aux yeux de l’opinion, la connivence entre droite et gauche. Certains à droite, même, sont de cet avis. L'ancien président du Parti conservateur, notamment, a parlé de capitulation sans condition face à la gauche, évoquant un fiasco et une trahison. Et puis pour d’autres, cet accord risque d'augmenter la défiance des Suédois envers la politique et faire, in fine, le jeu de l’extrême droite, étant entendu que la moitié des électeurs de l’alliance de droite se disaient déjà favorables à une collaboration avec l'extrême droite au lendemain des élections.

En d'autres termes, cet accord fait le constat suivant conclue le journal : l’extrême droite est au Parlement pour y rester et les responsables des partis politiques de gauche et de droite, contre l’avis d’une partie de leur base, sont déterminés à ne pas lui céder un pouce d’influence, à l’inverse de ce qui a eu lieu, d'ailleurs, dans les pays voisins, Danemark et Norvège. Seul problème, avec cette alliance de la droite et de la gauche, l'extrême droite est devenue de facto aujourd'hui la seule véritable formation d'opposition de Suède.

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