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Les Etats-Unis en lutte contre les viols sur les campus

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Après la Californie, c'est l'Etat de New York qui va adopter une nouvelle loi pour empêcher les agressions sexuelles sur les campus américaines. On est en train de passer du "No means no " ("Non, c'est non") au "Yes means yes ", écrit Ian Urbina dans les colonnes du New York Times. L'acte sexuel doit être consenti de façon claire, volontaire et affirmée, selon cette nouvelle loi. Le silence ou l'absence de résistance ne peut pas être interprété comme un consentement, précise encore le journal.

Concrètement qu'est-ce que cela veut dire ? s'interroge le NewsDay, quotidien new-yorkais qui rapporte que même les défenseurs de cette loi ne sont pas d'accord sur son interprétation. Le journal critique une législation trop intrusive et inutile puisque les Etats-Unis ont déjà des lois sur le sujet.

Cette loi est en tout cas une grande victoire pour Emma Sulkowicz, la "fille aux matelas " comme la surnomment les médias américains. Son histoire a fait le tour de la presse internationale. Fin septembre, le magazine du New York Times lui consacrait même sa Une. Violée il y a deux ans, depuis la rentrée, depuis un mois donc, elle emporte partout avec elle sur la campus de Columbia le matelas sur lequel les faits se sont produits. Elle le fera jusqu'à ce que son agresseur soit exclu parce que si c'est après lui qu'elle en a, c'est surtout contre l'université qui n'a pas su la protéger qu'elle est en colère. L’administration a refusé de la croire elle mais aussi deux autres étudiantes victimes du même homme, Paul. C'est son nom. Dans les colonnes du magazine du New York Times , elle dit de lui que c'était "un type sympa, cool, mais vraiment fou au fond ". Elle le rencontre à la fraternité Alpha Delta Phi. Banale histoire entre deux jeunes gens avant qu'au cours d'une soirée étudiante, tout dérape. Il la frappe, tente de l'étouffer et la viole.

Des filles comme Emma Sulkowicz, il y en a des centaines aux Etats-Unis, rapporte Jessica Valenti, journaliste du Guardian. Elle qui a fait ses études dans une université américaine, se souvient. Il y a 18 ans, c'était déjà comme cela. On entendait parler de filles violées lors de fêtes de fraternités et on en parlait avec une certaine nonchalance comme si cela faisait forcément partie de la vie des fraternités.

Aujourd'hui rien n'a changé. Et Jessica Valenti de citer quelques exemples récents : cette fraternité surnommée l'usine à viols ou bien cette manifestation en 2010, à Yale de membres de fraternités qui hurlaient : "Non, ça veut dire oui. Et oui, ça veut dire sodomie".

En réalité, les choses ont un peu changé. Comme le rappelle le magazine du New York Times , depuis que Barack Obama a fait de la luttre contre les agressions sexuelles sur les campus, les Universités n'ont besoin d'être sûres qu'à 51% que les faits ont bien eu lieu pour punir l'auteur présumé. Ce qui est un soulagement pour les victimes puisqu'après tout, c'est parole contre parole alors même qu'elles courent le risque en parlant d'être stigmatisées, humiliées, de peut-être subir des représailles de la part des amis de leur agresseur et de perdre le respect de leurs propres amis, explique le New York Times .

Mais surtout un mouvement d'ampleur national né bien avant que la fille au matelas ne fasse parle d'elle. Il est né il y a quelques années sur internet, raconte le magazine du New York Times . Un mouvement qui dénonce la pop-culture comme étant la culture du viol, l'être humain n'étant qu'un objet sexuel. Des victimes - ou des survivants ou survivantes comme ils/elles préfèrent qu'on les appelle - se sont organisés en réseau pour aider les autres. En 2012, pour la première fois est publié un récit non anonyme. "Le silence a le goût de rouille de la honte ", se répétait Angie Epifano. "Je ne peux pas me taire. " "Aujourd'hui, 78 universités américaines - parmi lesquelles Harvard, Princeton, Dartmouth, Berkeley, UCLA etc. - font l'objet d'une enquête de la part du ministère de l'Education ", précise le New York Times .

Et il y a donc cette loi qui rappelons-le ne concerne que les campus mais qui devrait faire évoluer la définition du viol dans tout le pays, explique le New York Times qui rappelle que jusqu'en 2012, le FBI considérait que c'était un crime dont seules les femmes étaient victimes.

Les législations sont très différentes selon les Etats, détaille encore le quotidien américain. Ainsi pour certains Etats, dire "non" n'est pas suffisant pour que le crime soit constitué. Il faut avoir opposé une résistance physique à son agresseur. D'autres prennent en compte le contexte de la relation sexuelle dans son ensemble ou bien la différence d'âges entre les partenaires, s'ils sont mariés.

Autres exemples cités par le New York Times : il y a encore 6 ans, des Etats du Sud et de l'Ouest considéraient que des relations sexuelles entre un Noir et une Blanche pouvaient constituer un viol. En 1998, le Mississipi est le dernier Etat à considérer qu'il n'y avait pas viol si la femme n'avait pas une attitude chaste.

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