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Les explosions de Boston vues par les médias américains

4 min

Par Thomas CLUZEL

Une zone de guerre. La ligne d'arrivée, a priori festive s'est subitement transformée en zone de guerre. Voilà ce que l'on peut lire ce matin en Une du New York Times, au lendemain de ce que certains médias américains, à l'instar des chaînes de télévisions CNN et CBS News qualifient d'ores et déjà d'attaques terroristes.

Les attentats de Boston
Les attentats de Boston

Les deux explosions quasi simultanées se sont produites à quelques dizaines de mètres seulement de distance, en plein centre ville de Boston, près de la ligne d'arrivée du marathon. Depuis hier, des images de chaos, de rues jonchées de débris et de véhicules de secours transportant des brancards tournent en boucle sur les télévisions. Une vidéo, diffusée sur le site de CBS Boston, montre même l'explosion et le déroulement des événements en direct. Le dernier bilan, encore provisoire, fait état ce matin d'au moins trois morts et près de 130 blessés.

Partout, les mêmes témoignages décrivent une scène cauchemardesque : des spectateurs ensanglantés, transportés dans les tentes de soins prévues pour les marathoniens blessés, les compétiteurs et les organisateurs de la course pleurant, tout en fuyant le chaos. Sur CNN, un témoin raconte qu'une des explosions était tellement forte qu'il a cru que sa tête allait éclater. La jambe de quelqu'un a volé au-dessus de ma tête, rapporte un autre témoin qui a offert sa ceinture, précise-t-il, pour faire office de garrot.

Pour l'instant, même si les autorités évitent d'utiliser les mots «attentats» ou «attaques», la simultanéité des deux explosions ne laisse guère de doute. Le chef de la police de Boston, à qui des journalistes ont demandé si ces explosions étaient des actes de terrorisme, a répondu: «Nous ne voulons exclure aucune piste, mais vous pouvez tirer vos propres conclusions». Outre les deux bombes qui ont explosé près de la ligne d'arrivée de la course, les médias américains évoquent plusieurs autres engins, découverts par les autorités qui les ont désamorcés. D'après le Wall Street Journal, des sources officielles affirment que les forces anti-terrorisme auraient trouvé cinq autres bombes, qui n'ont pas explosé, des explosifs découverts après une inspection frénétique des paquets suspicieux, la plupart abandonnés alors que les piétons, les coureurs et les autres essayaient de s'échapper des rues bondées de monde. Et puis une autre explosion, cette fois-ci, a eu lieu à la bibliothèque, sans faire de blessés, mais rien n'indique pour le moment que l'incident soit lié aux deux premières détonations. Il s'agirait plutôt d'un simple incendie.

Beaucoup de confusions encore ce matin. Selon la radio publique NPR, a priori, aucune revendication de ces actes n'est parvenue jusqu'à présent aux autorités américaines. Mais le site de NBC NEWS précise, lui, que la police aurait sous sa surveillance un possible suspect. Fox News confirme également qu’une personne digne d’intérêt serait gardée à vue. Un suspect que le New York Post, identifie même comme étant un ressortissant saoudien âgé d'une 20 aine d'années, information que le quotidien assure tenir des forces de police, lesquelles ont pourtant démenti.

Quoi qu'il en soit et comme attendu, la piste du terrorisme islamique a vite été dégainée, notamment par le Dallas Morning News. Tout en précisant que les causes de l'attentat ne sont toujours pas connues, l'éditorialiste écrit : on ne peut s'empêcher de remarquer que Boston est le lieu d'où ont décollé les deux avions qui prirent leur envol le 11 septembre 2001, pour détruire le World Trade Center. L'une des caractéristiques d'Al-Qaïda est de lancer des attaques photogéniques, qui puissent causer des dommages maximum et, plus que tout, qui induisent une couverture télévisée d'importance. Or pas moins de 27.000 personnes courent le marathon de Boston, et des milliers d'autres se rassemblent sur leur passage.

Même si, c'est vrai, les derniers attentats très médiatisés sur le sol américain sont à mettre à l'actif de la piste d'al-Qaïda, rappelle ce matin le magazine Slate, en revanche, les Américains n'oublient pas la piste intérieure. Car les bombes artisanales utilisées hier à Boston évoquent, aussi, celle qui a explosé durant un autre événement sportif, les JO d’Atlanta de 1996, attentat pour lequel un proche des milices hostiles au gouvernement fédéral a été arrêté et condamné à perpétuité. On n'oubliera pas non plus l'attentat, en 1995, d'un bâtiment fédéral à Oklahoma City. Là encore, la piste intérieure. Et puis on ne peut pas, non plus, exclure la possibilité d'un acte solitaire, à la manière de celui perpétré par Anders Breivik en Norvège en juillet 2011.

Bien entendu, les conspirationnistes, eux, ne se satisfont pas de ces pistes. Ils n'ont d'ailleurs pas perdu de temps, à l'instar de cet animateur de radio américain, connu comme un fameux théoricien du complot, pour qui ces explosions sont le fait du gouvernement, lequel s'apprête à en rendre la droite responsable.

Enfin, juste après les explosions, sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont commencé à spéculer sur la date du 15 avril et la signification de ce Patriot’s Day, qui commémore les premières batailles de la Guerre d’Indépendance américaine.

Toujours est-il poursuit le magazine, que les explosions de Boston ajoutent un événement funèbre de plus à la liste d’anniversaires tragiques de ce Patriot’s Day. Cette semaine qui commence est en effet, non seulement, celle de l’anniversaire du bombardement d’Okhlahoma City et de la fusillade du lycée de Columbine, mais aussi de l’assaut de Waco et du massacre de Virginia Tech, deux tragédies qui se sont déroulées, précisément, le lundi du Patriot’s Day.

Pour autant, mieux vaut rester sceptique, ce matin, face à ces spéculations symboliques en tout genre. Bien sûr, conclue l'éditorialiste du Los Angeles Times, nous allons être obligés de donner un sens à ce qui s'est passé hier. Mais le pire, dit-il, c'est qu'il va falloir à nouveau vivre avec ces images de morts et calculer, en silence, à chaque fois que nous nous tiendrons debout sur un trottoir bondé, la probabilité qu'une bombe explose à nos côtés.

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