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Les Français vont mal (enfin, presque...)

5 min

Décidément il faut croire que certains jours, l'heure matinale nous pousse à prendre des risques inconsidérés, à la limite du sadomasochisme... Ces jours où on se dit qu'on devrait laisser traîner nos oreilles ailleurs, pour savoir ce qui se dit de nous. Pour savoir ce que la presse internationale pense de la France, et de ce qui occupe ses esprits en cette semaine de prérentrée, comme cette réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault...

Réforme des retraites ou plutôt, réformette, mesurette, à en croire les médias étrangers. Ils s'en donnent à cœur joie. Ils fustigent un chantier loin du traitement de choc demandé, entre autres, par l'union européenne. C'est le Financial Time qui le souligne. Sans surprise, le très libéral quotidien britannique qualifie la réforme de décevante, et peu courageuse, « puisqu'elle ne s'attaque pas aux sujets les plus sensibles comme l'âge des retraites ou les régimes spéciaux »... Seule note d'espoir, reprend le Financial Time, « le principal point fort de la France, son fort taux de natalité, avec presque deux enfants par femme », ce qui devrait lui permettre, si les projections tiennent la route, un point d'équilibre, vers, disons, 2040... A quoi le Wall Street Journal rétorque lui que si cette démographie favorable peut éviter le pire à court terme... compte tenu du manque de croissance français, cela ne fera en fait que « retarder la bombe... sans la désamorcer... «

Alors, les commentaires des lecteurs ne sont pas moins ironiques. Petit florilège, en vrac: "la France n'est pas une économie développée, mais une économie de petits boutiquiers ", "si c'est ça une réforme radicale, eh bien ça promet pour la suite », Je vous en livre un dernier pour la route, ce lecteur du Wall Street Journal qui s'exclame. "Ca y est, j'ai enfin compris pourquoi les français mettent du papier peint partout, même sur les portes. C'est pour camoufler les fissures, c'est un vrai cache-misère... "

Vous en voulez encore? Alors prenez ce papier, du New York Times, qui nous explique « pourquoi la France ne survivra pas à la crise ». Quelques feuillets qui viennent plomber un peu plus cette matinée radieuse. Certes la France a des atout explique le journal new yorkais. « Elle est la cinquième économie mondiale, a une solide réputation en matière de gestion, sciences et innovations, le fossé entre riches et pauvres y est moindre que dans la plupart des autres pays occidentaux. La productivité de la main d'œuvre est plutôt élevée, et le modèle social a de quoi, légitimement, provoquer une certaine fierté ». Sauf que la France n'aura plus longtemps les moyens de le maintenir, ce modèle social, jure le New York Times, tout est voué à disparaitre à cause de la nature des français. « De leur amour propre, et de l'opinion qu'ils ont d'eux même ». Les français voient les alertes, mais ils ne savent pas comment y répondre note aussi la presse européenne. Le chômage des jeunes, la croissance poussive, le plus fort taux de dépenses publiques de la zone euro... Sans parler de la précarité... 82% des emplois crées en 2012 sont des contrats temporaires.

Alors que faire? Cet été, le New York Times, encore lui, se penchait déjà sur ce malaise français, avec ce titre « Good Bye, monde ancien, bonjour tristesse ». « Les Français pensent trop », cela les empêche d'être heureux. « Ils prennent plus d'antidépresseurs que la moyenne européenne, ils se suicident davantage. Ils se font plomber par les taxes, les questions migratoires, les scandales politiques », dit le journal, ils « jalousent l'Allemagne », ils en ont marre de la stagnation, du temps pourri qui leur a volé le printemps... « Il faut juste qu'ils comprennent que ce n'est pas la fin du monde, mais la fin d'un monde. »

Alors, juste avant de déprimer totalement, je me suis plongée dans les archives du même New York Times et j'y ai trouvé cet article, qui m'a appris ce qui faisait vraiment de nous des français. En fait, calmons nous, il n'y a pas de malaise français. C'est ce qu'explique Roger Cohen, l'éditorialiste anglais du journal. La morosité des français, ce n'est pas tant un coup de blues qu'un « état permanent qui nous permet d'aborder le réel avec pragmatisme ». En fin observateur de la société française, Roger Cohen y va de sa comparaison. « Le malaise français, c'est comme l'adoration des britanniques pour la famille royale, un tour de passe-passe commercial, un emblème arboré avec fierté ». « Dites à un français qu'il fait beau, il vous dira que ça ne peut pas durer. Dites lui qu'il fait chaud, et il vous dira que ça veut dire qu'un orage approche », sourit le New York Times. La morosité, reprend le journal, « ce n'est qu'un petit travers dans un pays ou la médecine est bonne, ou l'éducation fonctionne encore, un pays d'une immense beauté » ... j'en passe, mais l'article énumère encore bien d'autres qualité avant de conclure qu'il « vaut mieux vaut être malheureux qu'hypocrite, écœuré que naïf, et qu'il vaut assurément mieux être maussade qu'imbécile . «

Allez, puisque tout ne va pas si mal, on va donc reprendre un croissant, et tant pis pour le régime...

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