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Les frères Koch, poudre à canon pour 2016.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ils sont deux, deux frères. Les frères Koch ("coke") que l'on prendra soin de prononcer ainsi, en dépit du risque de confusion possible avec la substance illicite du même nom, mais "cock" n'aurait pas permis quoi qu'il en soit d'éviter une autre ambigüité mal placée. Et après tout, ces deux frères là sont non seulement pourvus d'un sacré gros paquet de dollars, mais quand ils convoquent leurs amis républicains, l'information a vite fait qui plus est de se répandre comme une traînée de poudre.

Dimanche dernier, alors qu'ils organisaient leur conférence hivernale réunissant donateurs et chefs d'entreprise, les deux milliardaires Charles et David, sans pour autant autoriser la presse à venir sur place avaient tout de même pris soin d'envoyer aux journalistes un lien, pour assister sur le Net à ce forum, auquel étaient conviés trois sénateurs républicains, possibles candidats à la présidentielle américaine de 2016. Et bien entendu, que les deux frères aient ainsi levé une partie du secret entourant cette conférence, en clair qu'ils aient choisi de faire de la publicité autour de ce premier rendez-vous officieux de la course à l'investiture est un fait suffisamment rare pour être souligné, précise notamment LA PRESSE canadienne.

Pour promouvoir la cause conservatrice et freiner, je cite, la marche vers le collectivisme, les frères Koch ont en effet annoncé leur intention d'investir massivement dans la prochaine élection présidentielle. Et quand on dit massivement, vous allez vite comprendre que le terme n'est pas usurpé. 889 millions de dollars, c’est en effet le montant faramineux que Charles et David mais aussi les groupes dont ils sont les principaux bailleurs de fonds entendent dépenser, pour la prochaine course vers la Maison-Blanche. Un record, selon THE NEW YORK TIMES cité par le Courrier International, le journal qui prévient aussitôt que la prochaine élection présidentielle s’annonce ainsi comme la plus chère de l'Histoire.

En réalité, ce n'est pas là évidemment le premier fait d'armes des frères Koch : en 2012, ils avaient amassé près de 400 millions de dollars pour appuyer la campagne républicaine ce qui, déjà, à l'époque était considéré comme un chiffre stupéfiant. Sauf que ce nouveau montant record, plus du double que lors de la précédente campagne, inquiète déjà le camp adverse. Cette annonce met en effet une pression énorme sur les démocrates et le comité de soutien progressiste, écrit toujours THE NEW YORK TIMES. En d'autres termes, les démocrates vont devoir récolter plus d'argent que le président Obama, le collecteur de fonds pourtant le plus efficace dans l’histoire présidentielle.

Evacuons tout de suite la première question : à quoi vont bien pouvoir servir tous ces fonds ? Réponse du WASHINGTON POST : financer des campagnes publicitaires, mais aussi le travail d’organisations sur le terrain et la mise en place d’une infrastructure technologique. L'autre question, bien entendu, consiste à préciser à tous ceux qui ne les connaitraient pas encore : qui sont ces fameux frères Koch ? Car les deux hommes n’aiment pas apparaître sous les feux des projecteurs. Les deux septuagénaires restent furtifs, presque insaisissables. Pour preuve, l'an dernier, rappelle LE TEMPS de Genève, un sondage de l’Université de Washington révélait que 52% des Américains interrogés n’avaient jamais entendu parler de ces deux industriels, qui détiennent pourtant 84% du capital de la deuxième plus grande entreprise privée du pays. Une entreprise non cotée en Bourse, précise à son tour le journal POLITICO et dont les activités sont très variées : du pétrole au charbon en passant par la finance, le textile, les engrais, l'élevage, les composants électroniques, etc.

Or chaque année, ce conglomérat enregistre des revenus de plus de 100 milliards de dollars, de sorte que les frères Koch se retrouvent aujourd'hui 6ème ex aequo du classement Forbes des Américains les plus riches. Et c'est ainsi notamment qu'ils ne se contentent pas de leur aura d’industriels à succès, mais pèsent également de tout leur poids de milliardaires sur la scène politique américaine, grâce en particulier à la récente décision de la Cour suprême d’assouplir les règles régissant le financement des campagnes électorales.

A Washington, on appelle la constellation d’organisations sous l’influence des frères Koch la «Kochtopus», en référence aux tentacules de la pieuvre. Selon une enquête du WASHINGTON POST, les deux frères seraient en effet derrière une coalition d'une 20aine de groupements conservateurs. Un réseau un peu à leur image. En d'autres termes, grâce à une ingéniosité juridique, ils ont réussi à mettre sur pied une structure qui permet aux généreux donateurs de rester anonymes. Les groupements formant la coalition ont chacun leur mission, mais tous doivent suivre en revanche le mantra des frères Koch : laisser faire le marché et réduire l’action de l’Etat au minimum.

L'an dernier, dans une rare tribune parue dans THE WALL STREET JOURNAL, rappelle à nouveau LE TEMPS de Genève, Charles avait ressenti le besoin de sortir de l’ombre et de rappeler notamment ce que l’entreprise familiale rapporte à l’Amérique : 60 000 emplois directs et 143 000 autres jobs indirects. De quoi, visiblement, leur donner le droit de répandre leur haine de l'Etat mais plus encore de leur ennemi numéro un Barack Obama, qu'ils n'hésitent pas à comparer au défunt président vénézuélien Hugo Chavez, c'est à dire l’incarnation même à leurs yeux, d’un progressisme contraire aux valeurs de l’Amérique. Quant aux démocrates, ils les accusent d’être «anti-américains» et de lancer une OPA sur la démocratie américaine.

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