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Les frontières: entre universalisme et mondialisation.

6 min

par Cécile de Kervasdoué

"Quand internet efface les frontières, des murs se reconstruisent"

c'est le titre de l'analyse du géo politologue français Zaki Laïdi ... à lire dans les colonnes du journal de Genève daté du 12 avril 1996...

Si je n'avais pas la date sous les yeux, je pourrais croire que cet article a été écrit hier ... confie le Temps toujours en Suisse ce matin. Sauf qu'en 15 ans... on est passé d'une crainte intellectuelle légitime à un argument électoral malheureusement très porteur en Europe... ces murs sont notamment ceux que l'on élève dans les pays riches pour stopper l'immigration, explique le politologue qui dresse une importante distinction entre l'universalité et la mondialisation... on les croit synonymes, elles sont en réalité souvent opposées notamment par leur durée... et il explique : car les valeurs de l'universalité par exemple, la démocratie ou les droits de l'homme, ont été acquises au terme d'un long processus tandis que la mondialisation définie comme un accélérateur d'idées est elle, liée à la vitesse, à la société de marché qui ne se pose pas la question essentielle du "nous" ce « nous » qui fonde l'universel...

ainsi dans un monde ou tout circule vite et où tous les produits se ressemblent, les sociétés sont non seulement enclines à reconstruire la différence, même de manière artificielle, mais surtout la démocratie court le risque d'être une idée que l'on consomme et que l'on remplace plus tard... et il rajoute encore… pour résumer,

Nos valeurs sont certes universelles, mais pas nos richesses !

C’est la crise!... et elle n'a plus de frontières

Voici le titre choisit par la Deutsche Welle en Allemagne pour résumer le ton de la presse allemande... la crise à tous les étages... dans le monde entier

et le Spiegel rajoute encore ce matin... et tout le monde perd son sang froid

C’est ainsi que les journaux allemands réunissent deux gros titres d'actualité ce matin... la crise humanitaire de l'immigration à Lampedusa... et la crise incroyable et inépuisable de Fukushima au Japon

Tout se passe comme si le monde entier était effectivement en train de perdre pied et de perdre la tête... écrit le Spiegel qui comme le site américain de CNN propose un reportage édifiant dans ces villes fantômes balayées par le tsunami du onze mars dernier et irradiées par une catastrophe nucléaire qui nous dit on aujourd'hui dépasserait en gravité le drame de Tchernobyl

la Pompéi du Pacifique titre le journal allemand ... c'est une immensité de débris et de désolation... de drames atroces et de larmes ... comme si d'un coup ces villes et plus de 30 000 vies avaient disparues.. mais avec elles, surtout, la foi de toute une nation dans la technologie et dans un future que l'on imagine plus prospère que le présent... car ce qu'il y a de dramatique avec cette catastrophe c'est qu'elle vient de saper un principe universel : celui de croire que le plus beau reste à venir

Est ce ainsi qu'il faut expliquer les larmes retenues de ce journaliste japonais qui réagit en gros plan à la question de CNN... cela vous rend triste que Fukushima soit considérée comme plus catastrophique que Tchernobyl ?...cela me désespère dit il en tremblant avant de demander poliment à la caméra de se détourner

Le désespoir ! Ce matin il est palpable dans les colonnes de l’Asahi Shimbun au Japon. Jusque là la population était restée calme raconte le quotidien japonais, mais les japonais tranquilles se mettent à descendre dans les rues pour protester contre la gestion de la crise... et surtout demander l'arrêt immédiat du nucléaire.

Des appels à la manifestation se répandent un peu partout via les réseaux sociaux, écrit le quotidien japonais qui se fait l'écho de la frustration des survivants à qui l'on vient de dire que la zone d'évacuation va être encore élargie... dans le même temps les informations sur la sécurité alimentaire se veulent rassurantes... mais plus personne ne les croit ! écrit le Yomiuri toujours au Japon... les gens vivent dans la confusion et la crainte permanente d'autant que nombre d'entre eux sont parqués , enfermés dans des gymnases... alors la colère commence à monter malgré le choc ... et le gouvernement est montrée du doigt...

et pas seulement le gouvernement rajoute le Asahi qui précise que les japonais ont non seulement appris que la catastrophe nucléaire était pire que Tchernobyl mais qu'en plus l'impact économique serait plus grave que prévu... c'est comme si chaque jour apportait son lot de mauvaises nouvelles confie un manifestant...

il n'y a plus de vision du future... continue le Yomiuri alors que son confrère du Asahi précise encore que dans les cortèges, si rares au Japon...de nombreuses banderoles demandent pardon au monde entier pour cette catastrophe

car ce désespoir n'a effectivement pas de frontières rappelle encore le Spiegel allemand

et il n'est plus de temps de pleurer... il faut agir...écrit le Guardian en Grande Bretagne

et oui, nous sommes assis sur une poudrière rappelle l'Independent toujours en Grande Bretagne... qui dans un long article hier intitulé « la bombe à retardement nucléaire britannique » révélait hier que la plus grosse montagne de déchets de plutonium se trouve à Sellafield dans le nord ouest de l'Angleterre...

et le Spiegel rappelle pour sa part la liste de toutes les zones radioactives où il ne faut plus aller à cause des très nombreuses catastrophes nucléaires qui ont déjà touché notre monde... Semipalatinsk... Palomares Kyshtym entre autres... le monde est rempli de ces désastres nucléaire... que nous voulons oublier mais il serait temps d'en prendre conscience non ?

Il y a de quoi désespérer ?… voilà de quoi rappeler un dessin de chapatte

il est en ligne sur le site d'Europress...

on y voit une barque d'immigrés clandestins arborant le drapeau « le printemps arabe » et qui arrive en Europe où une pancarte les prévient... euh ici c'est plutôt l'hivers!

Car on compte maintenant 23 000 immigrés clandestin arrivés dans les soutes su printemps arabe sur l'ile de Lampedusa depuis le mois de janvier... c’est une catastrophe !

Et pourtant dans le même temps la France et l'Italie jouent au ping pong titre la Stampa en Italie

Berlin ne veut entendre parler de réfugiés explique Die Welt en Allemagne

et même la Belgique a décidé de réinventer ses frontières contre le péril de l'immigration prévient le Soir

Alors décidément résume le titre du Temps

la solidarité européenne ne cesse d'être mise à l'épreuve !

Après la crise de l'euro, celle de l'immigration... l'attentisme de l'Union vis à vis de la crise de Lampedusa fait de plus en plus penser à l'accouchement si difficile du plan de sauvetage financier de la Grèce, voici un an.... rien n'est réglé... mais la mauvaise volonté italienne est évidente... considère le Temps qui rappelle que la Commission avait proposé 100 millions d'euros d'aide à l'Italie pour construire des structures d'accueil et venir en aide aux arrivants... or rien n'a été fait !

N'empêche côté italien on fustige l'égoïsme européen continue le Temps... et cette stratégie de communication de Berlusconi commence à faire des dégâts en Italie où des voix s'élèvent maintenant pour demander le divorce d'avec l'Union Européenn

et dans les colonnes de la Repubblica italienne... on apprend ce matin que l'ancien ministre de l'agriculture, gouverneur de la Vénétie appelle au boycott des produits français... camembert, champagne et huitres... sous ce slogan : vous ne voulez pas de nos immigrés, nous ne voulons pas de vos produits!

et ce n’est pas tout, la Repubblica fait aussi ce triste constat dans son édition d'aujourd'hui : le principe d'ouverture des frontières semble faire marche arrière dans toute l'Europe... pour preuve, le programme Erasmus, si symbolique de l'espace européen, puisqu'il propose des échanges entre étudiants de toute l'Europe... et bien ce programme loué par le film « l'auberge espagnole » de Cédric Klapish vivrait ses dernières heures, faute de budget

Voilà donc que les frontières qui se dressent un peu partout face à la crise résume le Guardian... qui offre cette analyse ce matin... la cause profonde de ce retour en arrière c'est encore une confusion... nous avons confondu, malgré toutes les proposition orwelienne de "big society" ; nous avons confondu le bonheur et le capitalisme. Or le bonheur est universel; le capitalisme en revanche est mondialisé!

Bonne journée

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