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Les héros ne sont plus ce qu'ils étaient.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Tandis que depuis le 11 septembre, l’Amérique n’a cessé de saluer et même d’honorer ses braves policiers et pompiers, voilà que certains de ses héros se retrouvent aujourd'hui dans la tourmente. Et le mythe risque d'en prendre un sérieux coup, prévient LE QUOTIDIEN DU PEUPLE à Pékin, car la fraude est aussi massive qu'elle est de mauvais goût, renchérit le site britannique de la BBC.

Au total, près de 1000 personnes seraient impliquées dans une vaste affaire de fraude à l’assurance invalidité, dont certains policiers et pompiers, soupçonnés d’avoir feint des traumatismes physiques ou psychologiques dus aux attentats pour justifier leur demande frauduleuse. Chacun des 106 inculpés aurait ainsi touché de manière illégale entre 50 000 et 500 000 dollars par an en prestations d'invalidité, précise le CHRISTIAN SCIENCE MONITOR. Et il ne s'agirait là que de la partie émergée de l'iceberg, puisque selon les enquêteurs cette pratique pourrait remonter bien avant le 11 Septembre, jusqu'à la fin des années 1980 et aurait déjà coûté, selon le NEW YORK TIMES près de 400 millions de dollars à l'Oncle Sam. Mais bien évidemment, l’affaire décrite aujourd'hui comme la plus grande fraude à l’assurance invalidité dans l’histoire des Etats-Unis a une résonance toute particulière, s'agissant notamment de son lien avec les attentats du 11 septembre.

Selon le document de la justice, l'arnaque était parfaitement rôdée. Les fraudeurs ont tous agis selon le même schéma, précise le correspondant à New York du TEMPS de Genève : conseillés par quatre personnes, dont un ancien combattant décoré, ex-agent du FBI et surtout ancien procureur, les fraudeurs ont tous appris à répondre aux questions des examinateurs de l'instance chargée de verser les indemnités, pour laisser croire qu’ils avaient des troubles psychiques handicapants. Ainsi, si on leur demandait, par exemple, comment ils étaient venus à l’examen, ils répondaient qu’ils avaient été emmenés par un membre de la famille. Quand on les interrogeait sur les tâches domestiques, ils devaient répondre que c’était leur mère qui s’en chargeait. Ils racontaient aussi devoir laisser la télévision allumée en permanence, pour bien montrer qu’ils étaient habités de peurs persistantes.

Selon les informations du NEW YORK POST, l'un des hommes chargé d’entraîner les faux malades leur conseillait des phrases-type, du genre, "je ne m’intéresse plus à rien", "je n’arrive pas à travailler" ou "je n'arrive pas à dormir", si possible en épelant mal certains mots. "Quand vous parlez au psychiatre, ne le regardez pas directement dans les yeux", explique-t-il dans un entretien téléphonique enregistré à son insu et récupéré cette fois-ci par le NEW YORK TIMES. "Faites une pause d'une seconde, vous devez juste leur montrer que vous êtes déprimé et si vous pouvez, prétendez que vous avez des crises de panique". Enfin autre astuce parmi tant d'autres : évoquer sa crainte de l'avion ou d'entrer dans de grands bâtiments, autant de souvenirs, bien entendu, traumatisants de l'attentat des tours jumelles.

Les enquêteurs ont commencé à découvrir le pot aux roses en 2008, lorsqu'ils ont constaté que presque toutes les demandes d’indemnités étaient rédigées avec la même écriture et décrivaient de façon identique les maux affectant les requérants. Ils ont également glané des informations en procédant à des écoutes téléphoniques et en recourant à de faux agents. Et puis leurs recherches sur Internet et les réseaux sociaux leur ont permis de trouver des photos compromettantes d’ex-policiers en pleine santé alors qu’ils étaient au bénéfice de l’assurance invalidité.

La photo la plus emblématique, d'ailleurs, de cette arnaque est sans doute celle montrant un ancien policier de la brigade antigang posant en short et lunettes de soleil sur un jet ski en Floride. Glenn Lieberman, c'est son nom, a perçu 176 000 dollars d’indemnités jusqu'en juin 2013. Il assurait souffrir de dépression et de crises de panique depuis le 11 septembre, alors même, d'après le NEW YORK POST, qu’il n’avait pas été déployé sur place.

Et l'on pourrait ainsi multiplier les exemples. Richard Cosentino, ancien policier de 49 ans a lui touché près de 210 000 dollars. Or celui qui déclarait ne plus pouvoir avoir de vie sociale ou même quitter sa maison semblait visiblement plus qu’heureux sur un bateau au large du Costa Rica, un gros poisson pêché à la main : "c’était une journée géniale, les marlins sont supers", écrit-il sur Facebook, photo à l'appui, sans imaginer qu’un jour le cliché allait servir de preuve contre lui.

Enfin un dernier, juste pour le plaisir, Louis Hurtado, 60 ans, 470 000 dollars d’aides. Ce policier formé à l’école militaire déclarait être handicapé par de lourdes blessures au cou. Sauf que l’homme était entre temps devenu professeur d’arts martiaux.

Evidemment, dans un pays marqué dans sa chair par les attentats terroristes les plus meurtriers jamais perpétrés sur son sol et où les policiers communément surnommés les meilleurs de New York mais aussi les pompiers surnommés les plus braves furent érigés au rang de héros, cette pratique frauduleuse choque. Le responsable de la police de New York notamment a exprimé son dégoût. Quant à l'agent responsable des enquêtes sur la sécurité intérieure de New York, interrogé par CNN, il a déclaré : "nous allons retrouver chaque centime que ces voleurs ont dérobé afin que les vrais héros, qui ont effectivement risqué leur vie le 11 septembre 2001 et qui souffrent à cause de cela puissent recevoir les soins dont ils ont réellement besoin".

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