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Les Indiennes toujours victimes de viols et de violences sexistes

4 min

Par Marine de La Moissonnière

On pensait, on espérait que les choses allaient changer après l'affaire du viol collectif dans un bus de New Dehli, en décembre 2012 Le viol d'une étudiante de 23 ans et sa mort quelques jours après avaient provoqué une grande émotion dans le pays et une vague de manifestations.

Il faut croire pourtant que tout cela n'était pas suffisant pour provoquer un changement de mentalités profond.

En témoigne ce qui est arrivé récemment à Suzette Jordan. Un incident que rapporte le site India Times. Cette jeune femme est très connue en Inde. Victime d'un viol en février 2012, en sortant d'une boîte d'une nuit, elle avait choisi de sortir de l'anonymat pour encourager les autres victimes à ne pas se taire. Dimanche soir, la jeune femme s'est vu refuser l'entrée d'un restaurant de Calcutta, justement parce qu'elle a été victime d'un viol, raconte le site internet.

Ce n'est pas la première fois que Suzette Jordan est ainsi maltraitée, rappelle India Times . Après le viol, des ministres l'avaient blâmé, l'accusant d'être une prostituée et s'interrogeant : "Quelle genre de mère sort si tard en discothèque ? "

Les médias, eux-aussi, ont leur part de responsabilité dans la perpétuation d'un système patriarcal où les femmes sont exploitées et considérées comme des citoyens de second rang, juge la BBC. C'est ce que démontre ce scandale qui oppose depuis dimanche, le Times of India à l'actrice Deepika Padukone. Le journal avait tweeté sur le décolleté de la star de Bollywood. Réponse furieuse de l'intéressée : "Oui, je suis une femme. J'ai des seins et je porte un décolleté. Ca te pose un problème ? " Un message retweeté plus de 9.000 fois.

Le journal a fini par retirer son commentaire, tout en précisant qu'il s'agissait d'un... compliment !

Des histoires comme celle-ci, entre des journalistes rétrogrades et des actrices, elles sont courantes, rapporte la radio britannique qui en cite d'autres.

"La situation en Inde est critique ", juge Nandita Bathla du Centre International de Recherches sur les Femmes dans les colonnes d'El País. Même si certains ne veulent pas le reconnaître, on est face à une "crise nationale ", dit-elle. "Les violences faites aux femmes en Inde sont alarmantes, développe le quotidien espagnol, non seulement à cause du nombre de cas et de leur virulence, mais aussi à cause de l'impunité dont bénéficient les agresseurs. Les institutions publiques restent passives" , ajoute El País .

Résultat, un quart des Indiens ont déjà agressé sexuellement une femme au moins une fois dans leur vie. C’est la conclusion d'une étude internationale publiée cette année.

Alors que faire quand on est une femme en Inde ? Que faire pour se protéger de la violence machiste ?

Les nouvelles technologies sont une partie de la solution, juge le quotidien madrilène. Ainsi cette application pour téléphone portable, Vith U. Les femmes enregistrent les numéros de téléphone de contacts. C'est à eux que sera envoyé un SOS sous forme de texto comprenant leur localisation via GPS, si jamais elles appuient deux fois sur un bouton. Vith U se télécharge sur internet et est gratuite. Depuis qu'elle a été lancée, il y a 10 mois, elle compte un million et demi d'utilisatrices, détaille El País .

Autre application utile : Safetipin, une carte interactive mise au point par une ONG. Elle évalue le niveau de sécurité de chaque quartier. Les usagers indiquent qu'elles sont les infrastructures existantes et donnent une note. Cette base de données à grande échelle sert à faire pression sur les autorités. Et parfois cela marche explique El País . Une ville-dortoir situé au sud de New Delhi a ainsi pris de mesures pour renforcer la sécurité.

Toutes ces solutions technologiques ne sont pourtant que des "rustines ", estime Nandita Bathla, toujours dans les colonnes d'El País , car toutes les Indiennes n'y ont pas accès Encore faut-il pouvoir se payer un téléphone portable, et quand bien même vous en avez un, il faut pouvoir se connecter à Internet, explique El País . Et puis ce n'est pas parce que vous appuyez sur un bouton que vous êtes sûre qu'on viendra vous aider. Ces applications ne remplaceront jamais un véritable engagement des pouvoirs publics. Pour que les choses changent en Inde, répète Nandita Bathla à El País , ce qu'il faut, c'est éduquer les gens et que les lois soient appliquées.

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