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Les manifestations se poursuivent au Venezuela

5 min

Par Marine de LA MOISSONNIERE

"Si vous regardez cette vidéo, c'est parce que ce sera produit un nouvel abus de pouvoir de la part du gouvernement. Un gouvernement qui ment, qui déforme les faits et qui manipule la réalité. " Ces mots, ce sont ceux de Leopoldo López, l'un des chefs de file de la coalition de l'opposition vénézuélienne, la Table de l'unité démocratique. Il a posté cette vidéo sur les réseaux sociaux avant de se rendre hier, aux forces de l'ordre, non sans avoir au préalable appelé ses partisans à manifester une nouvelle fois, raconte El País. Ce diplômé d'Harvard, âgé de 42 ans, était sous le coup d'un mandat d'arrêt depuis mercredi dernier, depuis que des étudiants sont descendus dans la rue à Caracas. Depuis, les manifestations sont quotidiennes.

Mais en réalité, la mobilisation a débuté avant, comme le rappelle O'Globo. Dès le 4 février, à San Cristobal, dans l'ouest du pays, des étudiants protestent contre l'insécurité après une tentative de viol sur le campus. "Les manifestations ont ensuite pris de l'ampleur , explique le journal brésilien, et se sont ajoutées des revendications d'ordre économique. " L'économie vénézuélienne est en panne, confirme le Christian Science Monitor qui complète la liste des raisons du mécontentement populaire. "L'inflation est de 56%. La monnaie se dévalue rapidement. La pénurie de produits de base comme le papier toilettes et le sucre exaspère la population et le taux d'assassinats est l'un des plus élevés au monde. "

Les partis politiques n'ont pas tardé à s'en mêler, poursuit O'Globo, donnant pour thème à ces manifestations : "la Salida ", la sortie, le départ du gouvernement. Pour y arriver, se met en place une stratégie d'occupation des rues. Une "campagne d'insurrection ", estime El País qui se demande si on ne serait pas en train d'assister au printemps arabe vénézuélien.

Pourtant, la principale figure de l'opposition ne souscrit pas à cette stratégie, tempère O'Globo. Henrique Capriles, candidat malheureux face au président Maduro, en avril dernier, estime, rapporte le journal brésilien, que les conditions ne sont pas réunies pour chasser Maduro du pouvoir. Ainsi Henrique Capriles était présent hier, lors de la manifestation pour accompagner la reddition de Leopoldo López. Mais il n'a pas pris la parole, fait remarquer El País. Sa présence n'a même pas été annoncée par mégaphone, souligne le quotidien de Madrid qui y voit un nouveau signe de la "cohabitation fragile entre la direction de la Table de l'unité démocratique - dont la stratégie est de gagner des votes - et le courant de Lopez qui encourage la protestation dans la rue. "

Quant au pouvoir justement, quelle est sa position ? Réponse toujours dans les colonnes d'O'Globo. Nicolás Maduro s'estime victime d'une tentative de coup d'Etat fomenté des groupes "fascistes " soutenus par les Etats-Unis. Rhétorique classique, pour le Washington Post. Des fanfaronnades, des slogans populistes dénués de sens et désigner un bouc-émissaire. La réponse du gouvernement de Nicolás Maduro n'est pas vraiment nouvelle...

Alors maintenant que faire ? se demande O'Globo. Il existe bien la possibilité d'organiser un référendum d'initiative populaire. Mais seulement à mi-mandat, en avril 216 donc.

Nicolás Maduro peut aussi renoncer de lui-même au pouvoir mais évidemment, il a déjà dit qu'il ne le ferait pas.

Reste l'hypothèse d'un procès pour mauvaise gestion publique. Mais cela relève du Tribunal supérieur de Justice, explique le quotidien brésilien.

Mais ces scénarios semblent bien improbables. Pour l'heure, le gouvernement est plutôt sur une ligne dure, comme le rapporte The Wall Street Journal. Il tente d'éteindre les protestations avec toute une série de mesures, détaille le quotidien : les forces de l'ordre ont été déployées. Plus d'une centaine de manifestants ont été arrêtés ces derniers jours et d'après des organisations de défense des droits humains, certains n'ont toujours pas été présentés à un juge. Enfin, les médias locaux n'ont pas pu rendre compte des manifestations la semaine dernière.

Mais la violence est dans les deux camps. Malgré les appels au calme de Leopoldo López, plusieurs manifestations ont dégénéré : jets de pierres, bâtiments publics attaqués et voitures de police incendiées. Des manifestations qui ont déjà fait 3 morts, rappelle New York Times.

Ces violences n'ont pourtant pas entamé le soutien de la plupart des pays latino-américains à Nicolás Maduro. Un soutien net et franc comme celui du Mercosur qui a fait entendre sa voix, dimanche, rapporte The Guardian.

De l'autre côté, l'opposition peut compter sur l'appui des Etats-Unis et en cela, Washington a tort, estime le quotidien britannique. Comme il l'a fait lors de l'élection de Maduro, John Kerry dit à l'opposition vénézuélienne que les Etats-Unis soutiennent une fois de plus un changement de régime. Et cela attise les flammes. "L'opposition a mis du temps à accepter le résultat d'élections démocratiques au Venezuela ", explique The Guardian qui dresse la liste : tentative de coup d'Etat en 2002, grève dans le secteur pétrolier, nouvelle tentative en 2004, boycott de l'Assemblée nationale, contestation des résultats de la présidentielle d'avril... L'opposition ne joue pas le jeu démocratique. "Reste à savoir jusqu'où elle ira cette fois pour obtenir par d'autres voies ce qu'elle n'a pas été capable de remporter dans les urnes ", écrit Mark Weisbrot, dans les colonnes du Guardian. "Les critiques à l'encontre du gouvernement et sur la situation économique sont très nombreuses, mais les riches hommes politiques de droite qui sont à la tête de l'opposition ne défendent aucune valeur et n'inspirent pas confiance. "

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