LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Les Misérables au coeur de la campagne!

5 min

Victor Hugo au cœur du scrutin

C’est l'analyse que propose ce matin l'International Herald tribune américain

Les électeurs français ont toujours attendu de leurs polititiens qu'ils soient au moins cultivés, en terme de littérature et d'histoire

De Gaulle, François Mitterrand, et avant eux, Jaurès ou Léon Blum étaient en ce sens des modèles... mais depuis quelques années cette tradition semblait mise en danger en France...

Que penser en effet d'un président capable de dire qu'il vaut mieux citer des émissions de télé plutôt que la Princesse de Clèves? ou encore d'un candidat à la présidentielle François Hollande, déclarant il y a seulement quelques années qu'il ne s'est jamais embarrassé la vie avec des romans?

Si un candidat à la présidentielle est ce qu'il lit... que devient il lorsqu'il ne lit pas du tout? interroge l'IHT qui rajoute

C’est vous dire si le paysage culturel de cette très, trop longue campagne présidentielle française est aussi plat qu'une bonne crêpe !

Sauf que récemment... quelqu'un est venu troubler cette platitude

celui que le Nouvel Obs appelle le grand faiseur de troubles... Jean Luc Mélenchon... est la grande surprise de cette campagne... parce qu'en se plaçant en troisième position il montre que le peuple français a toujours cette même aspiration pour Victor Hugo...

Victor Hugo dont on célèbre cette année les 150 ans des Misérables... à travers les procès de Valjean Marius Cosette ou Gavroche, Hugo décrivait en 1862 la fragilité des vies et des modes de vie face aux vastes forces économiques et technologiques... pas étonnant que le livre boudé alors par la bourgeoisie parisienne ait été dévoré par la classe ouvrière qui achetait le livre à crédit en économisant l'équivalent d'un mois de salaire

« Le sentiment révolutionnaire est un sentiment moral » écrivait Hugo

« celui qui vote est celui qui règne »

« le devoir des possédants est de donner au système social pour le bénéfice des ignorants et des opprimés »

"du travail pour tous, de l'éducation pour les enfants... liberté égalité fraternité... et surtout le progrès" ces mantras des sans-culottes de Victor Hugo sont devenus les mantras de Mélenchon... capable de galvaniser des milliers de gens comme lors d'un concert de rock

D’où les voltes faces tardives de ces rivaux... Marine Le Pen qui se met à prétendre que le roman de Victor Hugo est son livre de chevet et même François Hollande en fait son livre favori... tiens il avait pourtant dit que c'était le petit prince !!!

Voilà en tout cas les Misérables au cœur de ce scrutin... les technocrates économistes et autres experts de Bruxelles avec leur rigidité à la Javert d'un côté

Contre le progrès brouillon et plein d'émotion et de passion du peuple qui règne de l'autre

C’est vrai que c'est bien LA grande surprise de cette campagne bien trop lisse... rajoute encore le quotidien d'Oran cette fois en Algérie... parce qu'en définitive François Hollande s'installe virtuellement comme président par défaut. Sur le fond, il est plutôt un centriste, plutôt de droite que de gauche. Sa vraie campagne, ce sont les échecs du président en titre et ses excès qui la font pour lui. On est bien dans un jeu classique d'alternance où les différences sont parfois importantes mais ne sont jamais fondamentales. La social-démocratie européenne est, depuis fort longtemps, dans une logique de soumission aux «marchés» qui ne brusque jamais l'ordre. La vraie nouveauté de cette campagne est de voir, à travers la candidature de Jean-Luc Mélenchon, la réémergence d'une demande de gauche au sein de la société française. Parti d'une prévision de 5%, Mélenchon a développé un discours qui tente de renouer avec les vieilles traditions de combat politique et social et a fini par se retrouver avec près de 15% d'intentions de vote. On ne sait pas encore si ce courant de gauche qui a émergé à nouveau aura un lendemain. mais le retour à une gauche non affadie comme l'est la social-démocratie est probablement le bon antidote à la montée d'une extrême droite raciste et xénophobe dont le discours est en train de phagocyter la droite.

et c'est sans doute pour cette raison que la presse africaine affiche son soutien à Mélenchon... le magazine jeune Afrique allant jusqu'à titrer... « Mélenchon le candidat des africain? » il est vrai qu'il est le seul à avoir affiché ses intentions pour l'évolution des relations Franco-africaines... lutte contre les biens mal acquis, traçabilité des transactions financières... interdiction des exportations des déchets toxiques vers l'Afrique... augmentation de l'aide publique au développement... rééchelonnement des dettes... tout cela à de quoi séduire les 3 millions de français d'origine africaine

et la Nouvelle Expression au Cameroun note combien effectivement à la dernière minute de cette campagne l'électorat noir ou harkis est enfin courtisé...

mais ne vous y trompez pas ! Renchérit le site d'al Jazeera... malgré l'effet Mélenchon cette campagne n'a pas enthousiasmé les électeurs... les jeunes le disent d'ailleurs aux reporters de la chaine qatari... « je vote mais ça ne changera rien... il n'y a pas de vrai surprise ... c'est un vote contre Sarkozy »

Alors comment se fait il, s'interroge la plupart des journaux étrangers, que Nicolas Sarkozy cristallise autant ce "rejet" qui caractérise l'ambiance électorale française ?

parce qu'il parle trop ! rapporte el Pais comme il Fatto Quotidiano en Italie... il fait une campagne agressive contre... et voilà qu'il s'en prend maintenant à l'Espagne et à la Grèce ... agitant l'épouvantail de la faillite pour rallier des électeurs… c’est complètement dépassé comme technique…

c'est vrai qu'on change d'époque écrit la BBC... fini l'enthousiasme l'énergie la brutalité la sécurité ... retour à l'intellectualisme... aux batailles d'idées et de valeurs ... Sarkozy devient de ce fait complètement has been alors que le mythe de la France des lumières refait surface

et c'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre l'apogée de Mélenchon commente pour finir le Financial Times

alors que le Soir s’amuse : le bal des prétendants commence !

Chacun, grands patrons, haut fonctionnaires, personnalités ou toute personne en mal de promotion faisant son virage à gauche

un retour à gauche que le Financial Times explique ce matin par le rejet de la mondialisation, le rejet des riches alors qu’il aurait fallu parler des pauvres ! Alors que la France c’est aussi ces milliers de jeunes ultra qualifiés qui partent à l’étranger chercher un avenir tout en rêvant de devenir entrepreneurs !… reste que ce retour à gauche est sans doute l’expression politique d’un ras le bol collectif, du fameux « Indignez vous » cher à Stéphane Hessel…. Mélenchon incarnerait ainsi une version française du mouvement des indignés qui a secoué divers pays européens depuis le début de la crise … et qui ne semblait pas vouloir prendre en France… et voilà les électeurs qui renouent avec des passions bien françaises : la contestation, la colère et l’amour de ses grands hommes

… comme Victor Hugo ?

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......