LE DIRECT

Les négociations de paix en Colombie en bonne voie

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Un gros trou à côté de l'essuie-glace. L'impact de balle sur la voiture de l'une des victimes de la guerre entre les Farc et le gouvernement colombien, est impressionnant. Photo à voir sur le site de La Vanguardia. Jonathan Echeverri rentrait chez lui hier en fin de journée, après avoir participé à une émission de radio dans une ville près de Medellin, quand deux hommes à moto ont ouvert le feu et ont tiré neuf coups, raconte le journal colombien. En décembre dernier, il avait déjà reçu un engin explosif, livré à son domicile.

Comme Jonathan Echeverri, bien d'autres victimes qui participent aux pourparlers de paix - qui ont débuté il y a près de deux ans maintenant, à Cuba - ont été menacées. 12 d'entre elles, qui étaient à La Havane hier, pour témoigner, ont d'ailleurs appelé le gouvernement à prendre des mesures efficaces pour les protéger, rapporte El País de Cali.

C'était le troisième groupe à prendre la parole devant les représentants de l'Etat et des Farc, précise El Universal. Les négociateurs se penchent actuellement sur le quatrième point du processus de paix : la question des réparations aux victimes. Le conflit qui dure depuis plus de 50 ans en a fait plus de 6 millions.

A la fin de cette réunion, l'une d'entre elles a fait part de son scepticisme. El Tiempo a été témoin de la colère contenue du général à la retraite Luis Mendieta, le plus dur dans ses déclarations à la presse. Face aux Farc, il s'est senti comme lorsqu'il était leur otage. Il a passé 11 ans, 7 mois et 3 jours entre leurs mains. Luis Mendieta doute de leur volonté réelle de faire la paix. L'ancien général ne demande pourtant qu'à être convaincu. Il réclame des "gestes forts" : libérer les otages, ne plus enrôler d'enfants, arrêter d'utiliser des mines antipersonnel, indiquer où se trouvent celles qui ont été cachées.

Les autres victimes, elles, sont plus optimistes, ajoute El Tiempo . Ainsi Alan Jara, otage pendant près de 8 ans, souligne : "Nous sommes tous d'accord sur le fait qu'il faut faire la paix. C'est une opportunité historique et nous ne pouvons pas la laisser passer ."

Alors pour encourager ceux qui y croient, pour rassurer ceux qui doutent, pour faire taire les opposants à la paix, le gouvernement colombien a changé sa manière de faire. Fin du secret, du silence qui entourait les négociations depuis le début. La semaine dernière, il a publié les accords partiels conclus jusqu'à présent. Ils portent sur la réforme agraire, la participation des Farc à la vie politique et la lutte contre le trafic de drogue.

"Face aux rumeurs, la transparence ", résume El País.

Depuis le début, ce processus de paix est l'otage d'un jeu politique interne, développe le quotidien. "Des militaires et des proches de l'ancien président Alvaro Uribe racontent que les annonces publiques n'ont rien à voir avec les discussions qui ont lieu dans un hôtel de La Havane. Selon eux, il y aurait un agenda caché qui aurait été défini dans les dos des Colombiens. "

Pourtant quand on les lit ces documents, poursuit un autre journal espagnol El Periódico , on n'y trouve rien de surprenant, rien qui n'ait déjà été annoncé par les négociateurs.

L’hebdomadaire Semana qui s'est penché sur les 65 pages, confirme. Il n'y a rien de révolutionnaire. Ceux qui pensaient que les piliers de l'establishment colombien étaient menacés peuvent dormir tranquilles. Rien d'inspiration castro-chaviste. Le droit de propriété est réaffirmé. C'est juste une énumération de principes et d'objectifs sur lesquels il est facile d'être d'accord. Reste à les mettre en pratique concrètement. Ces accords constituent un plan de bataille plus progressiste que socialiste, certes un peu utopique, mais qui va guider des nombreuses décisions politiques, juridiques et financières, conclut Semana . Voilà de quoi rassurer la société civile qui en avait besoin, juge El Periódico.

Les Farc ont même décidé d'aller plus loin. Jusqu'à présent la guérilla envoyait régulièrement des communiqués par mails pour commenter longuement l'avancée des discussions par souci de transparence. Mais cela répond surtout à une volonté de s'afficher comme une force politique alors que les Farc vont devoir renouer avec la scène politique colombienne, une fois la paix signée. Après donc les communiqués, la guérilla a lancé son journal télévisé, raconte l'hebdomadaire Semana . Il est diffusé depuis mardi sur internet et les réseaux sociaux. La présentatrice n'est autre que Tanja Nejmeijer, cette jeune Hollandaise de 36 ans, membre des Farc depuis 2002 et qui participe aux négociations à La Havane. Ce JT est censé faire connaître la vérité, en tout cas celle des Farc.

Reste qu’au-delà des intérêts politiques des uns et des autres, publier les accords provisoires, c'est aussi une manière de dire que les négociations sont en bonne voix, qu'elles sont suffisamment avancées pour pouvoir se passer du sceau de la confidentialité. Bref, que les fondations de ce processus sont solides et que désormais rien ne peut l'arrêter.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......