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Les temps changent

7 min

Vous connaissez peut être cette chanson écrite par BOB Dylan en 1964 : elle est un symbole de la contestation des années 60 contre l'ordre établi :« times they are a changing »... les temps changent...Et bien ce titre revient un peu partout dans la presse internationale ce matin mais avec un point d'interrogation... ou bien un conditionnelle comme le font Times Magazine aux Etats Unis ou le Guardian en Grande Bretagnec'est étrange parce que depuis deux mois la presse internationale n'arrête pas de répéter que nous sommes en train de vivre une révolution sans précédent... que tout notre monde est bouleversé... que tous les systèmes craquent ou changentor, ce matin... de nombreux papiers font au contraire marche arrière et se mettent à douter souvent avec cynismeLe monde change t il vraiment?Alors la chanson de BOB Dylan n'est pas une coïncidence parce que la presse se fait l’écho de la première visite du chanteur américain en terre chinoise et de son premier concert hier devant des milliers de fans à Pékin... mais un concert au contenu expurgé... censuré pour plaire au régime chinois... pas question de chanter « times are changing » en ChineNon titre l'Orient le Jour au Libanle chanteur contestataire chante dans une Chine qui réprimemais c'est « une icône de la dissidence dans une nation qui chérit l'harmonie » écrit le Global Times en Chine où la presse chinoise lui fait un accueil dithyrambique« la réponse est encore et toujours dans le souffle du vent » lance par exemple l'hebdomadaire Sanlian Shenghuo Zhoukan alors que le quotidien Xin Jingbao donne son interprétation : le musicien a toujours été très critique vis-à-vis de l'exploitation des plus faibles et des classes inférieures et c'est en cela qu'il a influencé beaucoup de chinois!Alors évidemment ce n'est pas ce qui ressort de la presse occidentale très grinçante ce matin en apprenant que le chanteur contestataire s'est plié à la censure chinoisele Times de Londres par exemple propose une version expurgée de Mr Tambourine Man rebaptisé dans un éditorial : Mr Mandarin Man...et cette interrogation : 50 ans après son premier concert à New York, Dylan aurait peut être pu chanter pour la libération de Aï WeiWei... cet artiste chinois enlevé par le régime et qui serait accusé de crime économique ?... l'artiste le plus célèbre de sa génération a disparu dimanche à l'aéroport de Pékin... ses assistants ont eux aussi été arrêtés dans le cadre d'un vaste mouvement répressif depuis la mi février prévient le Temps en Suisse qui y consacre tout un dossierEn chine l'ironie est à chaque coin de rue ... rappelle le Guardian britannique… et c'est vrai qu'il y a un paradoxe entre la venue autorisée de Bob Dylan qui hier a chanté au diapason du ministère de la culture chinoise et les centaines d'arrestations des dernières semaines en Chine... voilà un concert au goût bien amer même si « like a rolling stone » (une chanson qui avait provoqué notamment le printemps de Prague) a été ovationnée par les 6000 spectateursEt le Times continue : ça ressemble un peu au combat d'un tigre avec un bébé... voilà le régime chinois avec son armée de 3 millions de militaires dans un pays qui compte plus d'1 milliard d'habitants... avec une croissante qui atteint les 10% et une position de superpuissance économique bientôt numéro un mondiale... et face à lui un artiste contemporain certes reconnu dont le seul tord est de twitter... ça parait absurde !mais c'est que l'empire est fragile comme tous les pouvoirs dictatoriaux rajoute le Temps en Suisse... il y a le contexte de transition de pouvoir politique qui génère une grande anxiété au sein de la classe dirigeante... la crainte de l'inflation... l'influence jugée néfaste des révolutions arabes et surtout la nervosité d'une élite vieillissante face à une jeunesse très active... voilà ce qui provoque une crispation et une répression engagée depuis les jeux olympiques de PékinRien de nouveau donc du côté de la Chine ! Semble écrire le TempsRien de nouveau non plus du côté des pays du monde arabe finalement... comme si les révolutions en tout cas à travers les yeux de la presse semblaient s'être consumées aussi rapidement qu'elles ont commencé…si le soir en Algérie martèle au contraire que le monde bouge ... et qu’il ne faut pas l’ignorer ! Que l'on en est qu'au début d'un processus lent vers la démocratie, la liberté et la justiceGulf News à Bahreïn se plait à écrire ce matin : que tout va pour le mieux à Bahreïn ; le soleil nous réchauffe à nouveau... oubliée la contestation et ses conséquences et nous n'avons plus qu'une seule chose à faire : avoir confiance en l'avenir et bien sûr en notre gouvernement et se détendre... Relax : tout va s'arranger... Au même moment la presse iranienne se fait l'écho de l'attaque des députés iraniens vis à vis des troupes saoudiennes accusés d'avoir massacré des civils du BahreïnMais le plus étonnant encore c'est cet article du New York Times aux Etats Unis qui fait l'apologie du Sultana d'Oman... Oman qui a su gérer la contestation, nous dit l'article américain, et éviter la révolution en proposant des hausses de salaires et un assouplissement du régime pourtant non démocratique Une opération de séduction qui fonctionne... et que la Syrie tente maintenant d'appliquer pour éviter justement que les choses ne changent trop… Alors Assad donne des gages aux chiites et aux sunnites explique l’orient le Jour au Liban. Ainsi il vient de lever l’interdiction du voile intégral pour plaire à l’élite sunnite conservatrice, et clamer les esprits !Calmer les esprits ? Tiens, c'est encore sans doute l'objectif de Dominique Strauss Kahn interrogé ce matin dans les colonnes d'el Pais en Espagne... Alors que toute la presse européenne s'inquiète de l'aide financière demandé par le Portugal pour le sauver de sa dette... le président du FMI se veut rassurant... l'eurozone ne fonctionne que dans le calme pas dans la tourmente... et il n'y a pas de danger de voir l'Espagne suivre la route du Portugal... parce que les politiques mises en place en Espagne sont bien plus efficaces.N’ayez pas peur... semble nous dire les spécialistes… c'est étrange ce n'est pas du tout la teneur de la presse italienne qui fait très gros ce matin sur ce nouveau drame de Lampedusa... près de 250 immigrés clandestins sont morts hier lors du dessalage de leur bateau... 250 drames atroces... rappelle la Repubblica italienne... "J’ai vu mon fils mourir sous mes yeux noyés... hurle ce nigérian traumatisé"... c'est une crise humanitaire sans précédent et personne n'en parle !...s'enflamme le journal italien. Il est vrai que dans le reste de la presse européenne l'affaire fait au mieux un petit article, certainement pas un dossier... Nous nous considérons comme des victimes de l'immigration nous autres européens lance la Repubblica, mais nous avons le devoir d'offrir l'hospitalité à ces immigrés, victimes parfois de nos interventions armés dans leur pays... Pire, continue l’article, l'Union Européenne tente d'étouffer l'affaire, chaque état membre se renvoyant la balle... Il serait temps pourtant que le principe de solidarité de l'UE fasse au moins débat à défaut de s'appliquer... mais, conclut le quotidien italien de gauche, face à l'innommable, le citoyen européen décide de ne pas intervenir et de se réfugier dans la peur!Incroyable... écrit el Pais en quatrième de couv qui explique:le problème c'est qu'on nous enfume oui on nous trompe oui, en permanence, tout simplement parce que nous voulons être trompés... et tant que nous voudrons être trompés... les choses ne changeront finalement jamais vraimentBonne journée

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