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L'Europe extrême : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Populisme, nationalisme, méfiance, Quand la crise fait ressortir les égoïsmes et les vieilles rancœurs. La révolte se répand à travers toute l’Europe. Depuis quelques semaines, partout, les votes extrêmes gagnent du terrain. Une nouvelle poussée populiste qui se produit dans une atmosphère quelque peu délétère, estime LE TEMPS de Genève, une atmosphère, dit-il, où l’on prend conscience qu’une époque va vers sa fin. Ainsi, quand en France la bonne santé électorale du parti de Marine Le Pen se confirme une nouvelle fois à Brignoles, écrit ce matin le HUFFINGTON POST, en Suisse, cette fois-ci, le Mouvement Citoyens genevois triomphe une nouvelle fois, en renforçant ses positions au parlement. Quatre ans après l’éruption c'est la confirmation analyse à nouveau LE TEMPS, avec à la clé un bouleversement profond, dit-il, du paysage politique. Une percée populiste qui ne s’arrête pas là, d'ailleurs, puisqu'à gauche de la gauche aussi, le discours des extrêmes a séduit les électeurs. Une double percée qui se fait logiquement au détriment des partis gouvernementaux.

Partout la même tendance, avec d'un côté de grands partis traditionnels qui enregistrent un recul de leur électorat et de l'autre de petits partis aux tendances extrêmes qui gagnent en importance. Et même si en Autriche, par exemple, les deux formations détiennent toujours la majorité et maintiendront sans doute leur grande coalition, se rassure notamment le NEW YORK TIMES, en Allemagne en revanche, CDU et SPD n'arrivent toujours pas à s'entendre. Pire, en Norvège, là c'est le rêve d’une majorité qui a été brisé rapporte de son côté AFTENPOSTEN.Après trois semaines de négociations, la chef de la Droite conservatrice qui a remporté les élections, non seulement n’est pas parvenue à former un gouvernement avec tous ses alliés, mais le seul parti qui a accepté de participer pour la première fois à l’exécutif est un parti populiste.

Un populisme, qui au-delà des cas nationaux particuliers, préoccupe à présent jusqu'à la Commission Européenne. Car la percée du parti anti-euro en Allemagne, mais aussi la poussée de l’extrême droite en Autriche, la pression des europhobes en Grande Bretagne ou bien encore le désastre électoral du parti au pouvoir aux municipales portugaises pour cause d’austérité, tout cela constitue aujourd'hui un préambule à la campagne des élections européennes de mai 2014, qui risque d’être marquée par les groupes hostiles à l’orthodoxie bruxelloise.

La semaine dernière, au Parlement des Pays-Bas, plusieurs députés du parti populiste de Geert Wilders ont même ostensiblement arboré des badges du drapeau néerlandais nationaliste. Un geste qui va au-delà d'une simple provocation symbolique, explique le quotidien de centre-gauche DE VOLKSKRANT, car la quête d'un nouvel élan nationaliste correspond, dit-il, à une politique anti-UE. En clair, Wilders chercherait ainsi à se rapprocher d'autres partis nationalistes européens. Et le journal de préciser encore, l'internationale nationaliste a même, dit-il, plus de chances de réussir de nos jours qu'avant la Seconde Guerre mondiale, parce qu'elle se mobilise contre un ennemi commun : Bruxelles.

Or tandis que les partis de gouvernement sont plus préoccupés par les scrutins nationaux que par les européennes, à faible participation, les «anti», eux, comptent capitaliser sur le scrutin des 22 et 25 mai prochain pour asseoir leur influence. Bien sûr, les ingrédients du cocktail sont connus : l’immigration, la bureaucratie, l’austérité. Seulement voilà, ils se mélangent aujourd'hui au risque de devenir, explosifs. La polémique en France sur les Roms montre que l’immigration, vers l’Europe comme à l’intérieur de l’Union sera l’un des thèmes de campagne. C’est là le fonds de commerce de l’extrême droite, du Danemark à la Grèce, en passant par les Pays-Bas, l’Autriche et la France. Et puis aux critiques de la bureaucratie bruxelloise s’ajoute encore la mauvaise gestion de la tempête financière. Autrement dit l’euroscepticisme profite aujourd'hui de la crise.

Le journal suisse NEUE ZÜRCHER ZEITUNG voit d'ailleurs dans cette tendance européenne le déclin de la culture politique. La perte du paysage politique traditionnel devient aujourd'hui la caractéristique de tous les scrutins européens. Partout, dit-il, on propose au-delà des frontières idéologiques des recettes simples, bénéficiant d'un emballage malin et d'une présentation élaborée. Et pourtant, poursuit l'éditorialiste, la contestation contre les partis établis n'est qu'un étendard, qui dissimule une récupération de la peur des citoyens face au changement, au déclin et au déclassement. On s'adresse au citoyen en colère, lequel croit pouvoir ainsi s'opposer aux puissants. Sauf que plutôt que d'améliorer la politique, cela ne fait que la rendre plus imprévisible et plus quelconque, écrit encore le journal avant de conclure : à présent l'appel au renouvèlement, pourtant si urgent pour l'Europe, se perd au loin, car ceux qui le lancent son trop faibles pour pouvoir l'imposer et tous les autres s'accommodent très bien du statu quo.

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