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L'exode

5 min

Par Eric Biegala

"C'est un exode, un véritable "chemin de croix" : c'est ainsi que le patriarche chaldéen d'Irak Louis Sako a décrit au site catholique AsiaNews.it la fuite des chrétiens devant les avancées des combattants de l'Etat Islamique dans le nord de l'Irak. Depuis le début de la semaine en effet, les djihadistes, qui avaient pris Mossoul - la deuxième ville d'Irak en importance - au début du mois de juin, poussent leur avantage dans la région nord-ouest du pays. Ils avaient pris Sinjar - 300 000 habitants près de la frontière syrienne - dimanche dernier ; ils se sont rendus maîtres de quatre villes à majorité chrétienne hier, dont Qaraqosh - 50 000 âmes - la principale agglomération chrétienne du pays.Qaraqosh, c'était là où s'étaient réfugiés les chrétiens de Mossoul depuis la chute de la ville raconte dans un reportage l'agence Bloomberg : " le 18 juillet, à Mossoul l'Etat Islamique a ordonné aux non-musulmans de se convertir ou de payer l'impôt dus par les non-musulmans sans quoi ils seraient "passés par l'épée" ; c'est ce qu'indiquait un décret lu dans la plupart des mosquées et diffusé par haut-parleurs dans les rues de la ville, raconte Bloomberg , "la plupart des quelques 3000 familles chrétiennes de Mossoul ont alors fui vers Qaraqosh" , gonflant la population locale de plusieurs milliers de personnes.Une première attaque de l'Etat Islamique sur Qaraqosh le 26 juillet avait entrainé un début d'exode vers le Kurdistan ; mais les familles étaient revenues qq jours plus tard, après l'intervention des peshmergas kurdes.La ville de Qaraqosh, ainsi que les trois villages envirronants - tous à majorité chrétienne - étaient donc depuis lors sous la protection théorique de l'armée des kurdes irakiens : les peshmergas. Le Kurdistan d'Irak, région autonome du pays qui dispose de sa propre armée, commence en effet quelques Km à l'Est de Qaraqosh... "jeudi, aux premières heures de la journée, les peshmergas qui tenaient les check-points défendant les quatre ville à majorité chrétienne ont quitté les lieux, r aconte l'envoyé spécial sur place du New York Times ; ils ont été appelé en renfort pour combattre les djihadistes de l'Etat Islamique qui venaient de s'emparer de deux autres villages , des villages kurdes. Dans la journée, les combattants de l'Etat Islamique ont alors bombardé Qaraqosh au mortier", entrainant l'exode des familles vers le Kurdistan."Environ 100 000 Chrétiens ont fui les villes et les villages avec ce qu'ils avaient simplement sur le dos, assure encore au site d'information AsiaNews.it le patriarche Louis Sako qui décrit le sort des chrétiens marchant dans la chaleur torride de l'été vers le salut les villes kurdes d'Erbil Dohuk et Souleymanie ; avec parmi eux des malades, des vieux, des enfants et des femmes enceintes. Ils courrent le risque d'une véritable catastrophe humanitaire, d'un vrai génocide... ils ont urgemment besoin de nourriture, d'eau et d'abri", martèle le patriarche... Sur le terrain, les envoyés spéciaux comme celui du New York Times décrivent une situation certes difficile, mais en des termes un peu moins apocalyptiques parlant de longues files de voitures de près de 2 km de long patientant aux check-points d'entrée du gouvernorat autonome du Kurdistan...Les événements récents "ne sont que la continuation de la terreur qui a été lancée sur les chrétiens d'Irak depuis l'invasion américaine de 2003" , résume Mardean Isaac pour l'agence AINA l'agence Assyrienne d'Information... les Assyriens ; ce sont les chrétiens orientaux de cette région : syriaques, chaldéens et église orientale assyrienne. "Durant les dix dernières années, 73 églises ont été attaquées ou bombardées dans le pays, poursuit l'éditorialiste ; des dizaines de prêtres ont été kidnappés ou décapités, des milliers d'Assyriens ont été victimes des milices islamistes et plusieurs régions ou villes - notamment Bagdad - ont été complètement vidées de leurs population chrétiennes autochtones" ... Et Mardean Isaac d'appeler à la constitution d'un territiore autonome chrétien au sein même de l'Irak, un peu à la manière du Kurdistan, avec sa propre administration et ses propres forces d'autodéfense puisque dit-il, "ni l'armée irakienne ni les peshmergas kurdes ne semblent en mesure de nous défendre". .. Mais pour ce faire, il faudrait qu'il y ait encore des Chrétiens en Irak... Ils étaient environ un million et demi avant l'intervention américaine de 2003 ; ils ne sont plus aujourd'hui que 4 à 500 000.Et puis, si comme le patriarche Sako on entend parler de "génocide" en Irak ce n'est pas tant les Chrétiens du pays qui sont le plus à plaindre, mais bien une autre minorité religieuse : les Yézidis... Pratiquant un culte plusieurs fois millénaire, bien plus ancien en tout cas que l'Islam ou la chrétienté, les Yézidis sont essentiellement kurdes et leur principale ville, Sinjar, 300 000 habitant a été prise dimanche dernier par l'Etat Islamique. Avec les Yézidis, les djihadistes ne s'embarrassent pas de principe : déjà considérés comme des "adorateurs du diable" - tant par les musulmans que par les chrétiens d'ailleurs - ils sont impitoyablement massacrés par les combattants de l'Etat Islamique."Nous croyons que ce qu'ils leur ont fait peut être classé sous les rubriques de génocide et de crime contre l'humanité indique d'ailleurs au Christian Science Monitor Gyorgy Busztin le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en Irak. "les informations qui nous parviennent laissent à penser que l'Etat Islamique ne laisse même pas aux Yézidis le choix de se convertir ; ils sont traités comme un groupe devant être éliminée de la surface du globe" explique le haut fonctionnaire de l'ONU qui précise "des centaines d'hommes yézidis ont d'ores et déjà été assassinés et la plupart des femmes yézidis qui tombent sous la coupe de l'Etat Islamique auraient été réduites en esclavage". Toujours dans le Christian Science Monoitor , Jane Arraf explique que "la caractérisation juridique de la campagne djihadiste comme un "génocide" à l'encontre des Yézidis, pèserait d'un vrai poids et pourrait stimuler les efforts d'aide internationaux... mais elle ne risque pas de mettre un terme aux pratiques de l'Etat islamique... a vrai dire "elle n'a aucune implication pratique immédiate" sur le terrain.Et sur le terrain la catastrophe est en cours : pour le moment près de 40 000 Yézidis - ceux qui ont fui Sinjar le week-end dernier - sont assiégés par l'Etat Islamique dans la montagne, le Djebel Sinjar, sans abris sans vivres et sans eau. En ce moment dans cette région d'Irak, la température monte facilement à 50°C en journée.

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