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L'Iran, le Guide et sa prostate...

5 min

Ce matin, il est question d'un vieil homme. Un vieil homme qu'une vidéo montrait il y a quelques jours en train de marcher dans la montagne seul, au chant des oiseaux... Un vieil homme à la silhouette courbée et chaussée de basket, blouson pale porté sur une longue robe grise, un vieil homme à barbe blanche...

Ce vieil homme ... C'est l'ayatollah Ali Khamenei... Il a 75 ans... Depuis un quart de siècle, c'est lui le guide suprême de la révolution iranienne, le successeur de l'ayatollah Khomeiny... Lui qui mène depuis 25 ans l'lran d'une main de fer, à peine perturbé par les différents présidents qu'il a vu défiler... C'est lui qui garde - in fine - la main sur les destinées du pays, lui qui chapeaute tous les pouvoirs, exécutifs, législatif, judiciaire, l'armée, les médias;...

Le vieil homme qui marche dans la montagne a l'air fatigué, mais il marche... Le message est clair. Voilà de quoi calmer la tempête qui s'est levée sur l'Iran voilà un mois. Petit flash back: en septembre, en effet, le guide suprême annonce qu'il va subir une opération de la prostate... tout le pays se fige. JAMAIS la santé des dirigeants iraniens n'a fait l'objet de commentaires publics. Ni le cancer du shah, ni les crises cardiaques de Khomeiny. Du jamais vu. Certes, les rumeurs courent, depuis des années, mais de mémoire d'iranien, on n'a vu lever un tabou pareil. Il faut dire explique un analyste cité par le quotidien libanais l'Orient le Jour qu'en Iran, la santé des dirigeants est une question de sécurité nationale... Le spectre d'une vacance du pouvoir terrifie. Et pour éviter tout désastre, le clergé et les gardiens de la révolution vont devoir s'entendre sur le nom de son successeur.

La période n'est pas des plus faciles note le site d'information The Daily Beast. L'Iran est à un carrefour Géopolitique... Avec l'intervention des états unis en Syrie et en Irak contre l'état islamique, et avec les négociations sur l'avenir du nucléaire

Ces négociations elles sont portées par le président Rouhani, élu il y a un an. Après un démarrage fulgurant... elles sont aujourd'hui dans l'impasse... Elles rencontrent une ferme résistance des partisans de la ligne dure des religieux et des gardiens de la révolution, pour qui le très conservateur Khamenei est un garde fou contre une éventuelle dérive libérale et réformatrice de l'Iran.

Dans ce champ de mines, que faire... Eh bien, mener la bataille médiatique... Et là encore, c'est du jamais vu. L'opération de la prostate révolutionnaire à peine finie... qu'on a droit au bulletin de santé : intervention sous anesthésie locale, une petite demi heure à tout casser, tout va bien, et on va le prouve, en publiant chaque jour des photos ou tout l'Iran qui compte défile au chevet du guide hospitalisé...

Du président Hassan Rouhani au chef de l'autorité judiciaire, en passant par le président du parlement, et même par Mahmoud Ahmadinejad, l'ancien président dont les relations avec l'ayatollah Khamenei s'était fortement dégradées... A chacun chacun sa photo, clic clac, on sourit à l'objectif.. De quoi faire mentir la vision biaisée des médias occidentaux qui voudraient que l'Iran soit fragilisé dit le Téhéran Times... Non non non... Bien au contraire, explique le quotidien iranien. L'Iran dit il est en train de montrer que les sociétés musulmanes peuvent dessiner les contours de leur vie politique et cela se fait sans accroc.

Ca, écrit encore le journal, l'occident ne peut pas le supporter et la couverture médiatique de la maladie de Khamenei le prouve... Non, il n'y a aucun tabou sur la santé du guide, la preuve, il a été opéré dans un hôpital public. Non, il n'a pas problème d'impopularité, la preuve, tout le monde se presse à son chevet. Non, il n'y a pas de guerre de succession... Tout est prévu. En cas d'impossibilité du guide à assurer sa tache, ou en cas de décès, c'est le conseil des experts, une instance formée pour l'essentiel de vieux dignitaires religieux qui assure l'intérim avant d'élire un nouveau guide... Non non, reprend le Téhéran Times... l'Iran en fait, est un ilot de stabilité au Proche Orient et c'est bien cela que ne veut pas l'Occident...

Alors bien sûr, on spécule dans la presse internationale sur un possible successeur. Que l'ayatollah Khamenei ait un cancer - ce qui est possible... -, ou qu'il soit en train de mourir, - ce qui n'est pas sûr... -, il faut assurer la continuité explique le Daily beast. Le site d'Al Jazeera dresse la liste des prétendants. Le nom qui revient le plus souvent, c'est celui de Mahmoud Ashemi Sharoudi... L'homme dirige le fameux conseil des experts depuis cet été... L'ayatollah Sharoudi, c'est un dur, un de ceux qui savent que l'opposition à l'occident, aux états unis, c'est bien le dernier marqueur de la révolution iranienne. Sans cela, s'en est probablement fini de la puissance des mollahs. L'homme est aussi un proche, très proche des chiites d'Irak, où il est né. C'est une figure très respectée des gardiens de la révolution, ce corps d'élite dont le pouvoir sécuritaire et économique ne cesse de croitre. L'ayatollah Sharoudi, Marc, retenez donc ce nom... Car c'est peut être lui demain, qu'on pourrait retrouver à la tête de l'Iran...

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