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l'Iran, suffisamment stable pour être un partenaire?

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Il y a des moments de grande solitude, ces moments où on se dit qu'on a peut-être raté une belle occasion de se taire. C'est peut-être ce que s'est dit Jimmy Carter en ce réveillon de 1977. Le président américain était alors à Téhéran, et il avait salué l'année nouvelle, en félicitant l'Iran d'être une ile de stabilité dans une des régions les plus perturbées du monde...

Une prédiction pleine de vista , puisqu'un an plus tard, la révolution islamique commençait, et ouvrait la porte à trois décennie de chaos.

Et aujourd'hui, alors que l'occident et l'Iran sont au tournant de négociations historique, Barak Obama n'est il pas en train de faire la même erreur de jugement ? C'est ce que se demande Christopher Dickey dans The Daily Beast? L'Iran est il vraiment aussi stable que ça?

Jugez plutôt : au Nord, des groupes séparatistes font régner une tension permanente qui ne devrait pas s'améliorer si, comme on s'y attend, les turkmènes s'y mettent à leur tour.

Sur le front est que trouve t-'on? Ah... Le Pakistan... cette frontière où on assiste à des échanges de coup de feu quasiment tous les jours, avec des pressions migratoires énormes sur des villes comme Mashad, qui commence à être submergé par un afflux de nouveaux habitants pauvres à majorité sunnites, autant dire de la proie facile à contaminer par l'état islamique...

Un bastion chiite entouré d'une ceinture explosive sunnite, ce n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler un berceau de stabilité.

Coup d'œil au sud... Entre le Yémen, en pleine insurrection chiite, le Bahreïn - pas mieux - les régions chiites saoudiennes, riches en pétrole etc... On ne peut pas dire que cette frontière là soit aussi un pilier de stabilité. Pour les arabes, l'Iran, c'est la tête du serpent, l'éternel ennemi...

Quant à l'ouest... les kurdes se battent contre l'état islamique et si d'aventure, Bagdad devait tomber aux mains des jihadistes, Téhéran se retrouverait aussi à gérer un afflux colossal de réfugiés chiites... On ne vous parle pas en interne de l'effet des sanctions, des pénuries, du taux de chômage etc...

Alors, reprend le New York Times dans ce contexte il ne faut pas oublier que pour beaucoup d'iraniens, le programme nucléaire est une police d'assurance, et un symbole d'identité nationale. Et les leaders iraniens ont des arguments pour ne pas céder trop vite, ils l'ont bien vu : la Corée du nord teste régulièrement ses équipements nucléaires, sans que finalement ça ne déclenche de réaction trop outrées. Et en Iran, personne non plus n'a oublié que moins de dix ans après avoir renoncé à son programme nucléaire, le colonel Kadhafi a été renversé par la subtile combinaison d'un soulèvement populaire couplé à une campagne de bombardement américano-arabo-européenne....

Tout le monde s'accorde à le dire : de la bonne volonté il y en a des deux côtés, en Amérique comme en Iran. Mais pour que ça marche, dit le NYT, ce n'est pas un mais trois accords qu'il faut arracher : l'un entre l'ouest et l'est, l'autre entre Obama et son Congrès si difficile à convaincre, et le dernier entre les négociateurs iraniens et l'ayatollah Khamenei... Et en ce qui concerne les deux derniers, ce n'est pas gagné ...

Dans la presse américaine, difficile de trouver des partisans inconditionnels de ces négociations...

Si accord il y a, accrochez-vous met en garde le Wall Street Journal : vaudra mieux s'y connaître un peu en technique, être capable de faire la différence entre les différents degrés d'enrichissement de l'uranium, et en mécanismes de surveillance et de vérifications. On va nous submerger de détails techniques, dit le journal, et l'administration Obama va compter sur l'ignorance du public et la crédulité des médias pour nous faire avaler des conclusions d'experts, et pas sûrs qu'on trouve grand monde pour débattre du comportement d'un isotope d''uranium 235 dans une centrifugeuse...

Et le Wall Street journal de convoquer un expert : les iraniens tricheront comme ils ont toujours triché, lentement, sans qu'on le voit. Ils vont gagner du temps.

Tout cela n'est pas très gai, et dans cette avalanche de mise en garde et de critique, on voit qu'il manque une chose, cette chose essentielle à tout accord... La confiance. La pierre angulaire. Et comment rétablir la confiance si ce n'est pas en la testant, en lâchant la bride peu à peu, d'un côté, de l'autre, en desserrant l'étau... A Téhéran comme à Washington on a besoin de partenaire, on a besoin de croire en l'autre.

Mais là encore, il suffit de prendre le Wall Street Journal pour voir à quel point la route est longue...

L'administration Obama, écrit il encore veut faire croire que l'Iran affamé par les sanctions est comme un mendiant à un banquet. Il n'en est pas idiot pour autant. Si l'Iran refuse un accord, il sait très bien que John Kerry reviendra avec un meilleur accord. Les compagnies européennes sont dans les starting blocs et salivent toutes à l'idée de la levée des sanctions.

Et le journal de conclure, assassin... Souvenez vous : "Al Qaeda sur le point d'être défait", souvenez vous "l'Amérique qui se retire d'Irak". Allons, allons, il ne faudra pas longtemps avant qu'un accord nucléaire avec l'Iran ne rejoigne la liste des ratages de Obama au Proche-Orient.

C'est ce qui s'appelle avoir foi en l'avenir...

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