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L'Irlande : symbole d'une politique d'austérité réussie ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Dimanche, l'Irlande deviendra le premier membre de la zone euro sous assistance à s’affranchir de l’aide de ses partenaires. En clair, l'Irlande va enfin sortir officiellement du plan d'aide internationale de 85 milliards d'euros que lui avait accordé la troïka pour sortir de la crise. Une bonne nouvelle plus que nécessaire donc à l'heure où l'économie de certains grands Etats de la zone euro comme les risques de déflation suscitent une inquiétude croissante. Et voilà pourquoi la sortie irlandaise du programme de sauvetage ne sera pas seulement un grand moment pour l'Irlande, mais aussi pour l'Europe toute entière. Une « success story », écrit THE IRISH TIMES, que les dirigeants de la zone euro ne manqueront pas de relever pour prouver que la politique d'austérité, si souvent décriée, fonctionne à merveille. Même analyse pour le journal finlandais HELSINGIN SANOMAT. La sortie de l'Irlande du fonds de secours est un évènement hautement symbolique pour l'ensemble de la zone euro. Car la reprise de l'Irlande et son retour sur les marchés tendraient à prouver en effet que le programme d'aide et le tout-austérité fonctionnent.

Mais attention, prévient à nouveau le journal de Dublin, dimanche ne sera pas pour autant le jour où l’on se débarrassera des chaînes économiques et où l’on laissera filer les dépenses comme certains le suggèrent, car en dépit de la sortie du plan, l’Irlande restera sujette en réalité à une surveillance post-programme significative. La politique de Dublin continuera même d'être fixée par la troïka pour de nombreuses années à venir, renchérit son confrère de Londres THE GUARDIAN. L'Union Européenne a d'ores et déjà mis en place un dispositif de suivi budgétaire, des réglementations et même des sanctions, qui consacreront une politique d'austérité permanente, applicable à tous les membres de la zone euro. Quant au FMI, il a désormais pour coutume, une fois les fonds d'aide initiaux taris, de mettre en place de nouveaux mécanismes de crédit assortis de conditions propres. En clair, la fête risque de ne pas durer longtemps, poursuit le quotidien britannique, car il serait inexact de dire que l'austérité touchera à sa fin dimanche prochain.

Pire, il n'y aurait même pas de quoi se réjouir, analyse pour sa part le journal de Vienne DER STANDARD, car la situation de l'Irlande ne s'est améliorée que sur les marchés, dit-il. En revanche, sur le plan de l'économie réelle, là, l'austérité et la récession de ces trois dernières années ont laissé des blessures profondes. Le chômage est passé de quatre à près de 14%. La dette du pays a été multipliée par cinq, équivalent aujourd'hui à 123 % du PIB. La consommation, elle, stagne sous l'effet des coupes salariales. Et suite à la récente inflexion des exportations, l'économie irlandaise va même se contracter en 2013. Voilà pourquoi, nuance le journal, quand on vante la réussite de l'Irlande en l'érigeant en modèle, dit-il, on ne devrait pas occulter les nombreuses victimes de la politique de crise européenne. Même analyse pour LE DEVOIR de Montréal qui rappelle, chiffres du chômage à l'appui, que la reconversion apparemment réussie de l’ancien tigre celtique ne profite pas à tout le monde. Une partie de la population n’a pas les qualifications requises pour travailler dans les secteurs les plus porteurs. Et le pays a beau avoir assuré un redressement indéniable, le fossé se creuse désormais entre ceux qui profitent du redémarrage et les autres.

A ce titre d'ailleurs, les statistiques publiées le 21 novembre dernier par Eurostat sont éloquentes. Elles montrent que l'Irlande figure en tête des pays où les gens sont plus nombreux à quitter le pays, qu'à venir s'y installer. Dans ce domaine, écrit THE OBSERVER, l'Irlande a même connu une évolution spectaculaire dans un laps de temps relativement court puisqu'elle est passée en six ans, du plus fort taux d'immigration en Europe, au plus fort taux d'émigration, dépassant les Etats baltes et le Kosovo. A présent, une personne émigre d'Irlande toutes les six minutes, preuve si l'en est, analyse THE GUARDIAN, que si l'Irlande est aujourd'hui érigée en élève modèle du club de l'austérité en Europe, le pays reste embourbé dans la dépression et que son économie est essorée.

Sans compter, analyse THE IRISH INDEPENDENT, que sans la pression des créanciers internationaux, Dublin aura désormais du mal à l'avenir à mettre en œuvre les réformes difficiles. Et l'on peut d'ailleurs déjà imaginer les querelles politiques qui auront cours au gouvernement dès que la troïka aura retiré son revolver de notre tempe. Evidemment, tous les partis au gouvernement partageaient une véritable détermination à surmonter la terrible période de la troïka dans l'histoire irlandaise. Sortir du programme de secours, rétablir notre souveraineté sur les marchés financiers et se débarrasser de la troïka, cette volonté a été le ciment de la coalition. Mais qu'adviendra-t-il de cette union une fois cette phase gouvernementale révolue ?

Et le journal de Dublin THE IRISH TIMES de conclure, la crise est donc loin d'être surmontée. Et désormais, être le premier pays à sortir du plan de secours n'est pas une mince affaire. Car il s'agit à présent de s'assurer que nous n'aurons jamais besoin d'un autre programme de sauvetage.

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