LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

L'opposant russe Khodorkovski libre

4 min

PAR LUDOVIC PIEDTENU

"Fatigué mais pas cassé" , titre la FAZ en Allemagne.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung raconte cette conférence de presse hier à Berlin, après 10 ans d'enfermement pour Khodorkovski.

"Il est encore beau, décrit le journaliste allemand frappé comme beaucoup d'autres de ses confrères par la bonne mine de l'opposant. Ce n'est pas un homme brisé qui apparaît là dans une salle du musée du mur de Berlin tout près de Checkpoint Charlie, mais un type de 50 ans plutôt sportif, mince, éloquent et plein d'humour."

Il a arrêté de fumer, peut-on lire dans les journaux, à son entrée en prison. "S'ils voulaient m'enterrer, qu'ils le fassent eux-mêmes sans ma participation " ironise-t-il.

Autre trait d'humour remarqué par la presse internationale, allusion aux dissidents soviétiques qui étaient ramenés à l'ouest, "dans la pure tradition des années 70 , insiste Khodorkovski, on m'a mis dans un avion."

Toute la presse fait remarquer la force du symbole. L'ancien homme le plus riche de Russie, le plus grand opposant à Vladimir Poutine, s'exprime publiquement pour la première fois, tout près de ce point de passage à Berlin entre l'est et l'ouest, dans ce musée dédié à ceux qui ont réussi à échapper à la dictature du bloc soviétique.

Un autre quotidien allemand Der Tagespiegel raconte : "J'ai été réveillé à 2h du matin par le directeur du camp m'annonçant ma liberté. S'en est suivi un transport précipité en hélicoptère jusqu'à l'aéroport de Saint-Pétersbourg. Puis l'embarquement dans un avion privé direction l'Allemagne et Berlin. Je n'ai vraiment réalisé que lorsque les portes de l'avion se sont refermées derrière moi" , témoigne Khodorkovski.

Dans Der Tagespiegel , l'article détaille son arrivée hier "devant les 400 journalistes... une salle si pleine que certains se sont vus refusés l'entrée. Première chose que l'on a vu de lui, ses pieds, une paire de chaussures noires en cuir puis à mesure que l'homme descend l'escalier : un pantalon bleu foncé, une chemise blanche, une cravate bleue. Puis son visage et ce sourire contrôlé en permanence, une marque de fabrique après sa longue procédure judiciaire. Et quand il parle de Poutine, il n'exprime ni haine, ni vengeance. "

Der Tagespiegel décrit ces silences répétées avant de répondre à certaines questions. Le journal y voit "une réticence manifeste à formuler des remarques sur Poutine".

"Pour beaucoup en Russie qui espérait de lui qu'il endosse un rôle politique, ses mots sont susceptibles de provoquer une amère déception, estime le quotidien. Le cas de cette jeune journaliste russe qui lui demande quels conseils ils pourraient donner aux manifestants qui, comme elle, ont défilé lors de la réélection de Poutine "Ce sont pour moi des héros, dit-il, mais je ne suis pas en mesure de formuler un quelconque conseil."

Un coup d'oeil rapide à la presse russe, pas grand chose, sauf en bref, et RIA Novosti rapporte surtout que Khodorkovski appelle à ne pas boycotter les jeux olympiques d'hiver de Sotchi...

"L'un des artisans de sa libération , décrypte le New-York Times , a été Hans-Dietrich Genscher, 86 ans, un ancien ministre allemand des affaires étrangères, connu sous le nom de "vieux renard", qui a utilisé ses canaux spéciaux personnels entre Berlin et Moscou pour négocier la clémence tout au long de ces deux dernières années et demi. Mais il y avait toujours un problème, explique l'homme libre, on me le répétait encore et encore, à chaque fois, "je dois admettre ma culpabilité. "

Un tel aveu était inacceptable, poursuit le New-York Times , car cela aurait posé des problèmes aux anciens employés de sa compagnie pétrolière Ioukos, 200 personnes toujours emprisonnées qui risquaient alors des poursuites pour crime ou complot, quant à ceux qui ont fuit à l'étranger, c'était l'extradition garantie.

Mais après avoir appris que M. Genscher avait obtenu la clémence des autorités sans aveu de culpabilité, Khodorkovski a accepté d'écrire à Poutine le 12 novembre tout en précisant dans sa lettre qu'il ne s'engagerait pas en politique ou qu'il n'essaierait pas de récupérer ses parts dans Ioukos, aujourd'hui transférées au sein d'une autre compagnie pétrolière Rosneft, contrôlée par un allié de Poutine, Igor Setchine.

Aucune chance pour le moment pour Khodorkovski de retourner en Russie. Pas tant que toutes les charges contre lui ne seront pas levées. Plus qu'une libération, fait remarquer la presse allemande, cela ressemble à une expulsion.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......