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L'OTAN à l'attaque

5 min

L'OTAN ... à l'attaque ... Voilà le titre choisi par l'éditorialiste du quotidien madrilène EL PAIS ... Un titre qui pourrait tout aussi bien s'afficher à la une de chacun des grands quotidiens de la presse internationale d'ailleurs ... tant l'offensive lancée vendredi dernier par les forces de l'OTAN en Afghanistan ... fait encore largement l'unanimité ce matin. Et les raisons ne manquent pas ... d'une part parce qu'il s'agit c'est vrai de l'opération la plus importante programmée depuis le début de la guerre en 2001 ... Mais pas seulement ... Ainsi cette opération écrit l'éditorialiste espagnol ... obéit en réalité à deux logiques ... deux logiques distinctes ... bien qu'étroitement liées ... Non seulement cette vaste offensive est une manière pour le président américain Barak Obama ... que l'on sait favorable à un processus de réconciliation nationale de dissiper dans le même temps tout malentendu sur sa prétendue faiblesse vis à vis de l'insurrection ... tel que pourrait en effet le laisser penser cette stratégie visant in fine à réhabiliter les talibans sur l'échiquier politique ... Et puis ... en programmant aujourd'hui une opération militaire de cette envergure ... et bien le chef de la maison Blanche apporte par ailleurs un sérieux démenti à tous ceux pour qui le retrait annoncé des troupes américaines en 2011 sonne d'ores et déjà comme un aveu d'échec ... Pour l'avenir de la région ... Barak Obama a besoin de réaffirmer au plus vite la capacité de dissuasion de son Armée la plus puissante du monde ... Aussi cette attaque poursuit l'article vise-t-elle à rompre en réalité avec la stratégie qui prévalait ... Jusqu'alors les forces internationales semblaient condamnées à résister au harcèlement des talibans ... Et à présent ce sont les insurgés qui se retrouvent contraints en somme d'adopter une position défensive. Autrement-dit ... cet assaut a donc valeur de test pour le président Barack Obama dans sa volonté proclamée de mettre rapidement fin au conflit ... renchérit LE TEMPS en Suisse ... Dans les précédents épisodes de cette guerre ... les forces de l'OTAN se sont souvent assuré des victoires c'est vrai ... mais abandonnaient généralement aussitôt le fruit de leurs conquêtes à leurs ennemis par manque de moyens militaires ... Or ... en amenant cette fois-ci dans leurs bagages des soldats et des policiers afghans prêts à reprendre le flambeau ... les Américains espèrent que la prise de Marjah sera irréversible ... privant les forces talibanes de l'un de leurs principaux sanctuaires dans la région. Et en effet ... ce qui distingue donc cette offensive des opérations passées ... c'est le niveau de coopération des forces locales ... précise pour sa part THE WASHINGTON POST ... Alors que l'an dernier une opération dans la même zone géographique comptait un soldat afghan pour dix américains ... on compte aujourd'hui ... un membre de l'armée afghane pour ... deux militaires américains ... Le rapport serait même encore supérieur dans l'infanterie écrit son confrère du NEW YORK TIMES ... Selon le quotidien américain ... 60% des troupes qui avancent sur Marjah seraient afghanes. Et puis ... et puis stratégie là encore pour le moins inhabituelle ... avant de lancer son offensive ... l'OTAN avait fait passer le mot ... écrit THE GLOBE AND MAIL ... En clair ... des tracts ont été largués pour prévenir d'une attaque imminente ... Les forces internationales ont ainsi fait de la publicité sur leur opération ... renchérit de son côté THE NEW YORK TIMES ... L'armée américaine ... et c'est le moins qu'on puisse dire ... ne comptait pas sur l'effet de surprise écrit encore LE TEMPS en Suisse ... Dans sa volonté d'épargner au maximum les pertes civiles ... elle a commencé il y a plusieurs semaines à informer les habitants de l'imminence de l'attaque ... les enjoignant à rester chez eux dès que s'approcherait le son du canon ... Pour les Américains ... la manoeuvre tenait en réalité autant de l'opération militaire que de la campagne de relations publiques poursuit l'article ... Même le nom de l'opération ... Moshtarak ... littéralement ... "ensemble" ... a été choisie à dessein pour bien signifier la volonté des forces de l'OTAN d'apparaître comme les libérateurs et non les occupants de la région. Seulement voilà ... hier ... les forces de la coalition ont bien été obligé de reconnaître la mort d'une douzaine de civils afghans ... lorsque deux roquettes se sont abattues «par erreur» sur une maison où se terraient les membres d'une famille ... Des morts qui éclipsent de fait l'offensive en Afghanistan titre ce matin THE TELEGRAPH. D'où cette tribune sans doute ... publiée dans les colonnes du quotidien britannique THE INDEPENDENT ... tribune signée Joya Malalaï ... une parlementaire précédée d'une réputation flatteuse de «femme la plus courageuse d'Afghanistan» ... Sa principale cible aujourd'hui n'est ni les talibans ... ni le régime au pouvoir à Kaboul ... mais bel et bien les médias occidentaux qu'elle accuse de mener une guerre de propagande en faveur de la présence étrangère ... «Les gens ici se disent que c'est une bonne guerre écrit-elle ... parce qu'on leur a lavé le cerveau ... D'un côté on tend la main au Mollah Omar pour rejoindre un gouvernement fantoche ... et de l'autre on lance cette attaque dans laquelle de pauvres gens sans défense se retrouvent être les premières victimes ... Cette stratégie militaire ... est ridicule ... dit-elle ... avant d'égratigner deux icônes chères aux Européens ... : Barack Obama dont la politique lui semble encore plus risquée que celle du criminel Georges Bush ... mais aussi et c'est sans doute plus inattendu ... le commandant Massoud ... assassiné par Al-Qaida en 2001 ... et en qui elle voit un boucher dont la CIA a fait un soi-disant héros. Les guerres civiles finissent rarement avant que l'un des camps n'ait pris le dessus et ne se soit emparé du pouvoir réel ... écrivait il y a quelques jours la SUDDEUTSCHE ZEITUNG ... D'une manière ou d'une autre ... les talibans finiront par participer au pouvoir ... Seulement voilà ... ces mêmes talibans aujourd'hui sont les enfants d'une génération sacrifiée .... Celle qui a grandi dans les camps de réfugiés miteux du Pakistan ... sans autre éducation que celle du Coran appris par coeur "avec passion" ... Autrement-dit ... proposer un programme de réinsertion et des emplois aux talibans est une bonne idée sur le papier ... mais cela prendra des années ... Une génération sacrifiée reste une génération sacrifiée ... Et l'Afghanistan a besoin de davantage de temps que ne lui en laissent les considérations politiciennes.

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