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Lybie: peut on être ami avec un dictateur?

6 min

par cécile de kervasdoué

Qu’est ce que l'amitié?

Une décision, une déclaration ou bien un socle de valeurs communes qui se passent justement de décision et de déclaration même si ça n'empêche pas les compromis

C’est la question que pose le Scotsman qui comme toute la presse britannique s'interroge cette matin… sur cette main de l'amitié qu'avait tendue Tony Blair et ses successeurs à la Libye de Kadhafi...

Nous sommes fortement liés à la Libye aujourd'hui lançait Tony Blair en 2004 en serrant la main au guide Kadhafi... et nous sommes impatients de voir cette main de l'amitié s'étendre

et bien cette main vient d'être durement mordue... commente le Scotsman... parce qu'au delà de la caricature du dictateur, amateur d'infirmières blondes, et de tentes bédouines... le fossé de valeurs est béant... en assassinant son peuple, le chef libyen vient de prouver combien il n'avait cure de principes démocratiques

Une surprise? Interroge cyniquement le quotidien écossais

surement pas... l'histoire de notre amitié avec la Libye est pavée d'embuches... l'affaires des infirmières bulgares... celle de son fils Hannibal condamné en Suisse pour avoir battu l'un de ses domestiques... affaire qui avait soulevé la colère du père Khadafi furieux, il avait retirer tous ses avoirs des banques Suisses et appelé à un jihad international contre tout ce qui est suisse... on croyait en avoir fait un allié contre l'immigration clandestine sur nos côtes européennes... mais l'alliance coutait à l'Europe 5 milliards d'euros de pots de vins pour s'assurer que la Libye postait deux ou trois bateaux de contrôle sur ses côtes

En fait, rajoute encore le Scotsman, les seules bénéficiaires de ce rapprochement amical de Tony Blair, ont été les compagnies pétrolières.

BP n'a t elle pas annoncé jeudi dernier, en pleine tourmente lybienne, qu'elle allait entamer l'exploitation offshore au large de la Libye et ce dés le mois de juin prochain?

ça fait une méchante tâche sur notre réputation tout ça... renchérit l'Independent toujours en Grande Bretagne

alors que les titres de certains journaux africains n'hésitent pas à qualifier ce qui se passe actuellement en Libye de « Boucherie »... comme afrik.com et Walfadjri au Sénégal

c'est un génocide... titre aussi le Soir d'Algérie

et tous deux rappellent que même s'il est difficile de savoir exactement ce qui se passe au delà de la frontière... les récits de libyens en fuite ne parlent que de morts, que de victimes, de violence aveugle du régime sur le départ...

et Afrik.com se plait à préciser que la Libye est le 4ème producteur d'hydrocarbures en Afrique avec près de 1,8 millions de barils par jour exploités par de très nombreuses compagnies pétrolières occidentales sur son territoire... compagnies qui commencent d'ailleurs à rapatrier les ressortissants étrangers

et c'est le dilemme que met le Scotsman en relief

Comment les gouvernements doivent ils réagir face à la répression libyenne?

Rompre les liens commerciaux? sans doute ... ça parait évident... enfin jusqu'à ce que vous vous rendiez compte combien cela affecte votre économie, vos retraites , l'essence que vous voulez mettre dans votre voiture... là la question devient électoralement épineuse... sauf qu'il y a une chose qui reste... les âmes courageuses qui risquent leur vie dans les rues libyennes pour obtenir des droits que nous avons fini par considérer comme acquis ... ou bien encore ces milliers de migrants déboussolés qui vont échouer sur nos côtes à cause d'une despote sanguinaire qu'aucun chef d'état européen n'aurait dû gratifier d'une poignée de main

Déboussolé... c'est l'analyse que fait ce matin le quotidien d'Oran en Algérie... tant à propos de Kadhafi que de ses anciens alliés

et parmi eux il y en a un qui fait le tour de la presse internationale... celui que l'International Herald tribune n'hésite pas à appeler le danseur arabe... Sylvio Berlusconi... tellement proche de Kadhafi qu'il s'en est inspiré pour organiser ses parties fines... ses fameux « bunga bunga » qui lui valent aujourd'hui un nouveau procès et une perte totale de légitimité auprès de ses concitoyens

il y a quelque chose de misérable dans la réponse européenne face au printemps du monde arabe... écrit le quotidien américain... presque aussi misérable et pathétique que les liens de Berlusconi avec Kadhafi... le bébé de Nicolas Sarkozy qui pensait pouvoir faire naitre une union de la méditerranée dont serait complètement absents les termes et les principes de « démocratie » et de « liberté »

Pas étonnant que le prix Nobel turc de littérature Oran Pamuk aie écrit l'année dernière... les rêves délavés de l'Europe... la réponse européenne face aux révolutions du monde arabe est abjecte... elle en dit long sur sa connivence sa fascination vis à vis des dictateurs arabes

et ce matin encore il est vrai que la presse européenne fait les comptes de ses douteuses compromissions avec les dictateurs

la Repubblica en Italie n'hésite pas: ce printemps des peuples du monde arabe met en relief non seulement nos préjugés coupables sur le monde arabe ce fameux concept inepte de « conflit de civilisation » qui a prévalu dans les relations diplomatique durant ces dix dernières années mais aussi cette vision du pouvoir autocrates fut il corrompu... indispensable d'après l'occident pour éviter les divisions tribales en Afrique... et c'est ainsi que Berlusconi a pu devenir un véritable sponsor de dictateurs... mais aujourd'hui dans cette région qui s'étend de l'Algérie à l'Iran et qui représente 36% de la production mondiale de pétrole, les cartes ont changé termine la Repubblica

Cessons d'être subjugués pas des Kadhafi titre le Guardian

Il faut parler d'une voix forte et unie contre le régime libyen et contre celui du Bahreïn tente le Telegraaf aux Pays Bas

alors que le Temps en Suisse fait une piqûre de mémoire: "Souvenons-nous, c’était il y a à peine dix-huit mois. Le colonel Kadhafi, autoproclamé «roi des rois traditionnels d’Afrique», continent dont il est le doyen des chefs d’Etat, célébrait le 40e anniversaire de «sa» révolution au pinacle de sa forme: en interne, convaincu de sa toute-puissance éternelle sur son peuple, et gonflé, six ans après son retour en grâce sur la scène internationale, par la zizanie politique qu’il avait réussi à semer aussi bien en France, en Grande-Bretagne, qu’en Italie et en Suisse. Dans un faste inouï, le guide fantasque de la Grande Jamahiriya accueillait sur la base militaire de Maâtiga, proche de Tripoli, des dizaines de chefs d’Etat africains, dont le Yéménite Saleh ou le Tunisien Ben Ali. Quelques Européens aussi étaient de la fête, l’ami Berlusconi bien sûr, un ministre espagnol, et un français, qui assurait quelques jours plus tard à la presse que l’évolution du régime Kadhafi était «plutôt positive, de plus en plus positive».

alors la Pravda en Slovaquie se lamente... le drame libyen est l'échec patent de la politique extérieure de l'Europe dans le monde arabe... les gens ont commencé à se soucier des droits de l'hommes en Egypte à partir du soulèvement populaire, et pourtant depuis longtemps les forces arabes démocratiques avaient besoin d'une signe fort du modèle européen... mais la politique étrangère n'a pas fonctionner et ne fonctionne pas; car elle ne s'est pas fixé d'objectifs stratégiques clairs. tant que nous ne nous intéresserons à l'Afrique du nord que sporadiquement pour le pétrole, les immigrés ou le confort des touristes, nous n'y occuperons pas de position à long terme... et el quotidien slovaque termine: qui en Afrique du Nord miserait aujourd'hui sur l'Europe?

Remarque qui miserait aujourd'hui sur les Etats Unis?

la question, elle aussi, revient partout et elle est notamment posée par le blogg de CNN aux Etats Unis ce matin... que doivent faire les Etats Unis? Lorsque nous sommes intervenus en Irak, pour renverser la dictature de Saddam Hussein et de ses fils, nous avons été traités d'impérialistes... aujourd'hui nous ne devons pas faire la même erreur en Libye. C’est pourquoi je souhaite ardemment la réussite de la révolution libyenne contre le dictateur, mais il est hors de question de voir Obama intervenir

L'intervention... la question est posée dans les colonnes d'el Pais espagnole...

Question est difficile explique l'article et c'est pour Barak Obama un exercice d'équilibriste. D'un côté il ne veut pas aller dans le sens des propos de Khadafi qui condamnent les protestations sous couvert de manipulation depuis l'étranger... mais de l'autre, il ne peut pas non plus ne pas soutenir la révolte des démocrates libyens... alors il tente comme il peut, d'éviter le bain de sang en Lybie qui le forcerait à l'interventionnisme...

mais le bain de sang a déjà commencé rajoute la terra au Pérou qui fait le point sur le vrai pouvoir de Kadhafi ... ses millions de dollars mais aussi ces 100 mille hommes à sa solde… et surtout son atout majeur: le manque d'opposition unie, la lourde division du territoire qui risque de faire basculer le pays dans le tribalisme...

alors tout le monde a peur... les compagnies pétrolières d'abord ...écrit le site d'al Jazeera

les chefs d'états étrangers qui ont collaboré avec le dictateurs, mais aussi tous les autres dictateurs d'Afrique... considère le magazine jeune Afrique qui comme le Mail and Guardian et le site de la BBC se plait à poser cette question

Allons-nous assister à un renversement de tous les pouvoirs autocratiques dans toute l'Afrique?

Non ! l'Afrique subsaharienne n'en est pas encore là ! répond Jeune Afrique... reste que les successions de père en fils et les constitutions prêt à porter risquent de devenir partout de moins en moins supportables... c'est déjà ça de gagner!

et l'on peut espérer aussi de voir notre diplomatie changer! termine l'Independent en Grande Bretagne

car nous avons trop tendance à croire que lorsqu'un homme porte un costume trois pièces et a été éduqué par des missionnaires britanniques comme c'est le cas de Mugabe... ce ne peut être qu'un homme fiable, digne de notre confiance et de notre amitié... mais c'est évidemment un préjugé pour Mugabe comme pour Kadhafi, les pétrodollars ne garantissent pas la démocratie pas plus que le costume, la respectabilité...

Pour construire une amitié sincère il faut effectivement beaucoup plus que des signes extérieurs.

Bonne journée

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