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Madagascar attend toujours sa Présidentielle

5 min

Par Mathieu Auger

L’élection présidentielle devait avoir lieu jeudi dernier.Élection qui se fait attendre depuis 4 ans maintenant à Madagascar, pays plongé dans une crise sans fin.

"Les jours à venir auraient dû nous apprendre le nom du futur président, les malgaches auraient dû commencer à fêter l'évènement au lieu de ça: Rien à l'horizon " regrette Zo Rakotoseheno dans le quotidien Midi Madagascar .

4 ans.

4 ans que le pays vit au rythme d'une transition qui n'en finie pas.

Le Soleil de Dakar a sorti les archives et fait ses calculs.

"C'est l'une des plus longues crises politiques de ces 20 dernières années en Afrique "

"Une crise entretenue " poursuit le quotidien sénégalais "par les egos des principaux protagonistes ".

D'un coté, l'ancien président Marc Ravalomanana en exil forcé en Afrique du sud, depuis sa chute en 2009 à la faveur d'un mouvement populaire. Populaire et militaire.

Et puis de l'autre côté, le leader de la transition, le tombeur, Andry Rajoelina., ancien maire de la capitale, ancien disc jokey "qui depuis 4 ans tente d'imposer sa musique aux malgaches avec l'armée comme parapluie " note Dieudonné Zougrana dans l'Observateur du Burkina Faso...

"La Boulimie de pouvoir de ces deux là a pris le pays en otage " poursuit le quotidien de Ouagadougou.

Otage d'une transition qui s'éternise et d'une élection devenue "serpent de mer ".

Deux fois déjà que la date de la présidentielle est repoussée sous la pression d'une communauté internationale qui a enfiler le costume de médiateur, rêvant d'un scrutin apaisé dans un pays, lui, profondément divisé.

En juin, cette médiation "lassée de se faire tourner en bourrique par le petit Tana " a rejeté la validation par la cour électorale speciale des candidatures controversées "du trio infernal " comme l'appelle la Nouvelle Tribune du Benin.

Ce trio qui "a fait du pays une caverne de misères " selon Georges Rabevitra de Madagascar Tribune.

Ces trois-là tiennent le pays depuis plus de 30 ans.

L'amiral d'abord, comme l'appelle les malgaches, Didier Ratisraka, 76 ans, plus de 20 ans à la tête du pays jusqu'en 2001...

Et puis il y a "la torpille Ravalomanana " comme l'appelle Jeune Afrique :

Lalao Ravalomanana l'épouse du président déchu, obligé, lui, de se tenir à distance de son île en raison d'une condamnation par contumace dans son pays.

Et le 3ieme laron est "le jeune poupon" comme l'appelle Midi Madagascar; Andry Rajoelina qui depuis 4 ans, ne fait que reproduire le « schema presidarchique ", le schema Presidarchique des années Ravalomanana.. note le Soleil du Sénégal.

Dernier episode en date, l'arrestation et l'emprisonnement en fin de semaine de l'un des candidats à la presidentielle.

Laza Razafiarison a eu le malheur de descendre dans la rue pour demander la tenue effective du scrutin jeudi dernier. C'est aujourd'hui dans une cellule de la prison d'Antananarivo qu'il dort.

Ce qui suscite l'indignation de Madagascar Tribune .

"Rajoelina a le droit d'arriver au pouvoir par la force, d'y rester par la ruse et il faudrait en plus lui demander l'autorisation pour aller demander des élections " s'insurge le quotidien.

Et le journal de reprendre la formule d'un politique bien connu par ici:

"Mais cassez vous pauvre con "

Meme La gazette de la Grande île , pourtant relais de la contestation en 2009, dénonce l'attitude provocatrice d'une « transition à l'agonie, avec ses conseils des ministres insipides, ses coups de théâtre » .

Mais le quotidien en veut aussi à la communauté internationale et « ses résolutions bidon.qui n'intéressent personne » , pas même les principaux protagonistes.

Protagonistes dont on se demande s’ils retireront leur candidature avant mercredi comme le demande la communauté internationale pour valider le processus électoral.

La Gazette de la Grande île n'y croit pas:

"Il n'y a que les timbrés qui n'ont pas compris que les carottes étaient cuite...et que le président ne serait pas connu avant 2014 "...

Et en attendant, c'est un pays tout entier qui plonge en silence.

"La crise invisible" , c'est ainsi que l'appelle le site internet d'information Voice of America ...

Une crise qui ne passionne guère le reste du monde.

D'ailleurs, même les 17 millions de malgaches ont arrêté de s'y intéresser.

"La politique est devenu un sujet ringard " selon Franck Raharison de La Gazette...

"Evoquer à table les états d'âme de Rajoelina ou Ravalomanana fait fuir même les moustiques ".

Pour la population, "les élections sont bien moins importantes que la réconciliation " souligne Midi Madagascar . Le problème, c'est que la mauvaise foi politique et les calculs des uns et des autres font payer un lourd tribu au pays.

Et là, quand il s'agit d'égrainer la longue liste des indicateurs de la misère quotidienne, les journaux étrangers sont un peu plus locaces.

"Les dommage collateraux " selon Fraternité Matin ...

Le quotidien ivorien qui évoque l'effondrement des investissement étrangers, quand le site internet L'Info de la Reunion parle, lui, "des caisses qui sonne creux...de la trésorerie malgache qui pourrait rapidement ne plus etre en mesure de payer les fonctionnaires ".

Le site réunionnais revient également sur les 4 millions de pauvre qui font de Madagascar aujourd'hui le pays le plus pauvre de la planète selon la Banque Mondiale...

A cela s’ajoute l'explosion de la prostitution de survie chez les plus jeunes évoquée par Le Figaro.

Bref, la crise d'une île à la dérive.

Une ile oubliée.

"L'ile oubliée", c'était d'ailleurs le titre d'un papier du journal Le Temps , il y a quelques semaines.

A l'époque, le quotidien suisse voulait parler des trésors de l'ile de l'Ocean Indien.

Ses 9 espèces de baobabs, ses lémuriens, cette faune et cette flore méconnues du reste du monde.

A croire qu'à Madagascar, on cultive aussi l'endémisme… politique.

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