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Marina Silva a échoué au Brésil

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Elles sont loin les manifestations de juin, commente le journal argentin La Nación. Celles de 2013 dont les mots d'ordre étaient moins de corruption, moins d'inflation, de meilleurs services publics et celles de 2014 contre le coût du Mondial de football et plus généralement contre le système. Les Brésiliens ont voté massivement pour la chef de l'Etat qu'ils n'ont pas arrêtée de critiquer pendant un an et pour le candidat de l'establishment économique, écrit encore le quotidien de Buenos Aires. Dilma Rousseff et Aécio Neves sont deux représentants de la politique traditionnelle issus des partis aux structures les plus huilées du Brésil.

Oubliées alors toutes ces revendications ? Finis l'esprit de révolte et les aspirations aux changements ? s'interroge La Nación . Non, pas du tout. D'après plusieurs enquêtes d'opinion, le désir d'un Etat plus transparent et plus efficace reste présent au sein de la société brésilienne, développe le journal argentin. Mais pour les Brésiliens, ce qui compte le plus aujourd'hui, ce sont les questions économiques : la situation du pays mais surtout leur situation à eux.

Le Brésil d'aujourd'hui n'est plus le pays en plein essor qui faisait des jaloux que Lula a laissé à Dilma, en 2011, analyse La Nación . Après quatre ans de stagnation, le Brésil est entré en récession cette année, détaille le Wall Street Journal. Et de compléter la liste des maux brésiliens : inflation en hausse, affaiblissement du real, ralentissement du boom des matières premières, multiplication des scandales au sein de la compagnie pétrolière Petrobras. La conjoncture au Brésil "est en train de faire un virage à 180 degrés ", résume le quotidien américain.

Dilma Rousseff a su faire campagne sur les deux réussites de son gouvernement, explique La Nación : les plans sociaux et un chômage bas (à peine 5%). 40 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté ces dernières années. La majorité d'entre eux a même rejoint la classe moyenne. La récession, l'inflation et la corruption inquiètent ces gens-là, analyse le quotidien argentin. Mais pour l'instant, ils ont toujours un travail qui leur permet de conserver le niveau de vie qu'ils ont eu tant de mal à atteindre. Ils veulent que cela reste ainsi.

Quant aux partisans du changement, ils veulent que le Brésil renoue avec la croissance. Et sur ce point, Aécio Neves a été bien plus convainquant que Marina Silva qui a raté sa campagne. On la donnait gagnante. Elle finit troisième. Marina Silva est la grande perdante de ce scrutin, pour El Pais.

Alors comment expliquer cet échec surprenant ? Elle n'a pas réussi à capitaliser sur la vague de sympathie provoquée par la mort du candidat socialiste Eduardo Campos mi-août, dans un accident d'avion. Avion à bord duquel celle qui n'était à l'époque que sa numéro 2 aurait dû monter. Dans un pays officiellement laïc mais très religieux dans le fond, raconte El Pais , beaucoup de gens ont cru à une sorte de prédestination. Marina Silva a alors grimpé en flèche dans les sondages. Et elle est devenue l'ennemie numéro 1 des deux autres candidats.

La machine des deux grands partis s'est alors mise en route. Exemple rapporté par le correspondant du Guardian à Rio : à la fin de la campagne, on trouvait sous les essuie-glaces des voitures garées aux abords des bureaux de vote du centre-ville, au moins deux tracts de Neves et des militants en distribuaient en plus aux piétons.

Dilma et Aécio Neves ont également tiré profit de leur temps d'antenne dans les médias supérieur au sein et des moyens financiers de leurs partis pour l’attaquer Marina Silva, analyse le Guardian . Ils l'ont mise face à ses contradictions. Ils ont aussi mis en avant leur plus grande expérience en ce qui concerne la gestion de l'économie. Ainsi ce spot de Dilma Rousseff que décrit El Pais : une famille qui tout d'un coup, voit son repas disparaître à cause du pouvoir de banquiers invisibles. En clair, si Marina Silva, réputée proche des milieux financiers, arrive au pouvoir, les progrès sociaux sont menacés.

Face à toutes ces attaques, Marina Silva n'a pas su réagir, analyse le Wall Street Journal. Elle a même déçu. Témoignages à lire dans le Guardian . "Je comptais voter pour Marina Silva mais elle a été très mauvaise lors des débats ", raconte une Carioca. Une autre dit : "Marina Silva n'est pas fiable. "

Retour donc au vieux système politique bipolaire, commente un militant dans les colonnes du Guardian . Ce sera le quatrième duel au second tour de la présidentielle entre le Parti des Travailleurs et le Partis social-démocrate brésilien, souligne le quotidien brésilien O'Globo.

Reste à savoir ce que vont faire les électeurs de Marina Silva. Selon Folho de Sao Paulo, elle aurait apporté son soutien à Aécio Neves.

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