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Menace de famine au Soudan du sud

5 min

Par Marine de La Moissonnière

"L'atmosphère est fébrile " au Soudan du sud, raconte le Guardian. La saison des pluies est sur le point de s'achever. Et avec le retour du soleil, ce sera aussi sans doute la reprise des combats, ce qui fait craindre aux ONG sur le terrain que le pays ne sombre dans la famine. Le directeur d'Oxfam pousse un cri d’alarme dans les colonnes du Huffington Post. "On va passer de la crise à la catastrophe ", écrit Max Goldring. Il y a déjà 1,5 million de personnes qui souffrent de la faim et un million de plus pourrait être touché début 2015, explique pour sa part la BBC. Ce sera alors le commencement de la famine. Une situation dont les hommes sont les responsables, accuse Max Goldring, car contrairement aux désastres précédents, au Soudan du Sud, il n'y a pas de sécheresse et les humanitaires se sont mobilisés très vite et en masse. Même si les pluies rendent l'acheminement de l'aide plus dur en ce moment, elle arrive sur place. Les efforts des nombreuses ONG et la plus grande opération humanitaire jamais menée dans un seul pays par les Nations unies ont pour l’instant permis d'éviter la famine, confirme le Guardian .

Mais sur place, la situation est terrible, surtout pour les 2 millions de déplacés qui ont fui les combats. Pour un reportage publié par le quotidien britannique et traduit par Courrier International, le journaliste Andrew Green a notamment rencontré Kwene. Elle a quitté précipitamment la ville de Bor et s'est réfugiée dans un petit village. Là, elle est à l'abri des violences mais pas de la faim. Elle n'a pas de terre à cultiver. Alors elle nourrit ses 6 enfants avec des feuilles d'arbre bouillies.

Les récoltes, les marchés, les routes commerciales... C'est tout le système d'approvisionnement du pays qui a été endommagé, brisé par une guerre qui dure depuis neuf mois maintenant. Un enfant sur trois ne mange pas à sa faim, indique le Guardian dans un autre article. Certains ne sont plus en état d'aller à l'école. Ils sont aussi plus vulnérables au paludisme.

Autre conséquence : une forte hausse du nombre de mariages de toutes jeunes filles. Des enfants de 13 ans sont mariées. Leurs parents peuvent ainsi empocher la dot, souvent des bovins.

Alors pourquoi le pays s'enfonce-t-il comme cela ? C'est parce que les ONG ne peuvent pas tout, martèle Max Goldring dans le Huffington Post . "L'aide humanitaire donne des résultats ici. Pas la diplomatie ", résume le Guardian . Les négociations de paix ont encore échoué dimanche 5 octobre, souligne The Sudan Tribune. Elles ne reprendront que le 16 octobre, le temps pour chacune des parties de se concerter car, à en croire l'Autorité intergouvernementale pour le développement, l'organisation est-africaine qui assure la médiation, les discussions portent désormais sur des points cruciaux.

Le Guardian , lui, n'y croit pas trop. "Les pourparlers de paix, menés de mauvaise grâce par les parties belligérantes, sont au point mort , écrit le journal britannique. Les engagements pris sonnent en creux et la communauté internationale n'a pas réussi à faire pression sur les deux parties , précise le Guardian. L'intransigeance de deux hommes - le président Salva Kiir et le chef des rebelles Riek Machar - qui se battent pour le pouvoir, précipite le pays vers l'abîme. "

Salva Kiir a beau s'en défendre, notamment lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le mois dernier, la guerre a dégénéré en conflit ethnique, explique le journal britannique. Il y a d’un côté, les Dinkas, tribu dont est issu le Président, et de l'autre, les Nuers qui soutiennent Riek Machar.

Koang Rambang, l'un des responsables d'Akobo, ville tombée aux mains des rebelles, redoute même un génocide. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a rejoint le camp de Riek Machar. En tant que Nuer, sa vie est menacée, explique-t-il.

Là où les Dinkas sont majoritaires, poursuit le Guardian, on entend les mêmes critiques à l'égard des rebelles, les mêmes histoires de violences, les mêmes craintes.

Les raisons de la guerre sont également à chercher au niveau économique. Comme l'explique un rapport de l'organisation Enough Project - cité par le Guardian - "les élites du pays qui contrôlent les structures étatiques, sacrifient leur propre peuple pour protéger leurs avantages politiques et économiques y compris une corruption massive. " Et de poursuivre : "les leaders politiques et militaires des deux camps ont des maisons somptueuses au Kenya, en Ouganda, en Ethiopie, en Afrique du sud et en Australie. Leurs familles vivent dans des ces pays voisins et leurs enfants fréquentent les meilleures écoles alors que le système éducatif au Soudan du sud est détruit. "

C'est pourquoi l'association recommande de prendre des sanctions financières à l'encontre de ceux qui bloquent le processus de paix : saisir leurs maisons, leurs comptes en banque et leurs entreprises.

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