LE DIRECT

Mer de Chine méridionale ou Mare Nostrum chinoise ?

5 min

Par Eric Biegala "Les 10 pays de l'ASEAN sont finalement parvenus à produire un communiqué commun et sont sur la même longueur d'onde quant aux problèmes de la Mer de Chine méridionale" trompetaient hier journaux et télévisionss du groupe ElevenMyanmar , le principal groupe de presse de Birmanie. Certes le sommet de l'ASEAN (l'Association des Nations du Sud-Est Asiatiaque) qui se réunissait ces derniers jours dans la capitale birmane s'est effecivement conclu sur un communiqué commun... un communiqué où il est effectivement fait référence aux différents qui existent entre Pékin et la quasi totalité des autres Etats riverains de la mer de Chine méridionale... mais ça n'a pas été beaucoup plus loin ! Et surtout, le communiqué a consciencieusement évité de montrer la Chine du doigt et même de la nommer... ce matin dans le South China Morning Post de Hong-Kong, l'expert Zhang Jie estime même qu'il s'agit là "d'une vraie petite victoire pour la diplomatie chinoise". Le Sommet de l'ASEAN aurait du être l'occasion de faire front, face aux ambitions de Pékin en Mer de Chine. Des ambitions qui ne sont pas minces puisque la Chine revendique une souveraineté sur la quasi totalité (90%) de la Mer de Chine méridionale, là où se croisent certaines des principales routes du transit maritime mondial - près de la moitiée de ce traffic en tonnage - là où les eaux sont très poissoneuses et les fonds potentiellement riches en hydrocarbures... On précisera que la revendication territoriale de Pékin s'étend tout de même à plus de 1500 km des côtes de la Chine continentale ! Régulièrement on frole donc la crise armée. En mai dernier c'est une plate-forme de forage off-shore chinoise qui a bien failli mettre le feu aux poudres, avec le Vietnam en l'occurence, pour qui la plateforme se trouvait dans sa zone economique exclusive. Un bateau vietnamien avait été coulé et de violentes manifestations anti-chinoises s'en étaient suivies au Vietnam. Le calme n'est revenu qu'en juillet après le démentèlement de la plate forme.Plus récemment - la semaine dernière en l'occurence - Pékin à annoncé la construction de cinq phares ou balises sur des îlots déserts, ceci bien sûr pour "garantir la sécurité du trafic marchand" explique sur son site web le porte-parole de la diplomatie chinoise. Inutile de le préciser mais les cinq îlots sont revendiqués à la fois par la Chine, par Taïwan et par le Vietnam... Il y a quelques mois c'était dans les eaux territoriales des Philipines que les chinois construisaient ce qui ressemble manifestement à une piste d'atterrissage, remblayant le lagon d'un récif... Un ilot par ci, un récif par là... ailleurs c'est un haut-fond sur lequel on vient systématiquement pêcher ou forer... la tactique des Chinois "c'est la tactique du Salami" , explique le Financial Times de Londres dans une longue enquête en mer de Chine ; on saucissone les sujets de crise et on les règle indépendamment... ou on ne les règle pas, d'ailleurs !La diplomatie américaine, citée par le FT se souvient d'ailleurs parfaitement du face-à -ace autour du Haut-fond de Scarborough en 2010, à 120 miles des cotes des Philippines. les marines chinoise et philippine y étaient à deux doigt d'engager les hostilités... les Américains étaient intervenus ; avaient négocié un retrait conjoint des deux flotilles... Les Philippins s'étaient effectivement retirés, mais pas les Chinois... Au sommet de l'ASEAN, la diplomatie des Philippines avait préparé un plan de résolution en trois moments, raconte le Philipine Daily Inquirer de Manille un plan qui demandait "le gel de toute activité en mer de Chine Méridionale, notamment des travaux de remblai et de construction , la mise en oeuvre du "code de conduite" entre les pays riverains (promis depuis dix ans) et enfin le recours à l'arbitrage international" quant aux litiges territoriaux. Un plan activement soutenu par les Etats-Unis et en particulier le chef de la diplomatie américaine John Kerry qui s'était déplacé au sommet de l'ASEAN pour l'occasion. Son homologue Chinois Wang Yi l'a rejeté en bloc arguant qu'un tel plan "portait préjudice aux intérêts communs de la Chine et de ses voisins du sud-Est asiatique" ... Dans un commentaire au vitriol, l'agence Chine Nouvelle rappelle en substance que Washington ferait mieux de se mêler de ce qui la regarde et qu'à chaque fois que les Etats-Unis se sont mêlés des affaires des autres, "ils n'ont semé que le chaos : en Irak, en Syrie ou en Lybie". Chine Nouvelle explique encore qu'en demandant ce gel de toute activité en Mer de Chine "Washington entraine des pays comme les Philippines ou le Vietnam a choisir un ligne d'intransigeance et l'on se demande ce qui pousse les Etats-Unis, poursuit l'éditorial à rendre encore plus difficile la poursuite de solutions à l'amiable avec chacun de ces pays" . Pékin préfère clairement mener des discussions billatérales sur chacun des problèmes, avec chacun des Etats riverains plutôt qu'une approche globale. Bref : la tactique du salami, une fois de plus... Et une pierre dans le petit jardin du "pivot" asiatique qu'aimerait bien mettre en oeuvre l'administration Obama.Et puis... il faut bien voir que la Chine n'est pas la seule à faire assaut d'irrédentisme dans la région prévient le chercheur David Lampton dans le South China Morning Post. l'Asie, ecrit-il, est "une région ou le niveau de confiance entre les pays est particulièrement bas ; une région ou les sociétésd sont multiples, variées et où beaucoup de politiciens cherchent à obtenir un soutien populaire en en appelant aux aspirations nationalistes ; c'est vrai du leader japonais Shinzo Abe, comme des dirigeants chinois et des autres dans la région. Certes, il est vrai que le nationalisme revendicatif des chinois est un problème mais le vrai défi c'est que dans la région les nationalismes croisés des uns et des autres entrainent tout le monde a devenir revendicatif ; Washington devrait faire bien attention de ne pas systématiquement s'opposer au seul nationalisme revendicatif chinois, parce que ce faisant il nourrit le nationalisme revendicatif des autres" , conclu-t-il.Dans un entretien publié ce matin dans le quotidien japonais Asahi Shimbun , le président élu indonésien Joko Widodo se dit prêt à offrir ses bons offices pour faire baisser la tension en mer de Chine méridionale et à "jouer les intermédiaires" , entre la Chine et les Etats riverains. Il est vrai que malgré les 13 466 iles qui composent son archipel, l'Indonésie est pratiquement le seul pays de la région à ne pas avoir de différent territorial avec Pékin... Du moins pas encore.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......