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Merkel III en ordre de marche

4 min

Hier, le rideau s'est enfin levé pour la grande coalition, écrit la BERLINER ZEITUNG, de sorte qu'aujourd'hui 17 décembre Angela Merkel va pouvoir prêter serment pour la troisième fois en tant que chancelière.

Mais plus que tout, c’est évidemment le casting de ce nouveau gouvernement qui intéresse tout particulièrement la presse. Et de remarquer, tout d'abord, qu'Angela Merkel a dû céder pas moins de six ministères au SPD : une pilule sans doute difficile à avaler après sa victoire électorale quasi-absolue, remarque DIE TAGESZEITUNG. Et de fait, c'est vrai que les sociaux-démocrates laminés aux élections, avec l'un des pires scores de leur histoire, ont réussi à monnayer chèrement leur participation puisque trois poids lourds notamment du SPD occupent un poste particulièrement important, le nouveau super ministère de l'Economie, celui du Travail et enfin les Affaires étrangères.

Mais la plus grande surprise, en réalité, est à trouver plutôt à droite, car Merkel ne serait pas Merkel si elle ne s’était pas armée pour son troisième mandat, précise de son côté la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. C'est ainsi notamment que l’ancienne ministre du Travail, Ursula Von Der Leyen, devient la première femme en Allemagne à prendre la tête du ministère de la Défense. Celle qui avait tenté d'être la première présidente fédérale confirme ainsi ses ambitions. Mais pour que celle-ci ne s'emballe pas, Angela Merkel, en bonne stratège, lui a mis un concurrent direct sur son chemin : le nouveau ministre de l'Intérieur, lui aussi potentiel successeur de la chancelière. Et puis gage de stabilité, le doyen du gouvernement conserve les Finances. Une décision fortement approuvée d’ailleurs par le journal qui écrit,une nouvelle fois, Merkel a adoubé son premier chevalier prêt à sortir son épée à tout moment, au cas où le généreux SPD essaye d’affirmer sa réputation de bienfaiteur de la Nation et puise un peu trop dans les caisses du Trésor.

Car évidemment, des élections à la formation de ce gouvernement, toute la question est de savoir comment chaque camp va pouvoir désormais jouer sa partie. Quand le journal suisse CORRIERE DEL TICINO se félicite de ce que la politique européenne de Berlin ne changera pas avec le nouveau gouvernement, à l'inverse, son confrère madrilène EL PAIS juge que la période de stricte austérité illimitée est révolue et qu'une ère de sobriété plus équilibrée et plus adaptée commence. De quoi inquiéter même l'hebdomadaire libéral britannique THE ECONOMIST qui ne trouve dans cet accord de coalition que des mesures absurdes et nocives. Et de préciser, l'adoption d'un nouveau salaire minimum comme la politique des retraites de cette coalition sont tout simplement régressives.

Et de fait, force est de constater qu'en dépit des déclarations du camp conservateur, cette coalition marque un virage à gauche, par rapport au gouvernement sortant, précise de son côté LE TEMPS de Genève. Face à une CDU puissante, dit-il, le SPD affaibli a réussit à faire payer au prix fort l’obsession allemande de stabilité politique. Le salaire minimum, notamment, est une concession majeure de la droite conservatrice, c’est même, écrit le journal, une révolution au pays de la liberté tarifaire exercée par les partenaires sociaux. Ainsi dans une Allemagne qui ces dix dernières années a déréglementé son marché du travail, réduit les prestations de chômage et durci l’accès à la retraite, on assisterait à un retour de balancier social. Un pays nanti qui redistribue en somme un peu de sa richesse à sa population laquelle va pouvoir à présent souffler après avoir accepté des sacrifices.

Dès-lors, comment se sent-on dans un pays où le rôle des politiques ne se borne pas à adopter des mesures d'austérité, ironise un chroniqueur du quotidien néerlandais DE VOLKSKRANT ? Et d'ajouter, la grande coalition est symptomatique d'une Allemagne superbement ennuyeuse : les voitures qui ne tombent jamais en panne, la cuisine traditionnelle, les tubes populaires, la bière. Les Allemands, dit-il, ont probablement eu tant d'émotions dans la première moitié du siècle dernier que depuis, ils privilégient l'ennui et la décence. Un besoin de calme tel que le nouveau gouvernement veut introduire un salaire minimum, augmenter les retraites, empêcher les hausses d'impôts et accroître la part des énergies vertes.

Le TEMPS de Genève se montre lui beaucoup moins ironique et estime que ce contrat forcé, sans rupture mais avec quelques infléchissements, mérite d’être salué pour ce qu’il est : un compromis constructif, entre gens responsables, qui donne les moyens de conduire l’Allemagne ces trois prochaines années en ménageant son dynamisme. Par contre, on pressent que cette feuille de route deviendrait obsolète si la mer devait se démonter rapidement et si les écueils que l’on devine au loin devaient se rapprocher brutalement. C’est évidemment la limite de l’exercice.

Toujours est-il qu'après une année politique allemande, marquée par d’intenses tractations pour parvenir à un accord sur un programme de gouvernement commun, la très sérieuse Société pour la langue allemande a dévoilé vendredi dernier son mot de l’année 2013 : #GroKo, Ce n’est pas une star ni une émission de télévision à succès. Non, ce hashtag issu des réseaux sociaux abrège « Grosse Koalition », la grande. Alors la Société pour la langue allemande précise que le mot de l’année n’est pas choisi sur la base du nombre d’utilisations, mais parce qu’il est représentatif de l’année écoulée et parce qu’il est important pour la société allemande.

Gageons désormais que le mot de l’année 2013 restera populaire et accompagnera le gouvernement de coalition jusqu’aux prochaines élections fédérales, dans quatre ans.

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