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Moineau contre rapaces

5 min

Sale temps pour les oiseaux ... C'est vrai personne ne semble y prêter attention ... mais ... imaginez vous un seul instant recouvert en cette saison d'un simple plumage ... aussi doux et coloré soit-il ... et vous aurez une idée de ce qu'endure un moineau en plein hiver ... La chute des températures lui impose de se procurer davantage de nourriture pour se réchauffer ... Or en cette saison ... non seulement la nourriture se fait plus rare à l'extérieur ... sans compter qu'avec des jours raccourcis et bien le temps disponible devient là aussi de plus en plus compté pour assurer sa subsistance ... Alors si je vous parle de cet article .... par ailleurs extrêmement sérieux à lire sur le site de l'une des 2 principales agences de presse grecque ... ATHENS NEWS ... et bien ... c'est parce qu'il me semble une parfaite métaphore ce matin du combat que doit aujourd'hui livrer un pays tout entier pour assurer sa survie. Depuis jeudi dernier on le sait ... la Grèce ne recevra pas d'aide financière de la part de ses voisins européens ... Voilà pour la nourriture qui se raréfie ... Quant au temps disponible de plus en plus compté pour assurer sa survie ... là encore ... Bruxelles à trancher hier ... les ministres des Finances de la zone euro ont donné 30 jours à la Grèce ... pas plus pas moins ... pour convaincre de sa détermination à mettre pleinement en oeuvre son plan d'austérité ... En clair ... et en dépit de ses réticences intiales écrit ce matin le quotidien de Madrid EL PAIS ... le gouvernement d'Athènes a donc été forcé de s'engager devant ses pairs à proposer avant le 16 mars ... de nouvelles mesures budgétaires si la réalisation de ses objectifs de réduction des déficits s'avérait d'ici là insuffisante ... Alors bien sûr ... les pays de la zone euro ont tout de même promis d'aider ... in fine la Grèce si elle ne parvenait toujours pas à rembourser ses dettes ... en dépit des coupes imposées dans ses dépenses ... Sauf ... sauf que pour l'heure .... les dirigeants européens n'ont pas voulu donner de détails sur la façon dont ils pourraient effectivement intervenir pour sauver la Grèce le cas échéant. Or ... sans une aide financière ... et bien les créances d'Athènes seront sans doute impossibles à rembourser précise aussitôt la TAGESZEITUNG ... D'où cette question ... pourquoi l'Europe reste-t-elle à ce point divisée sur les modalités d'un plan d'aide à la Grèce ... Même s'il s'agit certes d'une économie nationale de taille relativement petite ... qui peut en effet prévoir quelles conséquences aurait une véritable faillite de l'Etat pour la zone euro et les marchés financiers ? ... Réponse son confrère DIE WELT ... toujours en Allemagne ... ... Tout cela pose en réalité un problème moral ... Et oui ... car les Grecs n'ont pas seulement géré leurs finances de façon irresponsable ... ils ont aussi falsifié leurs bilans pendant des années ... et ont ainsi définitivement ruiné la confiance qu'on plaçait en eux ... Autrement-dit ... récompenser un tel comportement serait fatal pour l'Union Européenne et pour l'euro. Seulement voilà ... reste toutefois à savoir si la Grèce est effectivement la seule responsable dans cette affaire ? Certainement pas ... semble alors répondre le quotidien hongrois MAGYAR NEMZET ... Il existe aujourd'hui à Bruxelles quantité de conseillers ... de statisticiens et autres spécialistes de l'économie ... Mais alors ... qu'est-ce à dire ... Ces même experts ne sont-ils à Bruxelles que pour donner leur bénédiction à toutes les données économiques possibles qui leur sont présentées interroge le journaliste ? ... Si la Grèce a pu ainsi mener en bateau les responsables de l'Union Européenne ... ne devons-nous pas aussi chercher à Bruxelles les responsables de la situation grecque actuelle ? ... Et l'article de conclure ... tant que ceux-ci ne seront pas mis devant leurs responsabilités pour les mauvaises décisions et les manquements commis ... l'Union Européenne restera suspecte aux yeux des citoyens européens. Sans compter qu'en terme de responsabilité ... et si l'on en croit cette fois-ci le quotidien américain NEW YORK TIMES ... ce sont les banques de Wall Street ... à l'instar de Goldman Sachs ... qui auraient permis à la Grèce de s'endetter en cachette bien au-delà des limites fixées par Bruxelles ... Et cela ... grâce à des montages financiers complexes ... qui ressemblent curieusement aux subprimes responsables de la pire crise mondiale des quatre-vingts dernières années. La dissimulation s'est produite peu après l'entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001 ... explique ce matin LA TRIBUNE DE GENEVE ... En adoptant cette monnaie ... Athènes s'était engagé à ne pas dépasser 3% de déficit budgétaire ... Une règle que les autorités ont donc réussi à contourner grâce à l'offre de Goldman Sachs ... : pour obtenir tout de suite des milliards de dollars ... il leur suffisait de renoncer à l'avenir à des taxes d'aéroport ... à des recettes du loto ... Cela s'appelle un «échange de devises» ... Techniquement, ce n'est pas un emprunt ... Il n'y a pas d'intérêts à inscrire au budget. De l'argent est à mis disposition immédiatement ... de l'argent qui bien entendu fera défaut plus tard ... On repousse le problème. C'est de la mauvaise gestion d'Etat ... mais c'est tentant pour des politiciens obsédés par leur cote de popularité ... D'autant qu'à l'époque poursuit l'article ... ces «contrats dérivés» n'étaient pas interdits...C'est donc en toute légalité que Goldman Sachs a empoché une commission de 300 millions de dollars pour avoir monté l'opération ... Mais l'histoire ne s'arrête pas là ... En novembre dernier ... le président de la banque s'est rendu en personne à Athènes pour proposer de refaire le coup ... Un peu comme on propose un second emprunt à quelqu'un qui ne peut plus renflouer sa carte de crédit ... Sauf que ces opérations n'étaient plus alors autorisées dans l'Union européenne ... La Grèce a donc refusé ... Sauf que le mal était fait ... le cercle vicieux enclenché ... D'autant qu'après avoir aidé le gouvernement hellénique à vivre largement au-dessus de ses moyens ... les mêmes banques se sont mises à investir dans des fonds spéculatifs pariant qu'Athènes serait bientôt en défaut de paiement ... Et voilà comment notre moineau s'est fait manger par un rapace.

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