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Mourir pour l'Europe

5 min

C'est le titre de l'éditorial du quotidien espagnol El Païs ce matin et il résume ce que l'on trouve sur la plupart des "Unes" européennes après le dernier naufrage d'un petit chalutier au large des côtes Libyennes à quelques encablures de la première terre européenne : l'île italienne de Lampedusa.
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Arrivée de migrants en Sicile ce dimanche Crédits : Alessandro Bianchi

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"Mourir pour l'Europe" , c'est le titre de l'éditorial du quotidien espagnol El Païs ce matin et il résume ce que l'on trouve sur la plupart des "Unes " européennes après le dernier naufrage d'un petit chalutier au large des côtes Libyennes à quelques encablures de la première terre européenne : l'île italienne de Lampedusa... c'était dans la nuit de samedi à dimanche. Combien y avait-il d'hommes de femmes et d'enfants à son bord ? 700 ? 800 ? jusqu'à 950 même si l'on en croit le récit d'un des rares rescapés - une trentaine ont été repêchés vivants pour le moment - suite à son entretien avec les magistrats italiens à son arrivée. "l'homme, originaire du Bengladesh, a précisé que les trafiquants avaient enfermé dans les cales bon nombre de ces migrants, qui n'ont de toutes façon pas pu échaper à la noyade" , raconte le quotiddien Italien Corriere della Sera ...Tragédie supplémentaire, semblable en tout point à celle de la semaine dernière mais qui risque surtout de ne pas être la dernière, loin de là... la BBC donne sur son site web les comptabilisations du haut commissariat aux réfugiés de l'ONU : des chiffres qui ont de quoi faire peur. Depuis le début de l'année 2015, "31500 immigrants sont arrivés en Europe au départ des côtes nord-Africaines... Sur la même période, au moins 900 sont morts noyés et, pour la seule semaine du 10 au 17 avril, 13500 ont été secourrus ! ""L'invasion redoutée semble avoir commencé" assène pour sa part le Corriere Della Sera .Et le quotidien milanais d'expliquer que "les dix mille étrangers arrivés en Italie au cours des sept derniers jours sont le signe d'une situation qui, dans quelques semaines, est susceptible de devenir ingérable ; particulièrement parce que l'agressivité des contrebandiers augmente et menace de transformer la Méditerranée en un champ de bataille. Les coups de feu lundi dernier par quatre hommes à bord d'un bateau de patrouille libyen, contre le remorqueur "Asso 21" en ont été le premier signe. L 'assaut hier d'un bateau de pêche sicilien à proximité des eaux territorialers libyennes en est la confirmation ; elle signale que désormais rien ne peut être exclu, parce que les groupes criminels sont prêts à tout pour augmenter leur trafic...Pourtant, rien ne bouge, L'Italie est laissée seule pour faire face à la menace et surtout à l'urgence" poursuit l'édito du Corriere ... avant de s'adresser au gouvernement de Matteo Renzi pour lui dire qu'"Il est inutile de faire semblant de chercher une collaboration internationale. Il faut faire cavalier seul et le faire avant qu'il ne soit trop tard".

L'Europe? Une "chambre avec vue... sur les morts"
Faire cavalier seul ? Chercher une aide internationale ? Européenne ? Oui, mais pour quoi faire exactement ? Le programme italien Mare Nostrum initié en 2013 et qui mêlait secours humanitaire et surveillance des frontières s'est arrêté à la fin octobre dernier ; il a été remplacé par l'opération européenne "Triton" mais, rappelle l'éditorialiste d'El Mundo en Espagne, cette dernière opération "est beaucoup moins bien financée et, surtout, elle est conçue pour contrôler les frontières sud de l'Europe au contraire de Mare Nostrum dont le but principal était de sauver des vies". Quant à la pression migratoire en provenance des côtes d'Afrique du nord elle ne pourra qu'aller en s'aggravant souligne encore le quotidien madrilène qui explique qu'"en octobre, Amnesty international prévenait déjà que le monde était aujourd'hui confronté à la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale" Une nouvelle donne confirmée par le porte-parole du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, interrogé par Le Temps . Il y a parmi les migrants "de plus en plus de réfugiés et de déplacés" explique Adrian Edwards dans les colones du quotidien de Genève. "Pour échapper à leur sort, ils prennent des risques considérables. Aujourd’hui, les Syriens, les Somaliens et les Erythréens représentent plus de la moitié des désespérés qui embarquent pour traverser la Méditerranée. En plus, la faiblesse de l’Etat de droit en Libye a permis aux passeurs de développer leurs activités illégales, qui sont extrêmement lucratives" .

La plupart des migrants partent en effet des ports libyens et c'est donc en Libye qu'on devrait s'attaquer au problème... Sauf que, reprend Adrian Edwards "c’est devenu impossible, en raison des conditions de sécurité qui ne permettent pas aux organisations internationales d’y développer des programmes d’assistance. La présence du HCR a d’ailleurs été fortement réduite" en Libye.Etat failli, en proie à la guerre civile, la Libye est totalement incapable de juguler le flux de migrants qui transite sur son territoire au départ de la Somalie de l'Erythrée ou de l'Ethiopie... et les Somaliens, Erythréens et autres Ethiopiens qui sont présents sur le sol libyen sont légion, et ce depuis des années. Les villes de la côte libyenne étaient déjà le point d'arrivée ultime de ces migrants à l'époque de Khadafi ; ils y trouvaient du travail... ce n'est plus le cas. Qui plus est, certains sont aujourd'hui en danger de mort. Les djihadistes de l'Etat Islamique qui possèdent dorénavant quelques bases en Libye ont diffusé ce week-end une nouvelle vidéo de massacre : celui d'une trentaine d'Ethiopiens abattus d'un coup de revolver ou décapités... parce que chrétiens. Pour ceux-là, la Libye est tout simplement devenue invivable, au sens propre du terme.Alors que faire ? Renforcer les contrôles maritimes ? Mettre un terme à la guerre civile en Libye ? Mais surtout dans un premier temps accueillir ceux qui doivent être accueillis ; l'Europe ne peut pas devenir cette "chambre avec vue... sur les morts" , écrit Béatrice Delvaux, l'éditorialiste en chef du Soir de Bruxelles"Qu’ils restent chez eux ! C’est ce que répétait encore cette semaine la Ligue du Nord en Italie. (...) Fermer les portes de l’Europe, accroître les contrôles et puis quoi, retourner dormir dans une chambre à coucher, avec vue sur un cimetière d’humains flottant sur une eau de moins en moins bleue ? L’Europe se ment en donnant le sentiment de gérer la crise, explique encore l'éditorialiste du Soir ; Son plan « Triton », finalement plus dérisoire que le « Mare Nostrum » des Italiens, ne suffit pas. Il faut arrêter de se voiler la face et il faut agir avec plus de réalisme, plus de force, plus de solidarité.La crise économique ne peut être l’excuse de ce qui serait notre déshonneur : fermer les fenêtres et laisser la mort « border » les rives méditerranéennes de l’Europe. Les corps échoués à Lampedusa ont fait entrer ces migrants dans l’histoire de l’Europe. " conclut Béatrice Delvaux ; "Il ne faudra pas que celle-ci retienne que notre continent s’est lavé les mains, à l’abri derrière ses murs".

par Eric Biegala

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