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Murs de la honte et relents pestilentiels.

5 min

"Vous puez", c'est le nom donné à un vaste mouvement de protestation au Liban, pour fustiger la mauvaise gestion, par le gouvernement, de la crise dite des ordures. Voilà plus d'un mois maintenant que les déchets s'accumulent à Beyrouth, après que les autorités ont décidé de la fermeture de la principale déchetterie de la capitale. Et c'est ainsi qu'à mesure que s'amoncellent des montagnes d'ordures, l'exaspération de la population, exacerbée par l'incurie gouvernementale, ne cesse, elle aussi, de monter.

A protester walks on concrete barriers near the government palace in Beirut.
A protester walks on concrete barriers near the government palace in Beirut. Crédits : Aziz Taher. - Reuters

Le week-end dernier, des milliers de personnes sont notamment descendues dans les rues de la capitale, pour exprimer leur ras-le-bol. Seulement voilà, cette explosion de colère populaire, au lieu d'alerter les autorités sur la gravité de la situation n'a pas eu l'effet escompté, puisqu'hier le gouvernement a encore échoué à trouver une issue à la crise, se contentant de renvoyer le dossier à une commission ministérielle. D'où cet édito à lire ce matin dans les colonnes de L'ORIENT LE JOUR, dénonçant tout à la fois l'autisme et l'improvisation dont souffrirait le gouvernement.

Mais surtout face à l'ampleur du mouvement et à la frustration grandissante de la population, si le slogan de départ était la démission du ministre de l'Environnement, les appels à la démission du gouvernement, cette fois-ci, se font de plus en plus nombreux. En brandissant, par milliers, des sacs poubelles, des raclettes et autres balais-brosses, les Libanais ne cachent plus désormais leur volonté de faire place nette, comprenez de vider la classe politique de ses parasites corrompus. « Révolution», « Le peuple veut la chute du système », voilà notamment quelques uns des slogans entendus aujourd'hui parmi les contestataires. Au point, d'ailleurs, que les autorités ont réagi lundi en érigeant un mur pour protéger les bureaux du gouvernement. En l'espace de 24heures, ces blocs de béton sont aussitôt devenues comme autant de toiles, sur lesquelles de nombreux Libanais ont laissé éclater leur colère, mais aussi leurs rêves d'un autre Liban. Ce n'était plus un mur mais une peinture géante, peut-on lire toujours dans les colonnes du quotidien de Beyrouth. Sauf que ce mur de la honte, symbole de division a évidemment suscité une vague d'indignation. Le Premier ministre a donc fini par ordonner, hier, son démantèlement. Reste que l'existence, même éphémère de ce mur, n'en demeure pas moins emblématique, écrit VOICE OF AMERICA, du chaos qui règne aujourd'hui à Beyrouth.

Et pendant ce temps, un autre mur continue lui d'être érigé en Hongrie.
L’installation d'une barrière destinée à empêcher l’arrivée des migrants. Elle devrait être achevée avant lundi prochain au plus tard. C'est du moins, ce qu'ont annoncé les autorités de Budapest. Et c'est ainsi, écrit ce matin THE WASHINGTON POST, que la course des réfugiés se poursuit avant que l'élévation de cette clôture ne touche à sa fin.

Hungarian soldiers walk along a fence near the town of Morahalom.
Hungarian soldiers walk along a fence near the town of Morahalom. Crédits : Laszlo Balogh - Reuters

Ils sont des milliers, la plupart venus de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan, serpentant vers le Nord. Après avoir traversés la Grèce, paralysée par la crise et trop pauvre pour gérer un tel flux de réfugiés, après s'être trainés à travers un véritable mur de policiers anti-émeute à la frontière avec la Macédoine, les demandeurs d'asile font désormais la course, donc, pour rejoindre la Hongrie, avant que les barbelés ne les force à chercher d'autres routes.

Un long défilé de la misère, sans précédent en Europe ces dernières années, poursuit le quotidien américain. Une crise qui secoue également les principes fondamentaux de la vie européenne et en particulier celui de la libre circulation. Et puis, un évènement qui alimente également une vague de sentiments anti-immigrés. C'est en tous les cas, ce que laisse entendre, sans la moindre ambigüité, la lecture de cet article, aussi abject qu'effrayant du journal bulgare STANDART, pour qui l'afflux massif de réfugiés serait ni plus ni moins que le signe avant-coureur d'un complot ourdi par les islamistes radicaux. Nous devons veiller à ne pas nous laisser écraser par les masses de réfugiés, cette déferlante incontrôlable, écrit cet éditorialiste, car pense-t-il, nous serions aujourd'hui les témoins de scénarios que les islamistes ont mis au point il y a 30 ans déjà, en voulant colporter au cœur même de l'Europe, leur idéologie forgée au Proche-Orient.

Enfin un homme se retrouve, lui, entre quatre murs ce matin : le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov condamné pour «terrorisme».
Il n’aura fallu que vingt minutes hier au Tribunal militaire russe de Rostov pour condamner Oleg Sentsov ainsi qu'Alexander Koltchenko, un militant gauchiste et écologiste notoire, à respectivement 20 ans et 10 ans de réclusion, en prison de haute sécurité, pour «organisation et participation à un groupe terroriste». C’est en entamant l’hymne national ukrainien, précédé d’un sourire de défi sur les lèvres, précise le correspondant du TEMPS de Genève, que les deux hommes ont accueilli un verdict sur lequel ils se faisaient peu d’illusions.

Ukrainian film director Oleg Sentsov looks on from a defendants' cage as he attends a court hearing in Rostov-on-Don.
Ukrainian film director Oleg Sentsov looks on from a defendants' cage as he attends a court hearing in Rostov-on-Don. Crédits : Stringer Russia - Reuters

A 39 ans, Oleg Sentsov était considéré comme l'une des étoiles montantes du cinéma ukrainien. En décembre 2013, comme beaucoup d’autres artistes, il avait décidé de s’engager corps et âme dans le mouvement pro-européen «Euromaïdan». Et puis lorsque la Crimée, dont il est originaire, a été envahie par les forces russes, il était parti rejoindre sa ville de Simferopol, pour participer à une manifestation pro-ukrainienne, durant laquelle il sera arrêté par les autorités russes.

Hier, l'Union européenne a affirmé que ce procès violait le droit international et le département d'Etat américain a dénoncé un clair déni de justice. Même parmi les journalistes russes, le verdict a déclenché un tollé, rapporte le journal ukrainien KIEV POST. Quant au réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, dont le film "Leviathan", rappelle THE LOS ANGELES TIMES, a remporté un Golden Globe l'an dernier et a été nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger, il a qualifié la sentence prononcée contre son collègue ukrainien de "monstrueuse". Ou quand l'actualité a décidément parfois des relents pestilentiels.

Par Thomas CLUZEL

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