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Narcos contre civils.

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Par Thomas CLUZEL

Au Mexique, dans l’Etat du Michoacan, la population a choisi de s'armer elle-même pour traquer les narcotrafiquants. Et les mots se bousculent sous la plume des éditorialistes mexicains pour décrire ce conflit dans lequel convulse ces jours-ci l'un des Etats les plus violents du pays : un piège le Vietnam du gouvernement un concentré de tous les échecs dans la lutte contre le crime organisé. Il faut dire que c’est un scénario aussi explosif qu’inédit qui s’est écrit dans cette région, où la crise a atteint son paroxysme lorsque des groupes civils d’autodéfense ont décidé de lancer eux même une importante offensive pour reconquérir des territoires aux mains des narcotrafiquants. Au point que ces affrontements mais aussi et surtout les proclamations des milices populaires de ne pas déposer les armes tant qu’elles n’auraient pas chassé tous les criminels de la région ont fini par alerter le gouvernement, lequel avait laissé le conflit dégénérer depuis maintenant plusieurs mois.

Aidez nous, c'était d'ailleurs le titre à la Une il y a quelques jours du quotidien de Mexico LA PRENSA, le journal qui avait ainsi repris en manchette l'appel du gouverneur de cet Etat, qui a lui-même demandé de l'aide à l'Etat fédéral pour combattre l'escalade de la violence entre narcotrafiquants et groupes d'autodéfense. Et c’est ainsi, précise le correspondant du TEMPS de Genève, que le président Peña Nieto, craignant que les hostilités ne virent à la guerre civile a donc décidé d'envoyer des renforts militaires et policiers dans la région. Le problème, c’est que les milices civiles, elles, refusent toujours de déposer les armes.

Il faut dire que ces armes, voilà près d’un an que les habitants du Michoacan les brandissent pour exprimer justement leur ras-le-bol face à l’inaction et à l’abandon des autorités, lesquelles les ont laissés à la merci des narcotrafiquants. Soumis à l’extorsion, aux menaces et aux agressions des Chevaliers templiers, un cartel sanguinaire au discours teinté de religiosité fantaisiste qui domine la région, les civils ont organisé des patrouilles armées dans leurs villages. Tous les jours, des gens qui n’auraient jamais imaginé prendre les armes en sont réduits à cette solution pour défendre leur vie, explique notamment un médecin, leader de la résistance populaire. Et de fait, au fil des mois, ces groupes d’autodéfense, armés de fusils de chasse mais aussi d’armes de guerre qu’ils disent avoir récupérées sur le champ de bataille, sont parvenus à mettre le cartel en déroute dans une vingtaine de villages.

Du moins jusqu'à la semaine dernière où les affrontements, souvent mortels, ont conduit les narcotrafiquants à incendier des véhicules sur les routes pour freiner l’avancée des civils armés. Et bien entendu, il n'en fallait pas plus aux milices d’autodéfense pour reprocher à présent au gouvernement de vouloir leur retirer leurs armes. Nous ne nous laisserons pas faire, affirme aujourd'hui le porte-parole des civils, nous n’allons pas nous retirer tant que les leaders criminels ne seront pas capturés sinon, dit-il, ils viendront nous chercher dans nos villages et nous tueront. Sans compter, que mardi dernier les soldats chargés de désarmer les civils ont tiré sur des villageois et tué deux personnes. Dès lors, le gouvernement a accepté que les groupes d’autodéfense conservent leurs armes, à la condition toutefois qu’ils patrouillent sans elles dans les villages.

Toujours est-il que ces milices, parfois d'ailleurs accusées d’être armées par d’autres cartels, rivaux des Templiers, jouissent aujourd'hui d’un immense soutien populaire qui leur octroie de facto une certaine légitimité aux yeux des autorités. D'où le commentaire d'un spécialiste interrogé dans les colonnes du quotidien REFORMA : sans aucun doute, dit-il, ces groupes d’autodéfense sont illégaux et il ne faudrait pas leur déléguer la responsabilité de combattre le crime organisé. Sauf que le gouvernement ne peut se permettre le luxe de les attaquer et d’apparaître ainsi aux yeux de la société comme un allié des narcotrafiquants.

Il faut dire aussi que l'an dernier, le Président avait déjà déployé des troupes militaires dans la région pour récupérer le territoire, admettant tacitement l’avoir perdu. Mais le cartel avait continué de prospérer et de propager sa violence, au nez et à la barbe donc des soldats, ravivant de facto la méfiance de la population envers les autorités et les accusations de corruption.

Fort heureusement, parfois la lutte contre les narcotrafiquants mexicains prend des allures nettement moins guerrière. C'était le cas encore récemment avec l'arrestation d'un baron de la drogue mexicain cueilli à Amsterdam par les autorités néerlandaises à sa descente d’un avion en provenance de Mexico, rapporte le WASHINGTON POST. L’homme de 33 ans avait pris la mauvaise habitude de poster des photos de lui sur Internet. Les réseaux sociaux sont en effet devenus aujourd'hui des instruments privilégiés de leur autoglorification, précise le site BIG BROWSER. On l’y voyait ainsi prendre la pose, kalachnikov en or dans les mains, mais aussi au volant d'une luxueuse voiture de sport ou bien encore aux côtés de Paris Hilton. Or les dizaines de milliers de followers qui le suivaient sur ses comptes Instagram et Twitter n’étaient pas tous là pour en admirer les paillettes. Et puis la semaine dernière encore, un autre leader des Chevaliers templiers a lui aussi été arrêté. Reste toutefois que cette arrestation n’a visiblement pas totalement convaincu les groupes d’autodéfense, qui l’ont aussitôt qualifiée de farce, d’abandonner encore leur combat.

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